Eric Domb: "Eviter que des financiers purs et durs mettent la main sur Pairi Daiza"

©CORALIE CARDON

Vous plaisez-vous toujours autant à Pairi Daiza?

Oui, plus que jamais. Le parc va fêter ses 20 ans l’année prochaine et je suis toujours aussi passionné. D’un point de vue personnel, avec ce projet, j’ai appris à me connaître et à savoir qui j’étais vraiment. Je suis de plus en plus heureux. Quant au parc, vous le remarquez, chaque année le visiteur peut découvrir quelque chose de neuf. Ce n’est pas une stratégie financière, sans quoi nous espacerions les investissements et nous attendrions une baisse du chiffre d’affaires pour réinvestir. Je suis tout simplement pressé de réaliser le monde de Pairi Daiza qui s’articulera autour de huit mondes. Il y a une dimension artistique dans ce projet et c’est mon travail de le terminer.

Et après?

Et après? Rien n’est achevé. Nous allons donner vie à ces huit mondes en accueillant des festivals de musique et de cuisine du monde, des ateliers de peinture, des marchés artisanaux, des jardins éphémères… Pour réussir cette animation autour des jardins, il nous faudra d’autres personnes. Il nous faudra faire venir des artistes, des musiciens,…qui montreront ce qu’ils sont capables de faire. Je serai certainement moins important. Mon rôle sera alors de faire en sorte que Pairi Daiza soit pérenne, que ce projet ne disparaisse pas. Il faut veiller au bon équilibre entre les finances, la gestion du patrimoine vivant et culturel et le respect de nos valeurs.

Chaque responsable, qu’il soit en charge des finances, des animaux, des jardins ou de l’architecture, va aussi tout doucement devoir former celui qui lui succédera. C’est un projet qui ne s’arrêtera pas avec moi!

Mais Pairi Daiza reste une entreprise…

Oui, la rentabilité est une obligation. Nous avons une responsabilité par rapport à nos collaborateurs. Et puis, je dois bien l’avouer, la rentabilité du parc est la seule manière de réaliser mon rêve. Nous recevons des subsides à l’investissement mais nous sommes face à une concurrence déloyale avec nos voisins du nord qui reçoivent beaucoup d’argent. L’argent n’est certainement pas une fin en soi mais un moyen indispensable pour assurer la pérennité de l’entreprise et le travail des collaborateurs. Ce n’est pas l’un ou l’autre. On peut être rentable et utiliser cette rentabilité dans l’intérêt de tous.

La cotation en Bourse de l’entreprise continue-t-elle à avoir un sens aujourd’hui?

Nous sommes une entreprise familiale et notre projet s’inscrit dans la durée. Il faut impérativement promouvoir un attachement entre le capital et l’entreprise. Je suis conscient que ce côté familial peut être un frein si on manque d’ambition. Mais en Allemagne, des entreprises familiales sont devenues gigantesques tout en conservant leurs valeurs.

Les valeurs de Pairi Daiza, comment les définissez-vous?

Il nous appartient de mettre les beautés du monde à la portée du plus grand nombre, dans un respect absolu d’authenticité car la beauté n’est encore et toujours accessible qu’à quelques privilégiés, tout en répartissant la richesse créée par notre travail et l’épargne de nos actionnaires de la manière la plus équitable et responsable qui soit.

Qu’est ce que vous voulez éviter quand vous ne serez plus là?

Cette entreprise est toute ma vie et la Bourse m’a permis de réaliser plus vite mes projets en levant 10 millions d’euros en 1999. Le but n’est certainement pas de vendre et de réaliser une plus-value. L’enjeu est de réfléchir aujourd’hui à la question de savoir qui sera actionnaire de l’entreprise Pairi Daiza demain? Je ne suis pas seul à me poser cette question. Ce sont des milliers de visiteurs qui veulent éviter que Pairi Daiza devienne une machine à fric et qui sont actionnaires en Bourse. Je ne suis plus tout jeune. Je dois réfléchir à une structure pour que l’entreprise perdure. Une coopérative serait peut-être mieux adaptée à la nature de notre activité. Ce que je veux certainement éviter, c’est de voir arriver des financiers purs et durs à la tête de l’entreprise.

Il faut éviter que des venture capitalistes mettent la main sur le parc. Ce jardin a une utilité et je veillerai à ce que l’équipe de direction de demain partage les valeurs de Pairi Daiza.

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