Le cri des agents du voyage: "Nous travaillerons quasi deux ans en bénévolat"

Le secteur du voyage se dit abandonné, malgré les bons à valoir (dont la prolongation au-delà du 19 juin est demandée), les mesures de chômage temporaire et les primes régionales. ©AFP

Le secteur du voyage organisé estime l'impact de la crise sur son chiffre d'affaires à 2,5 milliards. A défaut de véritable soutien, la reprise des déplacements au sein de l'Union européenne n'est qu'une demi-bonne nouvelle.

L'annonce était attendue: le 15 juin, les Belges pourront à nouveau circuler dans les pays de l'Union européenne, sous réserve toutefois des conditions de chaque Etat. Les destinations hors espace Schengen restent inaccessibles. 

Une bulle d'oxygène pour le secteur du voyage à l'arrêt depuis la prise de mesures pour éviter la propagation du virus. "Depuis trois mois, on souffre beaucoup. On est dans la gestion des annulations, avec peu de demandes", indique-t-on dans une agence de TUI Travel.

Depuis mi-mars, l'impact sur le chiffre d'affaires du secteur du voyage organisé est estimé à quelque 2,5 milliards d'euros. La perte des marges (véritable rémunération des agences) est chiffrée à près de 400 millions. Enfin, quelque 300 millions non récupérables ont été versés aux fournisseurs (compagnies aériennes, ferroviaires, hôtels, campings...). 

"On estime à 40% le nombre de réservations en moins pour les prochains mois", ajoute Anne-Sophie Snyers, secrétaire générale de l'Union professionnelle des agents de voyages (UPAV).

Côté chiffre d'affaires, les acteurs devront ronger leur frein. Un retour au niveau de 2019 est attendu en 2023 pour les plus optimistes et en 2027 pour les plus pessimistes.  

Vers un fonds d'urgence

"Depuis trois mois, nous travaillons quasi en bénévolat pour les rapatriements des clients, puis les annulations", explique Gaëlle George de l'agence Jet Express. "Ce bénévolat va durer quasiment deux ans."

Pour préserver les finances des acteurs du voyage et éviter le remboursement cash des séjours annulés, la ministre de l'Économie Nathalie Muylle (CD&V) a mis en place le système de bon à valoir: le vacancier reçoit un bon sur le montant de son voyage à utiliser dans l'année ou remboursable dans un an.  

"Ces bons à valoir sont une véritable bombe à retardement."
Gaëlle George
Jet Express

"Ces bons à valoir sont une véritable bombe à retardement", poursuit Gaëlle George. Et pour cause, dans un an les agences devront rembourser leurs clients ou réserver de nouveaux séjours sans aucune rentrée financière.

"Ces bons étaient nécessaires à court terme sous peine de voir s'accumuler les faillites, mais ils ne font que reporter le problème", reconnaît Pierre Fivet de l'association belge des tour-opérateurs (Abto). Pour faire face aux effets secondaires de ces bons et aux frais non récupérés, le secteur plaide pour la création d'un fonds d'urgence estimé à 671 millions d'euros.

Le secteur se dit un peu abandonné. Outre les bons à valoir (dont la prolongation au-delà du 19 juin est demandée), les agences forcées à la fermeture ont bénéficié des 4.000 euros de primes ainsi que certaines primes régionales. Le chômage temporaire a aussi été appliqué. "On nous parle au niveau européen de 540 milliards d’euros pour soutenir les indépendants et PME et de de 200 milliards d’euros pour soutenir le tourisme. Quelle part pourrons-nous recevoir?", déclare Anne-Sophie Snyers. 

Entre-temps, une demande a été introduite pour prolonger ces mesures sociales (ainsi que le droit- passerelle) au moins jusqu'à la fin de l'année, voire en 2021. 

Des frontières ouvertes, mais...

L'annonce de la reprise des voyages en Europe - qui représente plus de 86% des destinations des Belges - n'efface pas tout. "Il reste beaucoup d'incertitudes sur les frontières, les hôtels, les transports...", indique-t-on dans l'agence de TUI Travel.

Une réunion est prévue ce vendredi au niveau de l'espace Schengen pour tenter de dégager un système commun de libre circulation. Des discussions devraient être aussi engagées avec les pays du Maghreb et la Turquie. "Aujourd'hui, le Danemark n'accepte que les Islandais, les Norvégiens et les Allemands. L'Italie a rouvert ses frontières mais pas la France, ni la Suisse et l'Autriche. L'Espagne ouvrira seulement le 1er juillet. De plus, avec notre système de comptage des victimes du corona, nous avons une très mauvaise image à l'étranger", ajoute Pierre Fivet.

Enfin, il y a aussi les conditions dans lesquelles s'effectueront les vacances. Si un voyage est exécutable (l'avion vole et l'hôtel est ouvert) et que le client veut annuler, cela se fera à ses frais selon les conditions générales du contrat. "Si on oblige le client à partir et qu'au final, on ne peut pas lui fournir les services prévus - comme le buffet, l'accès à la piscine à certaines heures ou le port du masque -, on s'expose à des plaintes qu'il va falloir gérer", indique Gaëlle George. 

Une note d'espoir toutefois: "Le Belge aura toujours besoin de s'évader. Il ira peut-être moins loin", conclut Pierre Fivet.

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