Pairi Daiza à l'aube d'une nouvelle ère

©Kristof Vadino

Dans une semaine, Pairi Daiza s’ouvre à l’hôtellerie. Près de six mois après son arrivée aux côtés du fondateur Eric Domb, Jean-Jacques Cloquet détaille la stratégie du parc.

Dans une semaine, le parc animalier Pairi Daiza changera de dimension. Le 22 juin, il inaugurera son offre de logements. Ce que, chez Pairi Daiza, on appelle l’offre "immersive". Un investissement de 40 millions d’euros pour une cinquantaine de "clés" (hôtel, suites, lodges, cabanes), le tout implanté dans un "nouveau monde", un espace de 8 hectares dédié à la faune et à la flore de la Colombie britannique (côte ouest du Canada).

"L’hôtellerie nous permet d’élargir considérablement notre zone de chalandise"

Bottes, gilet jaune et casque vissé sur la tête, Jean-Jacques Cloquet nous fait le tour du propriétaire. À une dizaine de jours de l’ouverture, le nouveau bras droit d’Eric Domb, le fondateur du parc, est confiant. Pourtant, des myriades d’ouvriers s’affairent encore dans la gadoue – il a beaucoup plu ces derniers jours. Ici, on plante des conifères, là on ajuste un totem… L’observateur a l’impression que en haute montagne. "On sera prêts, sourit l’ex-directeur de l’aéroport de Charleroi. Si tu avais vu (l’homme, c’est connu, a le tutoiement facile…) comment c’était il y a quelques jours encore…! On a considérablement avancé."

Heureux événement
Naissance d'un nouveau panda

Un adorable bébé panda roux est né à Pairi Daiza, a annoncé ce samedi sur le réseau social Twitter le parc animalier. Une bonne nouvelle surtout qu'il s'agit d'une espèce protégée.  Cette charmante boule de poils a vu le monde il y a quelques jours, a détaillé à Belga le porte-parole de Pairi Daiza, Mathieu Goedefroy.

"Il est en très bonne santé, boit très bien et dort paisiblement dans son petit nid situé dans le Jardin chinois", a-t-il ajouté avant de souligner que les soigneurs du parc étaient "au septième ciel".

Le sexe du bébé n'est pas encore connu. Le parc animalier Pairi Daiza compte désormais cinq pandas roux: Yin (la mère du nouveau-né), Mojo (son père), Gwen et Yushu.

Le panda roux, qui est une espèce en déclin depuis plusieurs années, fait partie d'un programme de reproduction européenne.

Son optimisme est sans doute alimenté par les chiffres prometteurs. "On n’a pas encore ouvert mais on a déjà atteint un quart de nos objectifs annuels en terme de réservations, se félicite-t-il. Après, il y aura le tam-tam des réseaux sociaux pour faire décoller les ventes." Pairi Daiza a placé la barre assez haut. Après avoir frôlé les 2 millions de personnes l’an passé, l’objectif du parc est d’atteindre cette saison les 2,2 millions de visiteurs, dont 70.000 à 80.000 via l’offre hôtelière. "C’est sûr, on est à un tournant important dans la stratégie commerciale du parc, poursuit Jean-Jacques Cloquet. Avec l’hébergement, on veut toucher de nouveaux segments. Pendant 25 ans, on a atteint une zone de chalandise relativement limitée, soit des gens habitant à deux heures de voiture maximum."

Élargir la clientèle

Mais Pairi Daiza s’est agrandi. En faire le tour en une journée devient compliqué si on vient de plus loin. "L’hôtellerie nous permet d’élargir considérablement notre zone de chalandise, poursuit Jean-Jacques Cloquet. On le voit avec les premières réservations: 40% viennent des Pays-Bas, du Grand-Duché et de la région parisienne… Mais nous avons aussi des gens habitant plus près."

En outre, une réservation sur quatre vient de Flandre. C’est une augmentation de 30% par rapport à la proportion de Belges de Flandre qui viennent visiter le parc pour une journée. Chez Pairi Daiza, on observe deux types de profils qui réservent les logements: le couple actif qui prend une chambre à l’hôtel avec ses enfants, et les seniors qui prennent un lodge pour un moment de plaisir intergénérationnel avec leurs enfants et petits-enfants.

Dorénavant, tous les futurs nouveaux mondes auront une offre d’hébergement. À commencer par la "Terre du froid" qui s’ouvrira fin d’année. Là aussi, le chantier bat son plein. L’idée avec ces logements est aussi d’étendre les périodes d’ouverture du parc, fermé cinq mois par an. Beaucoup de clients le demandent car il peut y avoir de très belles journées en automne et en mars. "L’adversaire numéro un, c’est la météo ou plutôt les prévisions météo, c’est fou l’impact que cela peut avoir, relève le patron carolo. C’est pourquoi on réfléchit à des alternatives en indoor permettant une ouverture plus longue en hiver. L’idée, c’est d’avoir une serre, par exemple sur le thème de l’Amérique du Sud et centrale ce qui terminerait le programme."

Business-to-business

Cette offre hôtelière doit aussi permettre de booster le B-to-B. 20% des réservations viennent déjà de ce créneau-là. Les premiers clients proviennent des secteurs pharmaceutique et bancaire ainsi que des professions libérales. Ces sociétés prolongent un événement de team building par une mise au vert. "C’est l’idéal pour organiser des séminaires, des comités de direction avec des incentives comme par exemple donner aux gens la possibilité de participer aux soins, à l’alimentation des animaux, dans le respect de ceux-ci bien entendu", ajoute Jean-Jacques Cloquet.

Ici, on touche à un sujet sensible, celui du bien-être animal. Jean-Jacques Cloquet a ainsi confié à nos confrères de Trends Tendances qui l’ont élu "manager de l’année 2018" (après avoir fait de même avec Eric Domb dix ans plus tôt) que s’il avait été confronté à des groupes de pression dans le cadre de ses anciennes fonctions chez Solvay et à l’aéroport de Charleroi, les associations de défense des animaux peuvent être elles aussi très dures.

"Si on veut venir en train, il faut partir trois jours plus tôt!"

Dernier débat en date: l’introduction d’ours polaires dans le cadre de la Terre du froid. "Je prône toujours le dialogue, dit-il. Mais la création de ce nouveau monde est l’outil idéal pour sensibiliser les visiteurs à la problématique du réchauffement climatique." Mettant en avant la Fondation Pairi Daiza qui finance des programmes de protection et de conservation des espèces et de la nature, il en a vu d’autres. Nul doute d’ailleurs que c’est aussi pour son naturel chaleureux et son ouverture aux autres qu’Eric Domb – "un perpétuel inquiet et très exigeant", dit de lui Jean-Jacques Cloquet – l’a invité à le rejoindre pour l’épauler.

Un autre groupe de pression, ce sont les riverains. L’accessibilité au parc, plutôt excentré, nécessite de traverser en voiture plusieurs villages. Les week-ends de beau temps, ce sont plus de 25.000 visiteurs qui rallient l’ancienne abbaye de Cambron-Casteau. Un projet de route de contournement existe. Pairi Daiza est prêt à participer à son financement, mais la balle est dans le camp de la Région wallonne. Le parc ne décide pas. Il est partie prenante. Ce problème de transport, Cloquet le maîtrise forcément bien. "L’intérêt général prime, mais il faut admettre que le manque de transports publics est criant. Si on veut venir en train, il faut partir trois jours plus tôt!", plaisante-t-il, confiant rêver d’un arrêt de TGV, limité au matin et au soir, sur la ligne Bruxelles-Lille proche.

"Je n’ai pas de contrat"

Près de six mois après son arrivée, Jean-Jacques Cloquet ne regrette pas son choix. Approché par Eric Domb pour faire tourner la boutique au quotidien alors que le parc ne cesse de prendre de l’ampleur, il forme avec lui et Yvan Moreau, le directeur financier, un trio managérial équilibré. "J’ai rejoint Eric car je le connais depuis longtemps, nous partageons les mêmes valeurs, notamment la mise en avant du Hainaut. On travaille à la confiance, je n’ai même pas de contrat", dit-il.

Et de poursuivre: "Quand je suis arrivé, Eric m’a dit trois choses: ‘tu vas beaucoup travailler, tu vas t’amuser et tu vas te tromper’." À l’entendre, le fondateur du parc n’avait pas tort: "J’espère que je ne me trompe pas trop et, c’est vrai, on bosse beaucoup mais c’est passionnant car c’est fou toutes les fonctions qu’on peut embrasser ici, surtout des métiers de l’ombre que le public ne voit pas: les soins apportés aux animaux, l’entretien, etc."

Ses qualités humaines et son humilité semblent faire l’unanimité comme c’était déjà le cas à l’aéroport de Charleroi. Il semble en tout cas s’être vite fondu dans son environnement. "Ce qui me frappe le plus, c’est la solidarité entre les gens, leur flexibilité, tout le monde se met au service des autres. Tu demandes un truc, refaire un chemin par exemple, c’est résolu le lendemain. On voit que tout le monde aime son boulot, on sent la passion à tous les étages."

La comparaison avec l’aérien peut paraître osée a priori. Mais comme l’aéroport, Pairi Daiza est une machine bien huilée, orchestrée par des femmes et des hommes. Le moindre grain de sable peut l’enrayer. Bref, l’humain prime. Jean-Jacques Cloquet se met naturellement au diapason.

Au moment de nous quitter, alors que son bureau, qu’il partage avec plusieurs de ses collaborateurs, était maculé de boue suite à la visite du chantier, il s’apprêtait… à s’emparer d’un balai pour faire le ménage. En toute simplicité.

Avec Marc Coucke, "on est amis sauf deux fois par an"

Au début des années 80, encore étudiant en ingénieur, Jean-Jacques Cloquet a été footballeur au Sporting de Charleroi, en division 1, soit au plus haut niveau. Il en est resté un fidèle supporter. Avec Marc Coucke, qui détient près d’un tiers des parts de Pairi Daiza, les discussions portent inévitablement sur le foot en marge des conseils d’administration. "Deux fois par an, lors des matchs Charleroi-Anderlecht, il n’est plus mon ami", sourit-il, avant d’ajouter: "C’est très courageux de diriger un club de foot et je ne peux que le féliciter d’avoir ramené Vincent Kompany au bercail. Il répond ainsi à ceux qui lui reprochaient d’avoir fait perdre son identité au club. Moi je dis: chapeau!"

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect