HP-Compaq, un cru millésimé qu'il a fallu laisser décanter

Carly Fiorina n’a pas eu le temps de prouver que sa stratégie était bonne. Les actionnaires l’ont débarquée dès 2005. (3/4)

Coup de poker, ou opération mûrement réfléchie par Carly Fiorina, à la tête de Hewlett-Packard (HP) au début des années 2000? Ce qui devait conduire à un échec magistral aux yeux des analystes s’est finalement mué en une réussite. Mais il a fallu, il est vrai, une patience sans borne.

Le n°3 mondial lorgne le n°1

Prise en 2001, la décision de HP, le numéro trois de l’époque sur le marché des ordinateurs personnels (PC), de racheter le champion du secteur Compaq ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment.

Certes, le timing aurait pu être excellent en regard du dégonflement de la bulle des valeurs technologiques en cours depuis 18 mois déjà.

Seulement voilà: cette annonce intervient moins de dix jours avant l’attaque des tours jumelles de New York. Des événements malheureux qui, on s’en souvient, avaient accéléré la chute de la Bourse de New York et la plongée de l’économie américaine dans une récession.

Compaq perd le leadership

IBM reste quatre fois plus lourd en Bourse.

Comble de malchance, alors que HP a besoin de revigorer ses résultats dans un contexte peu porteur pour les fabricants de PC, sa cible annonce à son tour prévoir des mois difficiles. Des mois au cours desquels Compaq perd, au profit de Dell, sa place de numéro un mondial de la micro-informatique. La fusion avec HP ne plaît guère aux employés de Compaq, qui ont levé le pied. Pas davantage à une partie de sa clientèle qui s’est tournée vers Dell.

Trois ans de retard

Faisons le compte. Avant l’annonce de la fusion, HP réalisait des ventes annuelles pour 40 milliards de dollars et Compaq, pour 45 milliards.

Le nouvel ensemble, qui allait récupérer la place de numéro un mondial à Dell une fois la fusion aboutie, était censé donc réaliser un chiffre d’affaires combiné de 85 milliards de dollars.

En réalité, il a fallu attendre trois ans pour égaler ce montant… Et même quatre ans, pour atteindre la prévision établie d’un bénéfice d’exploitation de 3,9 milliards de dollars, malgré des synergies pouvant atteindre 2,5 milliards de dollars par an selon des estimations établies dans le prospectus d’achat.

HP double IBM

Lorsqu’il s’est avéré quelques années plus tard que les affaires étaient enfin placées sur une orbite haussière, c’est alors que le cours de Bourse de l’action HP a commencé à grimper. De 20 USD encore début 2005, elle est montée jusqu’à 54 USD en avril 2010.

Ce mouvement boursier est toutefois arrivé trop tard pour Carly Fiorina. Victime de l’impatience manifestée par son conseil d’administration face aux résultats considérés comme insuffisants, elle a été contrainte de quitter son fauteuil à la tête du groupe au tout début de l’année 2005.

Mais depuis lors, les chiffres n’ont cessé de s’améliorer pour HP.

Le groupe créé en 1939 et basé à Palo Alto réalise chaque année, depuis 2006, un chiffre d’affaires supérieur à celui d’IBM, qui est pourtant quatre fois plus lourd à Wall Street en termes de capitalisation boursière (200 milliards de dollars). Il était de 126 milliards de dollars en 2010 contre 99,9 milliards pour IBM.

En revanche, même s’ils ont été multipliés par 20 en moins de dix ans, ses bénéfices restent inférieurs de 40% à ceux engrangés par IBM.

Cap sur les services

Comparaison n’est pas toujours raison, dit-on. D’autant qu’IBM a troqué il y a quelques années déjà sa branche PC pour se consacrer à fond aux services aux entreprises. Une activité nettement plus lucrative, comme le démontre l’évolution récente de ses profits.

HP semble vouloir s’inspirer de ce modèle. Il vient à cet effet d’annoncer son intention de sortir de la micro-informatique et s’orienter davantage vers les services.

Cette annonce a déçu les milieux financiers à Wall Street, où le cours du titre a dévissé de 50% en un temps record, à 24 USD. L’avenir incertain du marché des PC, en regard surtout des ambitions affichées par Google et Apple dans les domaines du transfert de l’information, a aussi conduit les dirigeants de HP à réorienter leur stratégie.

Une perspective qui risque d’égratigner un autre concurrent de HP dans les PC, le numéro deux mondial Dell.On observe à ce propos que le cours de Dell se situe en ce moment, comme l’action HP, à des niveaux nettement inférieurs à ceux d’il y a dix ans.

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