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"Nassonia ne sera peut-être pas le seul projet en Wallonie"

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Interview | René Collin, ministre de la Nature (cdH).

René Collin ne se présente pas comme un intégriste. Ni même comme celui qui vendra la forêt wallonne aux investisseurs privés. "Dans les forêts, il faut mêler la gestion publique et l’intérêt privé", confie avec une dose de pragmatisme le ministre de la Nature (cdH). Outre la vente de certaines parcelles à des groupements d’épargnants, René Collin se dit prêt aujourd’hui à lancer différents partenariats entre le privé et le public pour gérer autrement plusieurs sites de la forêt wallonne. Le projet Nassonia qu’Eric Domb, le patron de Pairi Daiza, voudrait lancer à Nassogne est évidemment mis en exemple. Mais, selon le ministre, le concept pourrait être dupliqué ailleurs.

En décembre, une proposition de décret de la majorité PS-cdH ouvrait la voie à une privatisation d’une partie de la forêt wallonne. Face à l’opposition du lobby vert, vous avez décidé de geler le texte. Vous reprenez la main aujourd’hui. Va-t-on vers une privatisation de la forêt en Wallonie comme le redoutent les opposants?

Je vais être clair. La gestion forestière et l’accès à la forêt sont des questions d’intérêt public. Il n’est certainement pas question de privatiser la forêt wallonne mais je suis tout sauf un intégriste. Il faut mêler la gestion publique et l’intérêt privé.

Êtes-vous toujours favorable à la vente de certaines parcelles?

Il y a un intérêt à voir le secteur privé associé dans la gestion de la politique forestière en Wallonie. Une idée qui me séduit particulièrement, c’est les groupements forestiers privés. En gros, l’objectif est de permettre à des groupements de petits épargnants (on parle d’un investissement individuel entre 100 et 10.000 euros) d’acheter certaines parcelles identifiées et ainsi de participer à la gestion de la forêt. On parle bien de parcelles limitées de quelques centaines d’hectares de la forêt publique et toujours dans le respect des règles forestières. Mais en aucun cas il sera question de refuser au public l’accès à ces parcelles.

Pourquoi vouloir vendre?

Pour des raisons financières. La vente de maisons forestières va me rapporter 1 million. Je suis supposé trouver encore 4 millions. Si des opportunités existent via les groupements forestiers, autant en profiter. Nous devons aussi étudier la mise en place d’un callwood. Cela nous permettra de vendre les bois sur pied de manière anticipée et nous assurer ainsi des recettes anticipées tout en garantissant une visibilité à la filière bois. Elle craint un manque d’approvisionnement en feuillus.

À Nassogne, le projet d’Eric Domb vise 1.500 hectares pour y développer Nassonia, une forêt dédiée à la biodiversité. Soutenez-vous cette initiative privée?

C’est exactement la même chose. Je suis ouvert aux projets du privé! Faut-il balayer illico un partenariat avec le secteur privé dans la gestion de la forêt publique si cet acteur vient avec un savoir-faire complémentaire et des ressources additionnelles? Non pour autant que cela respecte l’intérêt public. À vrai dire, je suis intéressé par ce type de partenariat.

Le modèle public en matière de gestion de la forêt montre-t-il ses limites?

Non, il y a une tradition de savoir-faire dans la gestion forestière en Wallonie. Notre cadre forestier est équilibré. Mais pourquoi refuser l’innovation? Pourquoi exclure le savoir-faire académique, scientifique et environnemental du privé?

Le partenariat que propose Eric Domb à Nassogne pourrait-il ouvrir la porte à d’autres associations?

Nassonia ne sera peut-être pas le seul projet en Wallonie. Je viens de demander cette semaine, à l’UCL et à l’université de Gembloux, d’identifier sur les huit massifs forestiers de valorisation touristique (la forêt de Thiérache, les bois du Pays de Famenne, les forêts des Tailles, les Hautes Fagnes, la forêt d’Anlier, la forêt gaumaise, la vallée de la Semois et la grande forêt de Saint-Hubert qui intègre les 1.500 hectares de Nassogne) les territoires qui pourraient faire l’objet d’une valorisation et d’une exploitation touristique autour de la thématique biodiversité à travers un partenariat entre le public et le privé. D’ici deux mois, les deux universités me suggéreront entre 2 et 3 sites qui pourraient se prêter à ce type de gestion différenciée de la forêt. On pourrait donc ne pas se limiter à Nassogne. On parle d’espaces allant de 500 à 2.000 hectares. Entre-temps, mon administration va rédiger un cahier des charges car associer le privé ne veut pas dire qu’on va lui donner une liberté totale. Nous avons besoin de garanties et des modalités de retrait. Mais je veux qu’on laisse respirer ceux qui ont des idées de valorisation.

Qu’entendez-vous par gestion différenciée de la forêt?

L’idée n’est pas d’autoriser de l’équipement lourd mais de déroger aux règles habituelles dans la gestion de la forêt, par exemple à travers l’introduction de certaines essences. Outre l’aspect biodiversité, on peut également y trouver un intérêt touristique.

Ce projet semble cousu pour Eric Domb. Outre Nassogne, pensez-vous qu’il y aura un intérêt pour d’autres sites?

C’est effectivement la démarche d’Eric Domb qui m’a amené à concevoir ce travail mais j’aurais pu faire plus simple si j’avais eu envie de me limiter à Eric Domb et à Nassogne. Outre Nassonia, une association comme Natagora pourrait être intéressée par un projet ailleurs. On le verra après le lancement des appels à projets.

N’allez-vous pas vous mettre à dos les chasseurs si vous interdisez la chasse sur ces sites?

Non, il doit y avoir une régulation et donc de la chasse.

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