L'ancien vaisseau amiral de Systemat à Jumet repris par la biotech Univercells

Le site de Jumet abritait le centre technique et logistique de Systemat.

Softimat, la société héritière des actifs immobiliers de Systemat, a trouvé un repreneur pour son site logistique de Jumet. C’est la biotech Univercells, qui aura besoin de surfaces pour la production de ses vaccins à bas prix, qui se trouve derrière cet achat.

C’est une page de l’histoire économique de la Wallonie qui se tourne: Softimat, la société héritière des actifs immobiliers de Systemat, a trouvé un accord pour la vente de son site logistique de Jumet, qui fut le bâtiment amiral de l’ancienne pépite informatique wallonne. Le communiqué de la société immobilière ne précise pas l’identité de l’acquéreur, mais selon nos informations, il s’agit de l’entreprise carolo Univercells, spécialisée dans la conception de plateformes de production de vaccins à bas prix. Une société de biotechnologie qui va s’installer sur le site d’une entreprise électronique disparue: tout un symbole.

Le montant de la transaction s’élève à 6,8 millions d’euros, selon Softimat, qui a été conseillée et assistée dans cette opération par le spécialiste de l’immobilier d’entreprise Allten. La cession porte sur le site de Jumet (2 hectares), ainsi qu’un terrain adjacent d’un hectare. Appelé jusqu’ici SoftimatSud, le site, situé à quelques centaines de mètres de l’aéroport de Charleroi Gosselies, comprend environ 12.000m2 de surfaces. Il avait été construit en deux étapes (1995 et 1998).

Une demande pour la logistique

Le groupe Systemat y avait établi son centre technique et logistique européen. "C’était le site emblématique de Systemat, un bâtiment qui avait été construit spécialement pour l’activité du groupe" rappelle Bernard Lescot, président de Softimat et co-fondateur en son temps de l’entreprise informatique. "Nous avions vu des centres similaires en Grande-Bretagne et aux USA, ce qui nous a inspirés. Le site était composé de deux parties, avec un laboratoire complètement informatisé. C’était un centre très complet. Même si on ne va pas le comparer à Amazon aujourd’hui, c’était vraiment un site logistique informatisé hyper-moderne. C’était l’époque où Systemat informatisait toutes les banques belges et la Commission européenne. Plus de 100.000 PC ont été livrés là"

"C’était l’époque où Systemat informatisait toutes les banques belges et la Commission européenne".
Bernard Lescot
Président de Softimat

Le site de Jumet avait été définitivement délaissé par Softimat en 2017. Mais il n’est jamais resté inoccupé, une tiers des surfaces ayant été louées à deux sociétés. "Cela faisait deux ans que l’on essayait de louer le grand hall de stockage" précise encore Bernard Lescot. "Mais alors que tout le monde nous disait qu’il y avait une grande demande pour de la logistique dans la région, nous n’avons finalement jamais trouvé de locataires. Nous avons eu beaucoup de contacts, qui ne sont jamais concrétisés pour une location, et c’est suite à cela que nous avons eu une demande de rachat. Nous sommes une société immobilière et quand on a une opportunité, on la concrétise".

Cotée sur Euronext Growth Brussels (ex Alternext), Softimat avait déjà annoncé il y a quelques mois la cession de l'immeuble Capellen au Grand-Duché à un acheteur luxembourgeois, pour 14,5 millions d'euros. Une fois que ces deux opérations, qui portent sur un total de 25.000m2, seront achevées, la société ne conservera plus que quatre bâtiments à Lasne (4.500 m2), qui sont aujourd’hui entièrement loués à une quarantaine de locataires, ainsi que quelques biens plus modestes à Liège et à Anvers.

C’est dans les immeubles de Lasne que se trouvent notamment le reliquat des activités de Systemat, cédées il y a deux ans au groupe français Spie. Grâce à cette reprise, Spie Belgium développe de nouveaux services destinés aux smart cities, aux buildings intelligents ou à l'industrie.

Définitivement abandonné pa Systemat en 2017, le centre de Jumet abrite encore aujourd'hui deux sociétés.

Fondé en 1981 et actif en Belgique, au Luxembourg en France, le groupe Systemat s'était réorganisé en 2011. Les activités IT, aujourd'hui intégrées dans Spie, avaient été vendues dans le cadre d’un management buy out. Les fondateurs, dont Jean-Claude Logé (par ailleurs ancien CEO), avaient, eux, gardé l’immobilier géré via Softimat, qui a connu quelques conflits d’actionnaires ces dernières années. C’est Nicolas Logé qui est aujourd’hui l’administrateur délégué de cette dernière société, qui n’emploie plus aujourd’hui que 6 personnes.

Une société en plein essor

De son côté, Univercells, qui n’a pas commenté l’opération, fait partie de cette nouvelle génération de sociétés wallonnes de biotechnologie en plein essor. Fondée en 2013 par Hugues Bultot (CEO) et José Castillo (Directeur technique), l’entreprise a mis au point une plateforme de production de vaccins révolutionnaire, en consortium avec le Néerlandais Batavia Biosciences. Appelé NevoLine, cet instrument a été développé avec le soutien de la Fondation Gates, qui a octroyé trois subventions à Univercells dans le cadre de la lutte contre la polio et la rougeole/rubéole.

Initialement, la stratégie de la société avait été de se positionner comme un concepteur d’équipements disruptifs pour fournir des vaccins à bas prix pour les régions du monde où certains besoins ne sont pas rencontrés. Elle ne comptait pas produire elle-même ces vaccins, mais devait se contenter de fournir sa plateforme à des partenaires pharmaceutiques.

Mais en octobre 2019, Univercells a annoncé la signature d’un accord avec la Banque européenne d’investissement (BEI) pour un prêt de 20 millions d’euros. Un financement destiné à soutenir la mise au point d’un portefeuille de quatre vaccins insuffisamment disponibles (polio, rougeole, rubéole et rage).

Il était clair qu’à ce moment, la biotech devrait s’étendre rapidement dans la région de Charleroi pour assurer elle-même la production. Or, aucun immeuble achevé n’est disponible rapidement au sein du Biopak, où se situe l’une des implantations d’Univercells (l’autre étant à Nivelles). D’où le choix de l’ancien Systemat.

Outre les subventions reçues de la Fondation Gates, Univercells a bénéficié en 2018 d’un tour de financement de 16 millions d’euros auquel a participé comme investisseur principal Global Health Investment Fund (GHIF), un fonds new-yorkais d’impact mis sur pied à l’origine par la même fondation Gates. 

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