interview

Face à Pairi Daiza et Walibi, les Grottes de Han restent dans la course

©Anthony Dehez

Les Grottes de Han célèbrent leur bicentenaire. Brigitte Malou, directrice générale du domaine et descendante du fondateur, a su donner une seconde jeunesse à la plus vieille attraction touristique belge grâce à des rénovations continues en guise d’injections de botox.

Comment remettre au goût du jour une entreprise touristique de 200 ans?

On a décidé de tout thématiser: la grotte, le domaine, les visites. Pour le bicentenaire, on a introduit des personnages un peu partout pour recréer cette ambiance de visite ancienne, bien plus axée sur l’histoire. Les guides sont d’ailleurs tous en uniformes d’époque. Et nous avons mis en place un spectacle d’une heure de vidéo-mapping, avec sons, images, lumières et acteurs, en collaboration avec Tour des Sites, pour jouer sur les registres du fantastique et de l’imagination.

Pourquoi vouloir remettre l’histoire au centre des visites?

Car c’est pour moi une histoire extraordinaire! Nous sommes la première entreprise touristique de Belgique, une des toutes premières d’Europe. Déjà à l’époque, quand le fondateur Edouard de Spandl a acheté le domaine dans l’idée d’en faire du tourisme, c’était parfaitement novateur pour 1856. On dispose donc de tout un matériel, des affiches, des photos exceptionnelles de ce tourisme du 19ème siècle.

120.000
Visiteurs des Grottes cette année

Comment vous sont venues ces initiatives?

Nous avons en réalité fait appel à des consultants, il y a 3 ans, pour nous aider à développer notre projet de renouvellement. Ils avaient alors utilisé l’expression "ré-enchanter la grotte". Nous avons donc entamé à cette époque un grand projet pour éclairer la grotte avec des lampes LED. Cette lumière blanche met bien plus en valeur les vraies couleurs et les reliefs de la grotte. On a également voulu enlever tout ce qui polluait le regard. Nous sommes donc aussi sur un énorme chantier pour enlever les anciens câbles que l’on n’utilise plus et camoufler les nouveaux. Il faudra facilement trois ans pour tout terminer.

Des rénovations qui doivent vous coûter cher…

Jusqu’à présent, nous avons dépensé environ un million d’euros pour les LED. Avec tout l’éclairage compris, nous monterons sans doute à 1,2 million. Mais nous voudrions aussi réaliser une scénarisation de la grande salle l’année prochaine, ce qui coûtera sans doute quelques centaines de milliers d’euros supplémentaires. C’est donc un réel investissement pour nous qui sommes une petite entreprise privée. Mais nous y allons pas à pas, prudemment. Même si nous allons sûrement augmenter le rythme des investissements à l’avenir, nous n’irons jamais dans les dizaines de millions.

1,5 million €
Coût des rénovations ces dernières années

Et en termes de personnel embauché?

Quand je suis arrivée en 2011, nous étions 50 équivalents temps plein. Nous sommes maintenant passés à 80. On a donc fortement augmenté nos équipes, mais pas spécifiquement pour le bicentenaire. Le spectacle qui commence ce jeudi est un événement en soi. On a certes besoin de personnel, mais c’est payant. On espère donc que le spectacle sera rentable pour devenir auto-suffisant. On double simplement l’effectif de guides pendant l’été, grâce aux étudiants.

Avez-vous d’autres événements en guise de revenus?

Nous organisons souvent des concerts, des spectacles, mais surtout des événements privés tels que des présentations et des réunions VIP. Il faut dire que l’endroit est magnifique et facile d’accès. Si vous voulez louer la salle d’armes un samedi (en soirée) par exemple, vous débourserez environ 1.500 euros (sans restauration). Et nous pouvons y accueillir jusque 300 personnes. C’est quelque chose qui prend un essor incroyable.

©Anthony Dehez

Au niveau du parc, quelles sont les nouveautés pour faire revenir le public?

Depuis 4 ans, les visiteurs peuvent arpenter le parc à pied. Une chose que nous ne pouvions auparavant faire qu’en safari-car. Ils empruntent donc un sentier de 5,5 km qui contourne les enclos et loge la crête de la montagne. Et permet notamment de faire d’autres boucles, que l’on enrichit petit à petit. Nous comptons aussi de nouvelles espèces et projetons d’en accueillir davantage, ainsi que des sentiers supplémentaires. Et nous avons mis en place une structure "d’accrobranche", qui offre le plus beau panorama du parc.

Avec toutes ces rénovations, le prix d’entrée est-il toujours aussi concurrentiel?

Nous avons en vérité haussé le coût car nous nous positionnons comme une attraction de qualité. Je l’ai fortement augmenté en 2011, à mon arrivée ; c’était simplement bien trop bas. Nous l’avons ensuite élevé progressivement.

29€
Prix du PassHan Adulte (Grottes+Parc)

Comment justifier une telle hausse? Que vous coûtent les enclos du parc?

Nous ne payons pas pour les animaux car ils ne se marchandent jamais. Les espèces s’échangent ou se transfèrent entre parcs, mais pas de marchandage. L’addition est par contre salée pour les espaces, les enclos et la nourriture. L’enclos de nos trois loups arctiques a par exemple dû coûter dans les 35.000 euros.

Le domaine est toujours aux mains des descendants du fondateur… Est-ce cette pérennité qui vous rend fière?

C’est surtout la fidélité de nos guides. Le guide Etienne Lannoy perpétue une 6e génération de guides des Grottes. Son ancêtre, Pierre-Joseph, a d’ailleurs découvert une galerie en 1858, qui porte aujourd’hui son nom. Ce sont des gens qui ont la grotte dans le sang, ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. Son fils Harry a aussi attrapé le virus. Il avait d’abord fait d’autres études, mais rien à faire, ils reviennent toujours. C’est la 7e génération qui prend la relève.

90%
Le domaine compte environ 150 actionnaires et appartient à 90% aux descendants du fondateur.

Comment faire face à la concurrence à l’avenir? Pairi Daiza a ses pandas, Walibi ses futurs investissements de plus de 100 millions d’euros… Et vous?

L’année prochaine, nous allons plus loin dans le vidéo-mapping de la grotte. Les gens pourront ainsi se promener et avoir des images de tous les côtés, à 360 degrés. On commencera la mise en place en novembre, dès la saison terminée. Et au niveau du parc, nous allons construire cet hiver un grand plan d’eau d’un hectare qui fera venir énormément d’oiseaux. Nous renouvelons donc constamment.

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