La fintech se prépare à tous les possibles

Mark Carney ©REUTERS

Le sommet mondial de l’innovation technologique financière se tient comme chaque année à Londres. Le bouleversement des repères historiques ne fait que commencer.

"Plus de données ont été créées en une année que dans toutes les années précédentes." Aucune vérité ne pouvait mieux planter le décor de ce cinquième sommet mondial de la fintech que celle assénée par Mark Carney, dans son discours d’introduction. Le propos du gouverneur de la Banque d’Angleterre a forcément plu aux quelques centaines de professionnels de la technologie et de la finance présents au Guildhall. Leur objectif est justement de faire trembler les murs de la haute finance.

Lorsque le garant de la stabilité monétaire et financière accueille avec une aussi bonne volonté – ou résignation? – l’imminence de la quatrième révolution industrielle, ils ne peuvent qu’être optimistes sur leur modèle économique, et profiter de cette douce euphorie pour signer des contrats, attirer des capitaux ou trouver des clients, ce qui est le but premier de ce rassemblement.

La fintech est, aussi, le crépuscule d’une certaine idée de la finance.

L’analyse de Carney est d’autant plus crédible qu’elle rejoint celle formulée régulièrement par la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, qui elle aussi enjoint les acteurs de la finance à se préparer à des bouleversements sans précédent.

L’industrie a besoin d’automates, notamment ceux qui lisent plus vite que nos yeux. C’est ce qu’assure Martin Goodson, CEO de la firme londonienne Evolution. AI. Son slogan fait mouche: "Notre logiciel lit des documents pour que les humains n’aient plus besoin de le faire. Avec une telle intelligence artificielle, vous n’avez plus besoin d’impressionner vos clients avec une organisation complexe, des partenariats et un staff massif pour leur dire que vous pouvez gérer 4 millions de documents par an."

Grande gagnante: la cybersécurité

Cette frénésie a toutefois ceci de paradoxal qu’elle confère aux acteurs de l’industrie une puissance d’analyse et de calcul inédite… mais qu’elle s’expose en même temps de plus en plus au risque de fraude ou d’attaques. Lorsque l’intelligence juridique et financière était entièrement humaine, elle était d’une certaine manière impénétrable. Or, l’avènement de l’intelligence artificielle signifie la fin de l’inviolabilité de la pensée humaine, de ses calculs, de ses stratégies, de son opacité. Les sociétés financières prospéraient depuis des siècles derrière des murs épais. Elles progressent désormais derrière des parois de verre, transparentes ou presque. Jamais elles n’ont été aussi vulnérables, et cette vulnérabilité sera proportionnelle à leur masse.

Une industrie dans l’industrie va en profiter: celle de la cybersécurité. Charlie Delingpole est le jeune CEO de ComplyAdvantage, une firme londonienne spécialisée dans la création d’outils de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. En cinq ans, ce trentenaire a déjà convaincu 350 clients à travers le monde et embauché plus de 200 personnes. "Une bonne partie l’année dernière", dit-il le plus naturellement du monde. Delingpole a créé sa première start-up à l’âge de 16 ans dans la chambre de la maison familiale, et détonne dans un milieu de la finance londonienne où ne pas porter le costume-cravate, pour un homme, est toujours moyennement apprécié. Lorsqu’on lui demande s’il se sent davantage dans la peau d’un développeur que d’un financier, il hésite, presque gêné, conscient qu’il incarne une nouvelle vague de professionnels dans la finance, radicalement différente des précédentes.

Selon lui, les structures des établissements traditionnels sont si éculées que leur disparition est de toute façon programmée, avec ou sans attaques massives. "Leur demander de se transformer est inutile car elles devront tout reconstruire en parallèle afin de s’adapter aux nouvelles normes, avec la perte inévitable de parts de marché. Les marges des grandes banques s’érodent déjà d’année en année, et au final elles vont perdre de l’argent, puis disparaître. En fait, c’est déjà ce qui se passe actuellement."

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