Dominique Leroy peut à nouveau briguer un beau poste

L'ancienne CEO de Proximus peut à nouveau être évaluée sur ses seules compétences, se réjouissent des cabinets de sélection. ©BELGA

Tant que l'enquête pour délit d’initié restait ouverte, Dominique Leroy ne pouvait pas figurer dans les listes des chasseurs de têtes. Son horizon se rouvre.

L’accord conclu par Dominique Leroy avec le parquet de Bruxelles en vue de mettre fin aux poursuites dont elle faisait l’objet pour délit d’initié signifie-t-il que l’ex-CEO de Proximus soit à nouveau éligible pour les plus hautes fonctions dans une entreprise de haut niveau, en Belgique comme à l’étranger ? On peut se poser la question, suite à la transaction pénale par laquelle elle s’est engagée à payer l’amende maximale pour ce genre de délit: les conseils d’administration des sociétés en quête d’un CEO seront-ils prêts, désormais, à prendre sa candidature en compte? En août 2019, pour rappel, l’opérateur télécoms néerlandais KPN avait renoncé à l’engager suite à la révélation de l’affaire.

La situation est à présent tout autre, estiment des chasseurs de têtes. "Pour autant bien sûr que la chambre du conseil de Bruxelles homologue la transaction, l’affaire est terminée et le casier judiciaire de Dominique Leroy est vierge", souligne Marc De Braekeleer, directeur général du cabinet de sélection Odgers Berndtson pour la Belgique. "Il n’y a plus rien qui la bloque dans sa recherche d’une nouvelle fonction."

"Madame Leroy dispose d’excellentes compétences et peut certainement être sélectionnée pour d’autres missions dans d’autres sociétés", poursuit-il. "Elle est à nouveau sur les radars."

 Globalement, le monde des affaires juge cette histoire de délit d’initié stupide, sans considérer qu’il s’agisse d’un grand problème, embraie un expert. "Madame Leroy n’a pas une image négative, au contraire. C’était la première fois qu’elle effectuait une transaction d’initié. Pour autant que l’affaire soit définitivement clôturée, je ne crois pas que cela lui posera de problème. Si l’affaire restait pendante, en revanche, oui…"

"Madame Leroy dispose d’excellentes compétences et peut certainement être sélectionnée pour d’autres missions dans d’autres sociétés. Elle est à nouveau sur les radars."
Marc De Braekeleer
Managing Director, Odgers Berndtson Belgium

Le fait de tourner la page est en effet crucial pour les recruteurs et les conseils d’administration. Sans cela, ces derniers n’oseraient pas prendre le risque de l’engager. "Elle ne porte plus dans le dos cette étiquette d’un risque potentiel que la justice trouve quelque chose contre elle", indique Marc De Braekeleer. "Cet accord transactionnel équivaut à un non-lieu."

"Dominique Leroy est tout à fait irréprochable en termes de compétences et nette au plan judiciaire, mais au niveau de l’opinion publique il restera peut-être une suspicion, une difficulté qu’elle devra gérer."
Thibaud Adès
Directeur général de PageGroup Belgium

Chez PageGroup, autre cabinet de sélection, le directeur général pour la Belgique Thibaud Adès se montre un rien plus nuancé: "Dominique Leroy est tout à fait irréprochable en termes de compétences et nette au plan judiciaire, mais au niveau de l’opinion publique il restera peut-être une suspicion, une difficulté qu’elle devra gérer."

Un problème général avec les ventes d'initiés

Les chasseurs de têtes ne sont pas là pour la juger, mais pour évaluer ses compétences : "En tant que CEO, les siennes sont avérées, elle dispose aussi d'un bilan remarquable", poursuit Thibaud Adès. "Elle a toute légitimité pour exercer les plus hautes fonctions. Notre rôle se limite à l’examen de ses compétences, sa méthodologie, son parcours, qui sont impeccables. D’un autre côté, il y a cette histoire qui l’a mise à porte-à-faux; il sera peut-être difficile pour certains conseils d’administration de valider son nom comme CEO. Nous sommes dans une époque où les dirigeants ont une obligation de perfection."

Edito | À la Pyrrhus

L’ex CEO de Proximus sera certainement interrogée à ce propos par les administrateurs qui se pencheront sur sa candidature, ajoute-t-il : ce sera à elle de clarifier sa position. Pour Thibaud Adès, au-delà de ce cas particulier, les ventes d’actions par des initiés posent souvent problème. "Dès qu’un patron en vend, puis que le cours baisse, cela soulève des questions. Il est difficile d’agir parfaitement dans les règles en matière de timing."

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