Neckermann demande à être protégé de ses créanciers

Neckermann demande une procédure de réorganisation judiciaire pour se donner le temps de rebondir. ©BELGAONTHESPOT

Neckermann demande au tribunal de Nivelles de lancer une procédure de réorganisation judiciaire. Une mesure indispensable pour sauver 180 emplois, dit le voyagiste.

Frappé par la crise sanitaire, le réseau d'agences de voyages Neckermann se tourne vers le tribunal de Nivelles afin d'être mis à l'abri de ses créanciers pour 3 mois. Après avoir été relancée avec la culbute de Thomas Cook, l'enseigne Neckermann veut se donner le temps de trouver un soutien financier et de renégocier ses dettes causées par la crise du coronavirus.

"Nos actionnaires (...) continuent à nous soutenir et sont prêts à injecter des capitaux supplémentaires. Mais uniquement si nous pouvons aussi trouver une aide financière en Belgique."
Laurent Allardin
CEO

"Cette requête pourrait sauver l’emploi des 180 collaborateurs de Neckermann et, par extension, préserver tout le secteur belge du voyage d’importantes pertes d’emploi", indique Neckermann dans un communiqué.

La porte-parole indique que les revenus sont quasi nuls alors que les loyers des agences "coûtent un bras". Leen Segers se refuse toutefois à citer le montant du trou actuel.

Pour l'heure, 59 agences restent portes closes. "Un petit noyau va assurer la continuité de l’entreprise au cours des prochains mois." Neckermann insiste sur le fait que réserver un voyage est toujours possible en ligne.

Une reprise qui tarde

À l'automne 2019, le groupe Thomas Cook faisait aveu de faillite. Ses filiales lui ont emboîté le pas les unes après les autres. Sans repreneur, la filiale belge n'a pas fait exception. Une fois la faillite prononcée en Belgique, l'espagnol Wamos est sorti du bois en annonçant la reprise de 62 des 91 agences et quelque 200 emplois. En Flandre, Hillman Travel se présentait pour les 29 agences restantes.

180
emplois
Cette requête pourrait sauver l’emploi des 180 collaborateurs, affirme-t-on chez Neckermann.

Après la conclusion d'un accord avec Sunweb pour étoffer la gamme, les agences ont rouvert leurs portes en début d'année. Mais la pandémie du coronavirus est arrivée. Les frontières se sont fermées aux touristes, clouant au sol des avions.

Fin mai, malgré une activité annoncée comme étant bonne en janvier et en février, l'enseigne frappait à la porte des Régions. Faute d'obtenir un prêt bancaire, elle obtenait de la SRIW et de son homologue flamand PMV un prêt de 2,3 millions d'euros. De quoi lui permettre de surmonter la crise, pensait-elle.

Mais la crise s'est poursuivie et les réservations ont continué à se faire rare.
Face à des revenus ayant quasi totalement fondu, le voyagiste avait, fin septembre, demandé un soutien fédéral et régional de 5 millions. Un appel resté lettre morte. Neckermann a donc dû se résoudre à demander le lancement de la procédure de réorganisation judiciaire.

Wamos en soutien

Aujourd'hui, Neckermann peut encore compter sur le soutien de ses actionnaires, mais pas à n'importe quelles conditions. "Nos actionnaires, Wamos Group, continuent à nous soutenir et sont prêts à injecter des capitaux supplémentaires. Mais uniquement si nous pouvons aussi trouver une aide financière en Belgique", explique Laurent Allardin, CEO. Selon De Standaard, Wamos serait prêt à injecter 4 millions d'euros, en échange d'une enveloppe d'un million d'euros auprès des fonds d'investissements wallon et bruxellois et 5 millions des autorités flamandes.

Le tourisme à la peine

Avec les mesures prises pour éviter la propagation du virus, c'est l’entièreté du secteur touristique qui trinque. Les compagnies aériennes ne cessent de revoir leur offre à la baisse. Les annonces de pertes d'emplois se multiplient.

Dans les agences, les temps ne sont guère plus cléments. Le leader TUI a déjà annoncé que ses réductions de coûts pourraient se répercuter sur 8.000 emplois. Dans le secteur hôtelier, Whitebread (Premier Inn) pourrait supprimer 6.000 postes.

Si vous avez un voucher émis après le 19 juin, réservez!

Pour l'heure, pas de panique pour les vacanciers ayant réservé via Neckermann. L'enseigne est toujours opérationnelle.
Mais que se passerait-il si elle devait faire faillite?
C'est pour de telles éventualités qu'a été fondé le fonds de garantie voyage. Ce dernier interviendrait pour indemniser les voyageurs lésés, comme il l'avait fait l'automne dernier avec les clients de Thomas Cook.
Le hic pourrait toutefois provenir des bons à valoir émis par les voyagistes.

Avec la pandémie, Neckermann comme les autres acteurs a en effet émis des vouchers pour les voyages qui ont dû être annulés. Ces vouchers sont protégés par le fonds, mais Test Achats appelle tout de même à la vigilance.
"Au début de la crise du coronavirus, le cabinet de la ministre de la Consommation de l'époque, Nathalie Muylle (CD&V), a élaboré une réglementation obligeant les consommateurs à accepter un voucher sans discussion si leur voyage ne pouvait pas se dérouler. Ces bons à valoir sont restés valables pendant un an et ont été couverts contre une éventuelle faillite du voyagiste", explique Jean-Philippe Ducart .

Néanmoins, la réglementation était en vigueur du 19 mars au 19 juin 2020 – la demande de prolongation n'ayant pas été validée –, précise Test Achats, non sans ajouter que tous les bons à valoir décernés par la suite ne sont, eux, pas protégés contre une éventuelle faillite du voyagiste.

Test Achats conseille donc d'utiliser les vouchers émis après le 19 juin pour réserver dès maintenant un nouveau voyage "pour la simple raison que les voyages réservés qui ne peuvent avoir lieu en raison du coronavirus sont assurés contre une éventuelle insolvabilité financière de l'organisateur de voyage. Le simple voucher, qui n'a pas été converti en voyage, ne donne pas cette protection."
Et Jean-Philippe Ducart de reconnaître que dans l'état actuel, réserver un voyage à plus long terme, c'est faire des plans sur la comète, mais "un bon à valoir a encore moins de valeur et la jurisprudence est trop instable, laissant la porte ouverte aux interprétations".

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