Sans repreneur, les magasins Camaïeu vont faire aveu de faillite

Près de 130 personnes travaillent en Belgique pour les 25 magasins Camaïeu. ©BELGA

Le mandataire de justice Nicholas Ouchinsky n'a reçu aucune offre de reprise pour les magasins Camaïeu. La faillite est inéluctable.

Cette fois, c'en est bien fini de Camaïeu en Belgique. Nicholas Ouchinsky (Lexlitis), désigné comme mandataire de justice par le tribunal de l'entreprise de Bruxelles pour vendre les 25 boutiques de prêt-à-porter, n'a pas reçu la moindre offre. Il a annoncé la mauvaise nouvelle ce lundi matin au conseil d'entreprise de Mode développement Belgique (MDB), la structure qui chapeaute Camaïeu en Belgique. A priori, MDB devrait faire aveu de faillite dans les prochains jours.

Camaïeu lâché par la France?

Pourtant, on ne pourra pas dire que le mandataire de justice n'aura pas essayé. "J'ai pris contact avec 48 enseignes actives dans le secteur en Belgique, en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie", nous a expliqué Nicholas Ouchinsky, précisant qu'il n'avait eu que six marques d'intérêt et aucune offre. "Par contre, j'ai beaucoup été contacté par les déstockeurs, encore aujourd'hui", nous a-t-il encore expliqué. Pour lui, aujourd'hui, c'est un peu la soupe à la grimace. Il ne comprend toujours pas pourquoi, en vertu du droit européen, on n'a pas veillé à organiser une procédure européenne de redressement, sachant que Camaïeu disposait de filiales en Belgique, en Suisse , au Grand-Duché de Luxembourg et en Italie. Le mandataire de justice a l'impression que la société a organisé son redressement en France sans se soucier le moins du monde du sort de sa filiale belge.

"Vis-à-vis des travailleurs belges et des créanciers, je trouve cela scandaleux."
Nicholas Ouchinsky
Mandataire de justice de Camaïeu Belgique

"Ce n'est pas la première fois que, dans le cadre d'une procédure d'insolvabilité internationale, les tribunaux et les praticiens français n'ont pas d'intérêt quant au droit européen pour régler les procédures d'insolvabilité. Je trouve cela déplorable", nous a expliqué Nicholas Ouchinsky, qui a dû annoncer la mauvaise nouvelle aux membres du conseil d'entreprise de la filiale belge. Il regrette également de ne jamais avoir eu de réel interlocuteur en face de lui. "Il n'y avait pas de capitaine à la barre", a-t-il déclaré. Pour lui, le redressement en France s'est fait uniquement au bénéfice de l'entité française, de ses créanciers et de ses travailleurs alors qu'il aurait fallu mettre tout le monde sur un pied d'égalité. "Vis-à-vis des travailleurs belges et des créanciers, je trouve cela scandaleux", a-t-il conclu.

Un contrat de 1986

Cette mauvaise nouvelle sera difficile à avaler pour les travailleurs, dont certains travaillaient là depuis plus de trente ans. "Le plus ancien contrat d'un travailleur date de 1986", nous a encore déclaré Nicholas Ouchinsky. Camaïeu avait mis un pied en Belgique en 2008 en créant Mode développement Belgique, la structure qui avait repris une partie du réseau d'Etam.

130
travailleurs
Près de 130 personnes travaillaient encore pour Camaïeu en Belgique.

Depuis le début, il faut le dire, cette histoire sentait mauvais. Au cœur de l'été, la CNE avait alerté la presse pour dénoncer une remontée de cash des filiales étrangères vers la maison mère française. Le syndicat estimait alors que Camaïeu, en cessation de paiement, tentait d'organiser la faillite de ses filiales. Dans le courant du mois de mai, Camaïeu France avait été placée en redressement judiciaire. À la mi-août, le tribunal de commerce de Lille avait autorisé la Financière immobilière bordelaise (FIB) à reprendre 511 des 634 magasins et 2.659 des 3.100 travailleurs de Camaïeu en France. Pas une ligne de cette décision ne concernait la Belgique (et les autres pays). Une semaine plus tard, le tribunal de l'entreprise de Bruxelles désignait Nicholas Ouchinsky comme mandataire de justice à charge pour ce dernier de vendre Camaïeu Belgique. La suite est connue...

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