Journée cruciale pour Thomas Cook au bord de la faillite

©REUTERS

Le compte à rebours a commencé pour le voyagiste britannique qui va tenter dimanche matin d'échapper à une faillite lors d'une réunion entre actionnaires et créanciers, avant un conseil d'administration dans l'après-midi qui doit déterminer du sort du groupe.

Le pionnier des tours-opérateurs Thomas Cook   doit trouver 200 millions de livres (227 millions d'euros) de financements supplémentaires pour éviter l'effondrement et le rapatriement de ses 600.000 touristes à travers le monde. Si l'option de nouveaux investisseurs privés semblait exclue samedi matin, les discussions se sont néanmoins poursuivies toute la journée et une réunion entre les actionnaires et les créanciers a été ajoutée à l'agenda dimanche à 08H00 GMT (9h heure locale).

Si la faillite devait être prononcée, cela aurait aussi des répercussions en Belgique où le voyagiste est aussi présent. Brussels Airlines, qui opère désormais les vols pour Thomas Cook, pourrait aussi en souffrir.

Le conseil d'administration de Thomas Cook se réunit en fin d'après-midi. "Nous saurons d'ici demain si un accord est trouvé" et si Thomas Cook va survivre, a souligné une source à l'AFP, précisant que le voyagiste tentait aussi sa chance auprès du gouvernement pour injecter les fonds manquants. Des discussions se sont déjà tenues samedi.

Selon "The Financial Times", Thomas Cook aurait déjà demandé au gouvernement britannique de se placer sous ce régime vendredi en fin de soirée.

"Un plan de sauvetage du groupe par l'État serait très controversé, mais permettrait au gouvernement d'économiser des centaines de millions de dollars en coûts escomptés s'il fallait rapatrier les clients du voyagiste bloqués", écrit le "Financial Times".

On affirme que les discussions entre Thomas Cook et le gouvernement continuent, quoi qu'écrive The Times sur une intervention publique "improbable".

1,2 milliard d'euros

Début de semaine, il chiffrait à 1 milliard d'euros l'injection nécessaire pour permettre au tour opérateur de survivre à sa saison hivernale. Vendredi, il a allongé la facture et a chuté en bourse.

L'entreprise a, en effet, confirmé avoir besoin de 200 millions de livres en plus du plan de recapitalisation de 900 millions actuellement discuté avec son actionnaire le Chinois Fosum. Le tour opérateur table désormais sur 1,24 milliard d'euros.  

Le rapatriement et dédommagement des quelque 600.000 clients seraient d'un coût d'une ampleur quasi-inédite: plusieurs milliards de livres.

Selon une source proche du dossier, la demande émanerait de la banque RBS étant donné que "la situation devenait de plus en plus critique. Dans le chef du porte-parole de la banque, on se refuse à confirmer la qualification des événements. Elle se limite à indiquer travailler avec toutes les parties à "tenter de trouver une solution au financement et au manque de liquidité de Thomas Cook".  

Notons que le rapatriement et dédommagement des quelque 600.000 clients seraient aussi d'un coût d'une ampleur quasi inédite. Il pourrait atteindre plusieurs milliards de livres, dont 600 millions pour la partie britannique à la charge des autorités. Que les clients belges se rassurent. Ils ne seront pas laissés sur le carreau (lire ci-dessous).

 À l'annonce de cette nouvelle, l'action dégringolait, ce vendredi matin, de 20%, à son plus bas historique.

"Les discussions se poursuivent" 

"Les discussions sur les termes finaux de la recapitalisation et de la réorganisation de la société se poursuivent entre Thomas Cook et certaines parties prenantes", lit-on dans un communiqué. "Ces discussions incluent une nouvelle demande d'une facilité saisonnière de 200 millions de livres."

La société s'est par ailleurs déjà placée sous la loi américaine la protégeant de ses créanciers (chapitre 15).

Thomas Cook a commencé à souffrir lors de la lourde vague de chaleur qui avait sévi en Europe en 2018. Ses efforts pour remplir les caisses en vendant les opérations aériennes n'ont pas abouti. Bien que les banques et les détenteurs d'obligations ne lui ont pas encore tourné le dos, la restructuration ne pourra pas porter ses fruits si la demande des clients n'est pas au rendez-vous. Or, ils sont frileux face à un éventuel risque de dépôt de bilan.

Que prévoit le plan?

Thomas Cook tente de céder la majorité de ses parts dans les activités de tour-opérateur à son actionnaire chinois. Il discute avec un groupe de créditeurs pour les activités aériennes. La compagnie belge de Thomas Cook est, elle, déjà tombée dans le giron de Brussels Airlines depuis deux ans. 

Une éventuelle faillite pourrait donc avoir des répercussions sur les activités commerciales (et le voyage touristique) Brussels Airlines. "C'est trop tôt pour dire ce qu'il va se passer", explique Wencke Lemmes, porte-parole de Brussels Airlines. "Mais c'est certain que le cas britannique n'est pas le cas belge, où les vols Thomas Cook sont opérés par Brussels Airlines." 

Financièrement, le plan prévoit un échange de la dette (75% de la dette de la compagnie aérienne et 25% de la dette de l'activité tour opérateur) en actions, avec, en ligne de mire, un risque de dilution, mais aussi une possibilité de voir l'action Thomas Cook retirée de la cote.

Que faire si vous êtes clients d'un voyagiste en faillite?

Thomas Cook, c'est 21.000 salariés, mais c'est également 600.000 clients dont de nombreux Britanniques, Allemands ou Scandinaves. En Belgique, où Thomas Cook est présent également sous les marques Neckermann et Pégase, plus de 10.000 personnes sont actuellement en voyage.

Lors de la faillite de la compagnie aérienne Monarch, le gouvernement britannique avait rapatrié les clients bloqués à l'étranger qu'ils soient couverts par la protection de l'Air Travel Organisers Licensing (ATOL- autorité de l'aviation civile) ou pas.

Un porte-parole du département britannique du transport refuse de préciser si de telles mesures sont actuellement envisagées. 

Les clients belges protégés 

En Belgique, en cas de faillite d'un tour-opérateur ou d'une agence, le voyageur est protégé. Il sera remboursé s'il n'est pas parti ou rapatrié s'il est à destination.

Selon l'Association européenne des agences de voyages et tour-opérateurs (Ectaa), 36 compagnies ont fait faillite ces 24 derniers mois sans possibilité d'indemniser leurs clients. D'où l'idée circulant actuellement de créer une sorte de Fonds de garantie destiné à protéger le voyageur lorsque le transporteur fait défaut.

 

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