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"Il y a deux Wallonie, une qui tire vers le haut et une qui tire vers le bas"

©Saskia Vanderstichele

Jean-Pierre Lutgen, CEO de la marque à succès Ice-Watch, souvent critiqué pour le peu d’attache qu’entretient son groupe avec la Belgique, annonce un retour en force en Wallonie. Et il distribue bons et mauvais points en ce qui concerne la politique économique en Région wallonne.

Jean-Pierre Lutgen n’a pas sa langue en poche. Sponsor principal de la semaine belge à la "Business of design week" (BoDW) de Hong Kong, il est toujours en plein procès avec les Suisses de Swatch. Entre-temps, c’est lui qui est sponsor principal de la prestigieuse "BoDW" à Hong Kong. Interview.

Pourquoi cette démonstration de force à Hong Kong, en faisant de votre marque l’étendard de cette manifestation?

Jean-Pierre Lutgen: Parce que pour nous Hong Kong représente beaucoup.

Nous y sommes présents depuis 6 ans avec Ice-Watch et c’est donc l’occasion de montrer à quel point business et design sont mêlés. C’est aussi une manière d’encourager tous les jeunes designers belges présents ici, à Hong Kong, cette semaine.

Vous avez annoncé un investissement de 6 millions d’euros à Bastogne avec la Région wallonne: quelles en seront les retombées concrètes?

Cela consiste en la construction d’une plate-forme logistique pour le stockage de nos produits à destination du marché européen, d’un atelier pour la réparation des montres et d’une galerie de 600m² dédiée à l’art contemporain.

Dans un premier temps, cela créera directement plus d’une vingtaine d’emplois, en plus des 60 que nous avons déjà en Belgique.

Êtes-vous satisfait de la collaboration avec les autorités locales et régionales en ce qui concerne vos projets de développement?

Je vais vous répondre franchement: le problème, c’est qu’il y a deux Wallonie, une qui tire vers le haut et une qui tire vers le bas. Vous avez des gens, comme le ministre Marcourt, qui incontestablement tirent les entreprises et les personnes vers le haut…

Que voulez-vous dire?

Cela veut dire qu’il comprend la logique, qu’il comprend le business et qu’il comprend le futur. Il met les outils en place pour assurer le développement de sa région. Et en même temps, vous avez des politiques absolument affolantes et désastreuses, dans le domaine urbanistique par exemple. Ajoutez à cela une administration toujours à la traîne.

Mais là, vous pointez le gouvernement wallon!

C’est bien ce que je dis: j’ai l’impression qu’il y a une partie de la Wallonie qui a envie de se relever et qu’une autre partie veut rester assise. En Wallonie, ce n’est jamais gris, c’est blanc ou c’est noir.

Malgré cela, c’est à Bastogne, dans le Luxembourg, que vous investissez. Pourquoi?

D’abord parce j’adore ma ville et que j’y ai toujours eu mon activité professionnelle. Ensuite parce qu’une vraie équipe cohérente s’est constituée autour de Ice-Watch, avec des gens de Liège, de Luxembourg, et que Bastogne s’impose vraiment comme le centre névralgique de nos activités.

L’esprit d’équipe est certainement pour une grande part dans le succès de Ice-Watch.

Et vous avez reçu une jolie aide à l’investissement de la Région wallonne, ça aide…

A priori, je ne cherche pas le soutien ni les primes. Mais les législations belge et wallonne sont telles que vous êtes fortement imposé et que vous pouvez de temps en temps bénéficier d’aides. Si vous payez vos impôts, vous avez droit à des aides légales.

Un de vos collègues entrepreneurs, le Flamand Luc Bertrand, avait autrefois comparé le gouvernement Di Rupo à des "marxistes", notamment à cause de la pression fiscale exercée en Belgique. Qu’en pensez-vous?

Ce qui est très embêtant c’est que l’argent que vous payez, vous le récupérez en partie mais qu’entre-temps, il faut faire tourner la machine et c’est parfois très lourd.

Voulez-vous devenir le symbole de la Wallonie qui gagne et qui se redresse?

Je n’ai pas de vocation. J’aime simplement expliquer aux gens comment, à partir d’une petite ville comme Bastogne, où il y a autant de vaches que d’habitants, qui n’est pas la capitale de la mode, qui n’a aucune qualification horlogère, nous sommes arrivés à mettre au point un produit présent dans 110 pays et vendu à 10 millions d’exemplaires. Cela veut dire que même si vous cumulez les handicaps, vous pouvez y arriver.

C’est davantage un message d’espoir qu’une vocation d’être un symbole.

Le taux de chômage — entre autres chez les jeunes — qui demeure élevé en Wallonie, qu’est-ce que ça vous inspire?

Je suis sidéré face à ces offres d’emplois qui restent sans réponse parce qu’on doit faire 20 kilomètres pour travailler.

Il y a des gens qui sont au chômage mais qui ne devraient plus y être parce qu’ils refusent les emplois qu’on leur propose.

Avez-vous renoncé à vous lancer dans une carrière politique?

Je ne tire jamais de trait définitif sur quoi que ce soit car je n’ai que 48 ans et la route est encore longue. Si, un jour, je peux mettre mes compétences au service d’autres, je le ferai, mais ce n’est pas le moment.

Deux frères connus en Wallonie, cela vous rend-il fier?

Cela veut dire qu’on peut avoir des réussites multiples au sein d’une même famille.

Que souhaitez-vous à votre frère Benoît (cdH) en politique?

Mais je lui souhaite bonne chance, de la même manière que je souhaite bonne chance à Jean-Claude Marcourt et à Didier Reynders.

Et pas aux Ecolo?

Si, si, également. Évidemment. Mais la politique reste pour moi un milieu relativement fermé. Vous avez quatre partis au pouvoir qui verrouillent complètement le système, un système qui est presque sclérosé, oserais-je dire. Je pense qu’il y a certaines choses à renouveler.

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