Les familles Lhoist & co entrent aux Grottes de Han

L'an dernier, quelque 380.000 visiteurs foulaient le sol de la grotte – la seule d'Europe occidentale traversée par une rivière de part en part –, contre 200.000 encore en 2012, début d'une importante phase d'introspection. ©doc

Avec l’arrivée de nouveaux actionnaires et sa mue profonde parachevée, le site touristique wallon rêve aujourd'hui d'avenir. Hébergements, optimisation des espaces et diversification sont au programme.

Le moment est historique pour les Grottes de Han. Certes parce que l’attraction principale va enfin rouvrir ce weekend après presque trois mois de chiffre d'affaires passés à la trappe. Elle qui n'avait jamais cessé d'accueillir des visiteurs depuis sa longue histoire, sauf en temps de guerre.

Mais aussi et surtout parce que, du haut de ses 125 ans cette année, l'entreprise (toujours familiale) au chevet de ce site naturel d’exception a parachevé sa mue après être passée par une longue période d’introspection ayant démarré il y a près d’une dizaine d’années maintenant.

De quoi permettre à l’administratrice déléguée, Brigitte Malou, d'affirmer avec ferveur: "Nous sommes désormais prêts à affronter l’avenir".

2012, année de la relance

Pourtant, cela n'eut rien d'une mince affaire que de transformer la vénérable institution, fondée en 1856 par son aïeul, Edouard de Spandl, propriétaire terrien passionné de nature et d’archéologie.

En effet, pour bien comprendre ce qui s’est joué ici, il faut se replonger en 2012, à une époque où le lieu a perdu de sa superbe. Les éclairages sont vieillissants, le show animé tourne en boucle depuis 25 ans... Résultat: les visites sont en berne, avec quelque 250.000 personnes accueillies par an.

A côté des loups gris, les Grottes de Han présentent aussi des loups arctiques, qui viennent d'ailleurs de mettre au monde six louveteaux la semaine dernière. ©BELGA

Les quelques 200 actionnaires décident alors de remettre ce patrimoine unique en Europe occidentale – de par la spécificité de sa rivière qui traverse le lieu de part en part – sur la carte. Tout y passe. La Grotte se dote d’un spectacle son et lumière dernier cri, signé de la main du créateur belge Luc Petit. Un éclairage aux LED dévoile désormais les vraies couleurs de l’endroit sur la totalité des 2km de parcours sous-terrain.

L'expérience est enrichie, en surface, d’une passerelle, d’un camping et de tentes dans les arbres. Du côté des animaux, le site dispose d'une nouvelle colline aux ours et des loups arctiques sont venus rejoindre les loups gris déjà présents.

Notons encore l'arrivée, au sein du Conseil d'administration, de l’administrateur de sociétés et ancien patron de Cockerill Sambre Philippe Delaunois, du directeur général de Namur Invest Renaud Hattiez et du professeur en marketing à l’UNamur Alain Decrop. 

12
millions €
Pour remettre les Grottes et son parc sur la carte, quelque 12 millions d'euros auront été investis au total ces dix dernières années.


Familles entrepreneuriales au chevet

Au total, l’investissement est estimé à 12 millions d’euros. "Ce qui, pour une petite structure comme la nôtre, représente quelque chose de conséquent". Mais, heureusement, la société exploitante aura pu compter sur une injection de 5 millions d’euros, à moitié par ses actionnaires existants et à moitié par des familles entrepreneuriales (les familles Lhoist, Calozet, Nolet de Brauwere, et Belfroid) de la région, soucieuses d’ancrer sa pérennité. Des retombées s’en sont suivies. Désormais le monde sous-terrain et son parc animalier, né dans les années 70, attirent 380.000 visiteurs – du moins, avant le Covid-19.

"On aimerait rendre la sortie de la grotte plus grandiose."
Brigitte Malou
Administratrice déléguée des Grottes de Han

Et ce n’est qu’un début. Car les projets ne manquent pas, évoque pleine d’entrain la patronne. Au programme: de la construction d’un plan d’eau à la scénarisation du parc et l’introduction de jeux interactifs, en passant par l’éventuelle réintroduction des barques – "pour rendre la sortie de la grotte plus grandiose" – et un déménagement du centre d'accueil et de la billetterie du côté de la sortie des grottes pour améliorer l’expérience client – ce à quoi s’opposent certains commerçants du village de Han où se situaient jusqu’ici ces infrastructures.

Développements hôteliers

Côté immobilier, c'est plutôt l’idée de logements insolites qui fait son chemin, entend-on. "Avec un côté rustique". Alors, pas nécessairement dans le parc animalier, afin d’éviter de le dénaturer, mais pourquoi pas à proximité, où l’entreprise détient quelques terrains.

Les Grottes de Han espèrent un retour des Belges en juillet et en août, les deux mois les plus importants pour le site touristique. ©BELGA

Ce qui viendrait compléter à merveille un développement récent et bienvenu de la part Bricks & Leisure, main dans la main avec le géant français Accor. Et pour cause, le groupe de construction flamand finalise pour octobre la construction d’un hôtel 4 étoiles aux 117 chambres, dont 48 suites familiales. "Ce dont on se réjouit, car cela va nous permettre de pouvoir désormais aussi vanter un hébergement à côté de nos activités destinées aux entreprises, ce qui a souvent fait défaut", évoque la CEO. À titre d’exemple, les Grottes de Han proposent en effet aux sociétés d’emmener dîner leurs employés ou clients... au beau milieu des stalactites. "C’est notre concept ‘dinner in the caves’".

2,5
millions €
Les familles Lhoist, Calozet, Nolet de Brauwere et Belfroid ont apporté 2,5 millions d'euros à la société.

Mais pas que, les Hollandais qui descendent vers le sud pourront eux aussi en bénéficier. Tout comme d’ailleurs les nouveaux publics visés par les Grottes, que soit en Inde ou ailleurs, là où la prospection des touristes se met peu à peu en place. C'est du moins en attendant l’ouverture des frontières. D’ici-là, Brigitte Malou espère que les Belges seront au rendez-vous en juillet et en août, les deux meilleurs mois du site. D’autant qu’à cette fin, toutes les adaptations de rigueur ont été mises en œuvre.

Retour progressif… à pied

Avec un retour progressif du public à la clé, mais différemment. Les visiteurs sont désormais 80% à fouler les lieux à pied, contre un tiers seulement avant la crise qui faisait le choix de délaisser les "safari cars", permettant de voir l’ensemble du site sur une durée réduite et se plonger dans une expérience de nature authentique.

Une idée qui, là aussi, constitue une piste de développement. En effet, une visite n’étant jamais la même – les lumières évoluant, les animaux visibles bougeant –, un système d’abonnements (avec un grand potentiel de récurrence) a depuis peu été mis en place. Il semble rencontrer un certain succès. Restera désormais à le développer.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés