analyse

Recticel, un fleuron au cœur de toutes les convoitises

Sous la houlette de son CEO Olivier Chapelle, Recticel s'est recentrée sur l'activité isolation à destination du secteur de la construction et mousses flexibles permettant de sceller, protéger, insonoriser… jusqu'aux fusées de l'américain SpaceX. ©Tim Dirven

Le spécialiste des mousses et isolants Recticel est présent dans nos voitures, nos murs, nos matelas... et les fusées de SpaceX. Ce qui en fait une cible alléchante.

Un rachat de Recticel en tout ou en partie? L'affaire n'est pas neuve. Kingspan , le concurrent irlandais du fabricant belge de produits d'isolation et de mousses avait déjà avancé ses pions en ce sens il y a deux ans, avant de voir ses avances rejetées, tout comme en 2011.

+140%
En un an, le cours de l'action Recticel a bondi de 140%.

Mais cette fois, le contexte est différent. Et joue en faveur d'une accélération dans la vente de la participation du holding Bois Sauvage (Neuhaus, Berenberg, Ynsect, Vinventions…), à bord depuis 1989, au fabricant autrichien de plastiques et mousses Greiner. L'action Recticel a en effet démarré l'année sur les chapeaux de roue, gonflant de plus de 40% depuis le premier janvier pour atteindre un plus haut historique en trente ans. En un an, le cours a bondi de quelque 140%.

Plus attractif

Le Recticel d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier. Et s'en retrouve bien plus attractif. Et pour cause, la division intérieurs de voiture, "trop cyclique et présentant trop peu de synergies" selon les dire du CEO Olivier Chapelle, a été cédée l'an dernier, quand la division literie (Beka, Lattoflex, Swissflex…) est amenée à suivre le même chemin.

"Le créneau des intérieurs auto était trop cyclique et présentait trop peu de synergies."
Olivier Chapelle
CEO de Recticel

Objectif? Se recentrer sur les fers de lance que sont l'activité isolation à destination du secteur de la construction et l'activité mousses flexibles permettant de sceller, protéger, insonoriser… jusqu'aux fusées de SpaceX. Deux créneaux qui pèsent ensemble près de 70% du chiffre d'affaires de la société avec respectivement près de 250 millions d'euros et plus de 320 millions d'euros générés en 2020, forte d'une part de marché et de perspectives de croissance importantes.

Acquisitions

Dans cette logique, Recticel annonçait, en fin d'année dernière, la plus importante acquisition de son histoire, avec la reprise de son concurrent suisse FoamPartner. Montant de l'opération? Un quart de milliard d'euros pour une transaction présentant un "impact transformationnel" selon divers analystes, puisqu'elle permet au groupe belge aux plus de 40 sites de production dans le monde pour plus de 4.000 employés d’accélérer sa croissance, en renforçant dans la foulée sa présence sur les marchés Asie-Pacifique et Amérique du Nord en développement rapide.

Bouclée depuis avril, l'opération fut suivie par le rachat pour quelque 30 millions d'euros d’une usine située en Pologne produisant des panneaux d’isolation thermique en polyisocyanurate, considéré comme l'un des meilleurs isolants synthétiques actuellement sur le marché et donc particulièrement populaire. Cette opération a permis à Recticel de voir s'ouvrir des opportunités dans l’isolation en Europe centrale et orientale.

Déjà en 2019...

On en était là. Mais le passé a visiblement refait surface. Car jusqu'ici, on ne l'a pas mentionné, mais le groupe autrichien qui lorgne aujourd'hui Recticel fut en réalité déjà le mystérieux partenaire de l'irlandais Kingspan dans son offre de rachat, en 2019. Et ça, "on n'a pas aimé", nous confiait l'an dernier Olivier Chapelle.

"Greiner s'est associé à Kingspan dans une tentative hostile de rachat de notre entreprise. On n'a pas aimé."
Olivier Chapelle

C'est ainsi que, dès que l'opportunité s'est présentée, le patron a décidé de mettre fin à la joint-venture (Eurofoam) qui le liait à Greiner depuis 1992 dans les mousses de "confort" (tapis de yoga, semelles de chaussures de rando, matelas…). Ce qui a eut le mérite de financier l'opération sur FoamPartner au passage, "a once in a lifetime opportunity", alors que la maison mère Conzetta cherchait à se concentrer sur les solutions à haute valeur ajoutée pour l'usinage de tôles.

"Coup de tonnerre"

La direction et le personnel de Recticel goûtent, par ailleurs, très peu le fait d'avoir été mis hors-jeu par Bois Sauvage dans cette opération. Le holding a négocié la vente de ses parts en secret avec l'entreprise autrichienne.

Au siège social de l'entreprise à Wetteren, l'annonce de la vente a été vécue comme "un coup de tonnerre". L'attitude du holding y est qualifiée de "non professionnelle" et de "très étonnante".

De plus, les Autrichiens de Greiner préparent une offre pour toutes les actions restantes. Un fait difficile à accepter pour Recticel, qui est sur la bonne voie après une transformation difficile. "On ne fait pas de rénovation complète juste avant de mettre un panneau 'à vendre' sur la porte", résume amèrement une source.

Trois questions à Axel Kühner, CEO de Greiner

Pourquoi ce rapprochement fait-il sens, selon vous?

C'est la prochaine étape logique dans notre plan de croissance. Greiner est fort dans les mousses dites de confort en Europe centrale et orientale, quand, de son côté, Recticel y est fort en Europe de l'Ouest, de même qu'il possède une importante activité dans les mousses techniques utilisée dans l'auto et l'aviation, ainsi qu'un métier nouveau pour nous qu'est l'isolation. Rapprocher nos deux sociétés permettrait de créer un acteur de classe mondiale, premier au niveau européen et numéro trois dans le monde, de même qu'offrirait la possibilité de combiner notre R&D pour lancer de nouveaux produits innovants.

Certains jugent votre offre trop basse. Pourriez-vous la revoir?

Il y a toujours des opinions divergentes. Je pense que notre offre est concurrentielle, d'autant qu'elle propose une perspective de long-terme, avec un maintien de la cotation à Bruxelles. Pour le reste, je préfère ne pas spéculer. Ce qui est sûr, c'est qu'après contrôle des autorités de la concurrence et en l'absence d'activation de mécanisme de défense, nous contrôlerons dans quelques semaines, voire mois, les 27% détenus jusqu'ici par Bois Sauvage.

Avez-vous été en contact avec Recticel depuis la semaine dernière?

Nous avons pris contact vendredi avec le management pour lui proposer une réunion samedi et dimanche. Cela n'a pas abouti. Je n'entrerai pas dans les détails. Nous planifions toutefois de démarrer des discussions, comme cela fut le cas il y a peu de temps avec Bois Sauvage. Et ce car notre intention est de travailler en partenariat, à un moment opportun vu la récente reprise de FoamPartner, que nous avons aussi étudiée.

Le résumé

  • Greiner n'est pas le premier à lorgner Recticel. L'irlandais Kingspan s'est en effet déjà essayé à un rapprochement - sans succès - il y a deux ans de cela.
  • Mais Greiner était aussi de la partie. "On n'a pas aimé", évoque le CEO du groupe belge.
  • La joint-venture qui unissait les deux sociétés a disparu dans la foulée.
  • Ce qui a permis à Recticel de financer l'expansion de son coeur de métier.

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