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analyse

La soif de vacances fait s'envoler les chiffres du tourisme mondial

Les destinations internationales comme l'Asie-Pacifique sont plébiscitées malgré une hausse significative des prix. ©REUTERS

Malgré l’inflation, les conséquences du dérèglement climatique ou les grèves dans l’aviation, les géants Airbnb et Booking enregistrent des résultats record difficiles à interpréter.

Qu’ils sont loin les confinements, tests covid et autres passeports vaccinaux pour le secteur touristique, mais quel est l’impact de l’inflation sur les réservations d’hébergement en ligne? La hausse des prix est nette et se ressent très fort à l’analyse des récents résultats semestriels publiés chez Airbnb, où les tarifs journaliers moyens ont bondi de 42 % depuis 2019 pour atteindre 166 dollars à la fin du mois de juin.  Mais tout est une question d’emplacement sur le globe. Car en y regardant de plus près, on constate que les tarifs journaliers moyens ont baissé de 1 % en Amérique du Nord au deuxième trimestre par rapport à l'année précédente, tandis qu'en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, ils ont augmenté, mais seulement de 8%.

"Les gens ont voyagé ces derniers mois sur de plus longues distances et les nuits réservées à l'étranger ont augmenté de 16 % au cours du dernier trimestre."

Airbnb
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Ces augmentations relatives n’ont pas découragé les voyageurs, qui ont réservé 115,1 millions de nuits et d'expériences sur Airbnb au deuxième trimestre, soit une hausse de 11 % par rapport aux niveaux déjà élevés de l'année dernière et le deuxième trimestre le plus élevé jamais enregistré par Airbnb en termes de nombre de nuitées réservées. Mais ces prix élevés ont surtout permis à Airbnb de réaliser son deuxième trimestre le plus rentable depuis sa création.

Le retour des touristes urbains

Airbnb, dont le siège est à San Francisco, explique que les gens ont voyagé ces derniers mois sur de plus longues distances et que les nuits réservées à l'étranger ont augmenté de 16 % au cours du dernier trimestre. En particulier, les voyages vers l'Asie-Pacifique ont augmenté de plus de 80 %. Des chiffres qu’il faut nuancer pour Jean-Michel Decroly, professeur à l’ULB, où il enseigne notamment l’économie de l’activité touristique. "L’Asie-Pacifique a connu en 2020 et 2021 des années quasi blanches et en 2022 une très légère reprise. Donc cette augmentation de 80%, c’est un simple effet de rattrapage." Autre tendance qui découle de l’analyse des chiffres, le retour des vacanciers dans les villes, bastion historique d’Airbnb, avec 13% d’augmentation pour les locations dans des zones urbaines densément peuplées. "On l’observe également à Bruxelles avec une reprise de la fréquentation touristique depuis l’été dernier et qui se confirme cet été. Il y a eu une parenthèse du tourisme urbain qui semble se refermer petit à petit", précise Jean-Michel Decroly.

Prochain trimestre record en vue

Booking Holdings, le groupe néerlandais derrière Booking.com, s'attend de son côté à ce que le prochain trimestre soit marqué par "une saison de voyage record" après que la "forte demande" se soit poursuivie en juillet, a expliqué Glenn Fogel, l'un des principaux dirigeants de l'entreprise. C’est notamment le cas des Américains qui partent à nouveau plus souvent en vacances en dehors de leur pays, encouragés par un dollar très fort.

"Cette forte reprise du tourisme international, cela me surprend, car on est dans un contexte économique qui n’est pas très favorable."

Jean-Michel Decroly
Professeur à l'ULB

La populaire plateforme de voyage a vu son chiffre d'affaires augmenter de plus d'un quart au dernier trimestre, pour atteindre environ 5 milliards d'euros. Son bénéfice a augmenté de plus de moitié pour atteindre plus d'un milliard d'euros. Une hausse due en grande partie à l'augmentation des prix, le nombre de nuits réservées n'ayant progressé que de 9 % par rapport à l'année précédente. Il faut aussi noter que Booking Holdings a l’avantage d’être actif dans le monde du voyage avec d’autres plateformes, comme le moteur de recherche de vols Kayak et l'application de réservation de restaurants OpenTable, entre autres. De quoi diversifier les sources de revenus.

Ces bons résultats sont parfois difficiles à expliquer vu le contexte global. "Cette forte reprise du tourisme international, cela me surprend, car on est dans un contexte économique qui n’est pas très favorable, les séjours internationaux plébiscités sont plus couteux, la dimension géopolitique n’est pas favorable avec la guerre en Ukraine, les tarifs aériens sont en augmentation. On a donc du mal à expliquer ces chiffres." Une hypothèse est tout de même avancée par notre interlocuteur : le "revenge tourism".

Sevré de destinations exotiques pendant plusieurs années, le touriste prend sa revanche et voyage loin pour se rattraper, peu importe le prix. Un constat qui en amène un autre plus amer : "Les effets de l’inflation condamnent une partie de la population à voyager moins souvent ou pas du tout, mais c’est compensé par les effets du "revenge tourism" dans les groupes sociaux qui ont les moyens et se déplacent plus qu’avant."

Expedia, l’ombre au tableau

"Les effets de l’inflation condamnent une partie de la population à voyager moins souvent ou pas du tout, mais c’est compensé par les effets du "revenge tourism"."

Jean-Michel Decroly
Professeur à l'ULB

Chez Expedia, dont les différentes plateformes proposent des réservations de vols, des séjours à l'hôtel et des locations de voitures et activités de vacances, on a un peu moins le sourire. Les tendances récentes en matière de voyages observées chez ses concurrents n'ont pas été aussi bénéfiques et le chiffre d'affaires n'a pas été à la hauteur des estimations des analystes. L'évolution de la demande des consommateurs vers des destinations urbaines et des séjours plus courts a eu, par exemple, un impact négatif sur l'activité de location de vacances Vrbo d'Expedia. La société basée à Seattle réalise la majeure partie de son chiffre d'affaires sur le sol américain et n'a pas la même portée internationale qu'un Booking ou un Airbnb, qui affichent fièrement leurs bons résultats et surtout des perspectives basées sur les premiers chiffres de cet été encore plus encourageantes que prévu pour la suite de l’année dans un secteur où, pour le moment, international rime avec succès.

Le résumé
  • Airbnb et Booking affichent d'excellents résultats portés par une reprise du tourisme international.
  • Le "revenge tourism" - voyager pour rattraper notamment les années covid - serait l'une des hypothèses derrière cette embellie sectorielle pour les plateformes de réservation en ligne.
  • Seule ombre au tableau, Expedia, qui a publié des résultats décevants, en grande partie dus à la concentration de ses activités sur le sol américain.
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