interview

Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med: "Nous sommes à nouveau en phase d’expansion"

Requinqué par les chiffres des réservations des dernières semaines, Henri Giscard d'Estaing se dit confiant en la reprise sur les terres du Club Med. ©Club Med

Pour Henri Giscard d’Estaing, le PDG du Club Med, 2020 fut une année terrible pour plusieurs raisons. Mais 2021 démarre sur les chapeaux de roue.

Entre deux tests PCR pour pouvoir voyager entre ses projets de villages, Henri Giscard d’Estaing, le PDG du Club Med, était de passage à Bruxelles pour reprendre contact avec ses troupes locales.

Si vous deviez qualifier l’année écoulée en un mot, lequel retiendriez-vous?

Année terrible, vraiment. En 70 années d’existence, c’est la première fois que nous avons été forcés de fermer tous nos Villages dans le monde. Cette crise n’est pas la première que nous vivons; mais la première de cette dimension. Avant de la subir de plein fouet, nous avons dû réussir une opération logistique et humaine jamais vécue ni même imaginée: rapatrier en catastrophe tous nos clients depuis quatre continents en un minimum de temps. Ensuite, il a fallu s’assurer qu’on puisse traverser financièrement l’orage, quelle que soit sa durée.

Quand avez-vous enfin vu le bout du tunnel?

Le premier Village qu’on a pu rouvrir, c’est en Chine, il y a un an. C’est le premier que nous avions dû fermer aussi... Mais on a pu relancer l’activité sur une jambe. Sans trop savoir pour combien de temps.

Avez-vous dû revoir l’offre en fonction du coup d’arrêt reçu et de ses effets sur les clients?

Heureusement, nous avions lancé dès 2004 la montée en gamme de l’offre du Club Med. 90% de nos 70 Villages ont aujourd’hui atteint un haut niveau de confort et de prestations (au moins 4 Tridents ou Exclusive Collection). Il y a 20 ans, c’était quatre fois moins. Avoir anticipé la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie de montée en gamme et de diversification géographique a permis de limiter les effets du confinement dans la durée et dans l’intensité... La reprise en Asie et, plus récemment, celle du marché américain ont été un atout réel pour limiter la casse et pour anticiper la relance partout ailleurs.

Et du côté de la demande - heureusement également -, nous avions fait d’énormes investissements dans ce que nous appelons le "Happy Digital" et la convivialité des systèmes de réservation en ligne à la carte. Notre distribution "omnicanal" nous a beaucoup aidés à poursuivre nos activités durant cette période particulièrement compliquée.

L’esprit Club Med, ce sera désormais pédale douce?

Pas du tout. Nous ne brûlerons pas notre âme sur l’autel de la pandémie. Au bout de cette crise terrible, notre souhait est que cet esprit originel de liberté et de plaisir de l’instant soit encore plus vivant qu’auparavant… si c’est possible.

Donc la formation du personnel, des G.O., n’a pas changé d’un iota?

Non. Ce qui a changé, c’est l’offre d’animations, notamment nocturnes. Le choix offert est plus large; pas plus compliqué pour autant. Mais on n’abandonnera pas nos grands spectacles populaires. Dès qu’on pourra le refaire, dans le respect des normes sanitaires, on le refera.

Pour relancer l’activité touristique, le travail logistique va être passablement plus complexe. Du moins durant les mois qui viennent…

C’est un travail considérable. Mais on a cette chance d’avoir cela dans nos gènes, depuis les origines. On a ouvert des Villages dans des endroits où on ne pouvait même pas aller. On a parfois dû construire l’aéroport pour amener les clients. Et ce qui a été mis en place pour les rapatrier l’an dernier sans heurts a prouvé qu’on avait une certaine expertise. D’ailleurs à certains endroits, si le secteur aérien en a encore les moyens, on va créer de nouvelles lignes directes. Comme sur Cap Skirring, en Casamance (Sénégal).

"Notre actionnaire chinois, Fosun, a entièrement joué son rôle en termes de soutien financier extraordinaire" ©Club Med

Du côté de la demande internationale, comment anticipez-vous la reprise?

Comme je vous disais, le positionnement premium de la marque a été une garantie de résilience. Et notre diversification géographique, tant sur le versant de l’offre que de la demande, nous a aussi bien aidés.

"En Europe, c’est le marché belge qui donne le la pour l’instant, avant la France!"

D’abord en Chine, puis aux États-Unis. Avec déjà des croissances à 2 chiffres par rapport à l’avant-pandémie (2019). Par exemple, si nous avons pu ouvrir aux Seychelles, c’est grâce à la reprise précoce des réservations provenant des marchés israélien et russe, en avance sur le front de la vaccination et où nous sommes bien implantés localement.

Et en Europe?

C’est le marché belge qui donne le la pour l’instant, avant la France! En Belgique, en termes de reprise des réservations de séjours planifiés durant le second semestre 2021, on est déjà à +45% par rapport à 2019 à la même période. Et pour le 1er semestre 2022, on est déjà à +30% par rapport à l’avant-confinement en termes de réservations. Donc, non seulement cela reprend vite, mais cela démarre très fort, surtout côté belge.

Du côté de l’actionnaire de référence, Fosun Tourism Group, dont vous êtes d’ailleurs devenu Vice-Chairman en 2018, rien à signaler?

Nous avons la chance d’avoir un actionnaire principal qui connaît le métier et s’y investit massivement à l’international via le Club Med. Il a bien sûr fallu renforcer rapidement nos fonds propres. Et dans ce cadre-là – cela répondra à votre question -, nous avons souscrit pour 150 millions d’euros de prêts garantis par l’État français et Fosun a contribué pour 130 millions d’euros supplémentaires.

Fosun a donc bien rempli son rôle d’actionnaire, sans ciller. On ne s’est plus vu depuis un an, mais on se voit régulièrement via Teams, Zoom et tous ces produits qui se sont imposés à nous dans l’intervalle.

Chiffres-clés 2020

Chiffre d’affaires: 712 millions d’euros (-58%)

EBITDA ajusté: -41,6 millions d’euros (contre +294,6 millions en 2019)

Réduction de dépenses: -270 millions d’euros de frais fixes (-34% de frais de personnel)

Recapitalisations: 260 millions d’euros (2020) + 120 millions (01/2021)

La période est particulièrement dure pour le secteur du tourisme. Certains acteurs vont y laisser leur peau, surtout les plus petits. Va-t-on voir refleurir les fusions-acquisitions?

Ce n’est pas la taille qui est l’élément clé. C’est la pertinence de la stratégie. L’état dans lequel on est entré dans la crise est déterminant. On a d’ailleurs vu de grands acteurs, déjà fragilisés, ne pas résister.  Nous avons maintenu, en ce qui nous concerne, notre stratégie de croissance interne: 16 nouveaux Club Med vont ouvrir dans les 3 ans et 10 autres sont en rénovation lourde. La plupart des chantiers sont déjà en cours.

Sur quoi repose la stratégie d’expansion à l’international?

Continuer à améliorer la qualité et la diversité de l’offre: on n’ouvre plus que des Villages positionnés au moins 4 Tridents ou Exclusive Collection. Sur le ski et la montagne, on veut garder notre leadership. Non seulement en France, mais aussi ailleurs: la prochaine ouverture dans ce segment se fera au Québec (Massif de Charlevoix). C’est un investissement très important, en partenariat avec les anciens actionnaires du Cirque du Soleil et le gouvernement local. Nous ouvrirons en décembre prochain. Plus près de chez vous, nous allons rénover un Village très prisé par la clientèle belge: celui de Peisey-Vallandry (Paradiski). Et dans les Alpes toujours, nous allons construire, en partenariat avec la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations), un nouveau Club Med à Tignes Val Claret, là où se trouvait l’ancien parking, face au glacier de la Grande Motte. Nous signerons également au printemps prochain notre retour en Espagne, avec l’ouverture d’un nouveau Village à Marbella. Et puis, bien sûr, en Chine et en Asie, nous allons continuer à nous déployer rapidement. Nous allons d’ailleurs ouvrir prochainement un parc au concept "Joyview", visant les citadins, dans un des plus beaux endroits de Chine: à Lijiang au Yunnan, au seuil de l’Himalaya et au milieu des plantations de thé. Un site classé au patrimoine de l’Unesco.

Phrases-clés

"En 70 ans d’existence, c’est la première fois que nous avons été forcés de fermer tous nos Villages dans le monde."

"La reprise en Asie et, plus récemment, celle du marché américain ont été un atout réel pour limiter la casse et pour anticiper la relance partout ailleurs."

"C’est le marché belge qui donne le la pour l’instant - avant la France - en termes de reprise des réservations de séjours planifiés."

"Nous avons maintenu notre stratégie de croissance: 16 nouveaux Club Med vont ouvrir dans les 3 ans et 10 autres sont en rénovation lourde."

"Nous avons souscrit pour 150 millions d’euros de prêts garantis par l’État français et Fosun a contribué pour 130 millions d’euros supplémentaires. Fosun a donc bien rempli son rôle d’actionnaire."

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