Le Fonds de garantie critique les prix de Brussels Airlines

©Bloomberg

Grâce au système des réassurances, le Fonds pourra honorer les 35.000 dossiers qu'il traite. Et ses souscripteurs ne devront pas mettre la main à la poche. Mais le Fonds de Garantie Voyages a payé cher les rapatriements des clients de Thomas Cook.

Comme nous le répétons souvent, le voyageur belge est parmi les plus protégés du monde, pour autant qu’il réserve ses voyages par le canal des agences de voyages. On le découvre encore aujourd’hui dans le cadre de la faillite de Thomas Cook, où le Fonds de garantie voyages (GFG) joue un rôle prépondérant. Depuis la faillite de Best Tours en 2010 qui avait impacté 5.600 voyageurs, le GFG n’avait jamais connu une faillite si importante.

Mais le Fonds a les reins solides, rappelle son président Jean-Philippe Cuvelier: "Officiellement, nous disposons de 19 millions d’euros de liquidités, mais en réalité, nous sommes bien au-delà des 20 millions, sans compter les réassurances. Et sur ce point, nous avons été en contact avec nos réassureurs qui nous ont confirmé leur soutien." Difficile toutefois d’avoir des chiffres: "Je ne peux pas vous donner des estimations de la facture finale car je suis tenu par la confidentialité comme toute société d’assurance."

"Brussels Airlines ne nous a pas fait de cadeaux. Ils ont facturé les affrètements à des tarifs prohibitifs."
Jean-Philippe Cuvelier
Président du Fonds de Garantie Voyages

Ce qu’on peut dire, en revanche, c’est que GFG a 35.000 dossiers à traiter, en commençant par les rapatriements"Bien sûr, certains vacanciers ont dû être ramenés avant la fin de leur séjour car nous n’allions pas affréter des avions rien que pour eux, mais certains n’ont découvert qu’à Bruxelles que Thomas Cook était en faillite!", sourit Cuvelier.

Par contre, il fait grise mine lorsqu’il évoque les conditions: "Brussels Airlines ne nous a pas fait de cadeaux. Ils ont facturé les affrètements à des tarifs prohibitifs, alors qu’ils avaient le matériel. Quant aux sièges vendus dans les appareils à clientèle mixte, ils nous ont fait payer comme si on réservait trois jours plus tôt, soit quasi au tarif business." Et puis, dans un soupir: "Nous saurons nous en souvenir."

Brussels Airlines réfute ces accusations. "On n’a pas profité de la situation", souligne la directrice de la communication Wencke Lemmes. "Bien que certains sièges fussent vendus en retour simple, nous avons appliqué les tarifs tour-opérateurs et pas des ‘last minute’ comme on aurait pu le faire." Pour ce qui était des vols affrétés totalement pour des clients Thomas Cook, comme sur Enfidha, Djerba ou vers l’Egypte, "il faut quand même admettre que pour ces rapatriements, nos avions ont dû voler à vide pour aller chercher les passagers", insiste Wencke Lemmes.

On a beaucoup vu les "otages" à la télévision, mais c’était une infime proportion.

Comment le Fonds aura été traité dans ce douloureux épisode restera dans les mémoires. Y compris le traitement des clients à destination et le racket scandaleux de certains hôteliers. Et n’oublions pas que les administrateurs de GFG sont tous du secteur du voyage (tour-opérateurs et agences). "C’est vrai que conseiller de ne pas payer des hôteliers qui vous demandent des sommes que les clients ont déjà payées est un peu difficile lorsque la clé de la chambre a été démagnétisée, mais il faut trier le bon grain de l’ivraie", soutient le président du GFG. "Mais l’escroquerie est totale lorsqu’ils ont quand même été payés et nous avons engagé du personnel supplémentaire pour traiter spécifiquement tous ces cas." Au passage, nous disait un agent de voyage, les spécialistes de la prise d’otage des clients se trouveraient en Turquie. Mauvais calcul: les noms des hôteliers indélicats circulent dans la profession.

Cela dit, le président du GFG minimise l’impact "otages": "On les a beaucoup vus à la télévision, mais c’était une infime proportion car le GFG avait garanti les remboursements à tout le monde via internet ou les associations patronales locales et, dans l’ensemble, ça a bien fonctionné. Si on compare avec la situation chez nos voisins, je ne crois pas que nos clients aient eu en général à se plaindre."

Pas de hausses de primes

Si Jean-Philippe Cuvelier reconnaît que 2019 ne sera pas faste pour le Fonds qu’il préside, il tient à rassurer les souscripteurs, tous voyagistes: "Les petits ne payeront pas pour les gros et nous ne ferons pas appel à des hausses de primes. Si Thomas Cook était un gros contributeur, il présentait aussi un gros risque qui nous obligeait à nous réassurer. Ce risque majeur n’existe plus en quelque sorte."

Pour le reste, il y a des places à prendre: "Les vacanciers qui envisageaient un voyage Thomas Cook voudront de toute façon partir. J’espère qu’ils auront compris qu’en passant par des agences de voyages, ils bénéficient de la couverture maximale", conclut Jean-Philippe Cuvelier.

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