interview

"Nous voulons appliquer le même modèle que les biotechs au secteur digital"

©Laurie Dieffembacq

La forte présence belge à la BIO Convention de San Francisco aura permis aux quelque 80 entreprises participantes de multiplier les contacts et de s’ouvrir des perspectives.

Pascale Delcomminette, l’administratrice générale de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation), a profité de son passage sur la côte ouest pour défricher le terrain numérique en signant un accord-cadre avec l’incubateur-accélérateur d’entreprise Runway. Objectif: encourager les start-ups wallonnes du secteur technologique à venir se frotter à la fourmilière d’entreprises de la Silicon Valley.

Qu’apporte l’Awex aux entreprises lors d’un événement comme la BIO Convention?
L’apport de l’Awex se fait à plusieurs niveaux. Elle mobilise les entreprises. Cette année, on peut dire que le résultat est là puisque 31 entreprises wallonnes sont venues, ce qui constitue un record. Nous cogérons par ailleurs le pavillon belge avec Flanders Investment and Trade (la Région bruxelloise est restée en retrait pour des raisons budgétaires, NDLR) et pouvons ainsi offrir un espace gratuit et très visible.

"La BIO Convention est un bel exemple du renforcement mutuel qu’apporte le travail commun mené par les Régions, avec le Fédéral qui vient en soutien à leur action."

La BIO Convention semble témoigner de la qualité des relations interrégionales. Qu’en est-il avec le Fédéral?
Effectivement, la BIO Convention est un bel exemple du renforcement mutuel qu’apporte le travail commun mené par les Régions, avec le Fédéral qui vient en soutien à leur action. Tout s’est très bien passé ici, et Maggie De Block (la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, présente à San Francisco, NDLR) n’a pas ménagé son soutien en se montrant très présente.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes?
Là où le bât blesse, c’est quand du côté du Fédéral on multiplie les missions économiques sans consulter les Régions suffisamment tôt. Ce manque de concertation entraîne une insuffisance dans la mobilisation des entreprises qui pourraient tirer profit de ces missions.

"Je plaide pour une plus grande cohérence dans l’action."

Deux choses m’ennuient particulièrement. D’une part, quand les ambassadeurs d’un pays cible n’associent pas les attachés régionaux sur place, ou pas tous, à la préparation d’une mission. Et d’autre part, quand des missions sont organisées sans concertation dans des zones où les Régions sont déjà venues, ce qui fait double emploi. Je plaide pour une plus grande cohérence dans l’action.

Les biotechnologies en Wallonie, c’est un exemple à suivre?
Il y a dix ans, le secteur de la santé était le 5e exportateur en Wallonie. Il est aujourd’hui le premier. Nous voulons appliquer à présent le même modèle que les biotechs au secteur digital, même si le chemin sera plus long à accomplir.

"L’Awex est impliquée d’une part au niveau de l’internationalisation, et d’autre part, de la détection et l’accompagnement des champions du numérique."

Vous venez de signer un accord-cadre avec la société californienne Runway. Qu’est-ce qui vous intéresse surtout, l’accélérateur ou l’incubateur d’entreprises?
C’est l’incubateur qui nous intéresse en priorité. Ce dont nos entreprises ont besoin avant tout sur les marchés extérieurs, c’est d’être accompagnées dans les premières étapes de leur installation. Et le choix de San Francisco s’imposait comme une évidence dans le contexte de la Wallonie digitale que nous voulons mettre en place. Dans ce cadre, l’Awex est impliquée à deux niveaux: l’internationalisation d’une part, la détection et l’accompagnement des champions du numérique de l’autre.

Quelle ambition pour San Francisco?
In fine, notre ambition est d’aboutir à un partenariat du même type que celui que nous avons avec l’université Texas A&M dans le domaine des sciences de la vie, et qui a déjà permis à quelques entreprises de s’installer sur place.

"C’est en développant les relations de proximité que l’on pourra démontrer l’excellence de nos start-ups."

Vous voyez des entreprises wallonnes s’installer dans la Silicon Valley?
Ce qui m’a frappée, c’est que nous avons des compétences qui peuvent être valorisées ici comme ailleurs. L’exemple de la société Odoo (spécialisée dans les applications de gestion d’entreprise, NDLR), bien implantée à San Francisco où elle emploie aujourd’hui 35 personnes, est là pour le prouver. Je fais le pari de dire que les quatre incubateurs avec lesquels nous sommes liés (San Francisco, Texas, Philadelphie et Montréal, NDLR) auront eux aussi envie d’accueillir des entreprises wallonnes. C’est en développant ces relations de proximité que l’on pourra démontrer l’excellence de nos start-ups.

L’Awex n’a pas d’incubateur hors Amérique du Nord.
Non. Mais des pistes sont étudiées, au Japon notamment.

Rien de concret pour l’instant?
Non. Il faut savoir que l’Awex a vu ses subsides rognés de 10% entre 2015 et 2017. Aujourd’hui, l’Agence emploie 400 personnes. Depuis cinq ans, seule une personne sur trois qui quitte l’Awex est remplacée. À un moment, on arrive à un niveau d’étiage qui fait qu’on ne sera plus en mesure d’offrir aux entreprises le service qu’elles attendent. Il n’y a pas péril en la demeure, mais il faut rester attentif et veiller aux priorités. Le développement économique en est une.

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