E. Domb: "Patrons et syndicats ne défendent pas l'intérêt général"

©CORALIE CARDON

Eric Domb est une personnalité aux idées engagées. Passionné par son projet, qu’il mène depuis bientôt 20 ans à Pairi Daiza, il s’inquiète de l’immobilisme politique autour de dossiers comme l’enseignement. Social-démocrate par conviction, il n’entend pourtant pas s’engager dans la politique.

Pairi Daiza fêtera ses 20 ans l’année prochaine. Vous en avez fait un microcosme de la culture mondiale. Le monde extérieur vous déçoit-il?

Je sors des murs de Pairi Daiza, vous savez! On parle beaucoup de la crise mais une partie de la population n’a pas changé ses habitudes. La crise, on la vit quand on perd son emploi. La société belge écoute volontiers ceux qui critiquent l’économie de marché. Mais qui se pose la question de savoir à quoi ressemble l’alternative à l’économie de marché. Je suis un social-démocrate. La droite et la gauche sont deux vérités qui sont incomplètes. Celui qui se place à droite se dit préoccupé par l’épanouissement de l’individu et la récompense de l’effort. Celui qui est à gauche est préoccupé par le scandale absolu de l’injustice de la naissance. Notre société Belgique pourra trouver son salut si ces deux visions de la société idéale se combattent dans un contexte de lucidité. La droite et la gauche ont un discours caricatural, dans un contexte d’analphabétisme économique de la plus grosse partie de la population. La Belgique doit être consciente qu’elle n’a plus de matières premières et qu’elle ne peut maintenir son bien-être que si elle exporte. Mes propositions sont concrètes. Il faut commencer par avoir de la lucidité. Ce principe de lucidité, c’est de dire que la Belgique ne peut avoir d’avenir sans développer sa matière grise et sans exportation de produits et services à très haute valeur ajoutée.

Au pouvoir, quelles mesures phares prendriez-vous?

La première mesure serait d’imposer un cours dans les écoles secondaires sur le budget de sa région. D’où vient l’argent et où part-il? Le citoyen ne peut pas poser de choix politiques intelligents s’il ne connaît pas le budget de sa région. Sans cette connaissance, on reste dans la caricature et le simplisme. Indéniablement, c’est sur l’enseignement que je travaillerais le plus. Il faut avoir le meilleur enseignement au monde. Il faut éviter les caricatures politiciennes… Il ne s’agit pas de faire de la chair à canon pour les entreprises mais de donner à nos enfants les compétences nécessaires pour affronter l’avenir. L’enseignement est totalement déconnecté de la réalité aujourd’hui et n’est certainement pas adapté pour répondre à nos enjeux. Il faut d’abord commencer à redonner une envie d’être prof. Ce ne doit plus être une profession de dernier recours. Nos enfants doivent comprendre dans quel monde ils vivent et quelles qualités ils doivent développer pour s’épanouir dans un monde globalisé.

Vous faites de la politique là! C’est une reconversion qui s’annonce?

Chacun son métier. J’ai déjà été approché mais je ne suis pas assez courageux pour faire ce travail de fourmi dans un parti. Je sais que mes efforts personnels n’auront quasiment aucun effet. Un homme politique, je le vois bien, doit être suffisamment flou pour satisfaire le plus grand nombre de personnes. Cela ne colle pas avec mon caractère. C’est très égoïste car il faut que les gens s’intéressent à la politique mais je n’ai pas le courage de me lancer dans un combat qui débouchera sur des résultats microscopiques au regard des efforts consentis. Je connais cette politique du donnant-donnant, il faut un moral d’acier pour garder l’enthousiasme dans le monde politique.

Mais que pensez-vous des discours des leaders d’opinion?

Ils sont caricaturaux. Le rôle des syndicats n’est pas de défendre l’intérêt général mais celui de leurs affiliés. Le patronat ne fait pas autre chose, il défend ses membres. C’est parfaitement légitime, mais insuffisant. Ce sont des groupes de pression, ils ne représentent pas l’ensemble des citoyens. Les gens sont tellement mal informés sur l’économie que ces groupes de pression peuvent facilement faire croire à la population que leur discours est la seule vérité. Sans esprit critique, comment poser les bons choix? Le citoyen est un mouton. Il doit éviter de tomber dans le discours caricatural du monde politique et le piège des déclarations des groupes de pression, comme les syndicats et les organisations patronales.

À la tête de l’Union wallonne des Entreprises (UWE), vous ne faisiez pas autre chose?

Je défendais l’intérêt des affiliés. Aujourd’hui, je donne ma position en tant que jardinier en chef de Pairi Daiza.

Le monde politique belge est-il à la hauteur?

À la différence des groupes de pression, l’exécutif est le seul pouvoir légitime pour représenter l’intérêt général et les grands équilibres au sein de la société. À présent que les partenaires sociaux bloquent chaque jour davantage sur des dossiers importants, il doit reprendre la main car il a été désigné par nos élus pour agir dans l’intérêt de tous.

Vous dénoncez l’immobilisme politique sur un dossier comme l’enseignement. À qui la faute? À 25 ans de socialisme?

Quand j’étais à la tête de l’UWE, j’ai proposé qu’on fasse une union sacrée autour de l’enseignement. Ce n’est pas le PS qui a freiné. Il est temps que le monde politique sacrifie son agenda à court terme pour assurer le long terme. La situation économique va devenir de plus en plus compliquée et l’exiguïté budgétaire va obliger les politiques à affronter la réalité.

Certaines vérités sont difficiles à dire mais il faudrait peut-être qu’on arrête de prendre les gens pour des imbéciles.

La vraie question est de savoir comment arriver à produire d’avantage d’équité sociale dans un pays qui, plus que tout autre, ne pourra assurer son salut que par sa très grande ouverture au monde.

Comment?

Il faut créer de la richesse et la partager. Et pour cela, il faut sortir du discours "il n’y a qu’à". Prenons l’optimisation fiscale. Il y a beaucoup trop d’idéologie dans le discours sur l’impôt. La caricature m’insupporte. Je veux vieillir dans une société où la gauche et la droite se tapent dessus en connaissance de cause. Il faut valoriser les discours politiques mais pas les caricatures.

Crucifier le système en cours est facile mais que proposer ensuite? Nous sommes tous dans le même bateau. Il faut trouver un système qui soit un équilibre. C’est pour cela que je suis un social-démocrate. Mais je ne ferai jamais de la politique!

Vous n’avez jamais eu envie de tout plaquer et de partir vivre ailleurs, en Asie par exemple?

Mes ambitions se limitent à 55 hectares. J’y suis bien. On m’a déjà proposé d’exporter le modèle du parc ailleurs mais j’ai refusé. La Belgique est le plus beau pays au monde et c’est mon camp de base. C’est le pays où j’ai envie de vieillir. C’est vrai que le pays a une richesse sur le déclin et doit absolument rebondir. C’est notre problème: nous les Belges, on reporte les échéances.

En parlant d’échéances, redoutez-vous les élections de 2014?

Non, l’économie réelle ne va pas fondamentalement en souffrir et le bon sens va l’emporter. Beaucoup de patrons en Flandre votent N-VA et font des affaires avec les Wallons. C’est du réalisme à la belge!

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