AB InBev, Nestlé et cie veulent des camions électriques pour des routes plus respirables

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Avec son premier "e-truck", le brasseur se veut le chantre d’un transport moins polluant. Avec 32 signataires, il demande à la nouvelle Commission d’inciter la production de camions électriques.

Au printemps prochain, un premier camion électrique sillonnera les routes du Royaume. AB Inbev et le fabricant de poids lourds MAN ont présenté hier le premier "e-truck" de Belgique dédié aux livraisons urbaines.

Ce bahut de 26 tonnes disposera de 12 batteries de 18,6 kWh placées sous la cabine et sur les côtés du châssis. Après huit ans, elles disposeront toujours d’une capacité d’au moins 70%, assure le constricteur. Il aura une autonomie de 165 km au minimum, ce qui, pour AB InBev, équivaut à 4 jours de livraison. La distance parcourue pour un trajet moyen en ville, d’un dépôt à l’autre ou d’un café à un autre, s’élève en effet à environ 20 kilomètres. Ce qui revient à une moyenne de 40 km par jour, l’e-truck effectuant deux trajets quotidiens.

Un camion électrique coûte cinq fois plus cher qu’un camion diesel

Ce poids lourd remplacera un des 117 camions de la flotte d’AB InBev. Le modèle présenté hier est un des neuf prototypes testés par MAN avant une mise en production d’un premier lot de 10 camions. Au total, une cinquantaine de véhicules de ce type seront produits par MAN à Steyr en Autriche. Si aucune autre commande formelle n’a encore été passée à ce jour par AB InBev, c’est sans doute parce que le brasseur louvaniste entend d’abord voir comment se comporte le véhicule sur le terrain. D’autant qu’il s’agit d’un investissement lourd, un camion électrique coûtant cinq fois plus cher qu’un camion diesel classique. "Mais, indique Els Martens, responsable de flotte d’AB InBev Belgique, nous rêvons d’une véritable flotte électrique en Belgique et en Europe."

Malgré toutes les polémiques qui entourent la motorisation électrique, le n°1 mondial de la bière entend ainsi se positionner comme bon élève en matière de développement durable avec, notamment, le bateau à bière, le train à bière et les véhicules CNG. En Belgique, AB InBev utilise déjà 7 véhicules au gaz et en exploitera 27 autres d’ici la fin 2020. "Ces poids lourds permettront de réduire les émissions de CO2 de 20%", assure Els Martens. L’objectif d’AB InBev est de réduire de 25% ses émissions de CO2 d’ici fin 2025.

Lobbying européen

Autant d’arguments qui lui permettent de faire pression sur les pouvoirs publics pour réclamer des incitants. "Le gouvernement pourrait stimuler les producteurs et les clients comme nous à prendre des mesures, par exemple en fournissant une bonne infrastructure de recharge pour les voitures et les camions", relève ainsi Francesco Furlanis, acheteur logistique chez AB InBev.

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La présentation de cet e-truck ne tombe cependant pas par hasard. La veille, le géant brassicole et 31 autres entreprises, lobbies et autres organisations, aux intérêts pas forcément toujours convergents, avaient écrit à la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le jour même de son installation, une lettre pour demander à l’Union européenne de les aider à stimuler la production de camions verts.

Outre AB InBev, on trouve parmi les signataires d’autres fabricants de produits de grande consommation (Nestlé, Unilever), des chaînes de supermarchés (Metro, Rewe), des transporteurs et des logisticiens (Geodis, Vos), des acteurs postaux (Austrian Post), des lobbies (Febetra), des ONG environnementales (Bio Planet, Natuur Milieu), etc.

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Les émissions liées aux transports représentent aujourd’hui 27% des émissions totales de CO2 et sont en augmentation pour la quatrième année consécutive.

Dans ce courrier, les signataires mettent en avant quelques chiffres interpellants. Les émissions liées aux transports représentent aujourd’hui 27% des émissions totales de CO2 et sont en augmentation pour la quatrième année consécutive. Les poids lourds sont responsables d’environ 5% des émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne. Ils totalisent 22% des émissions de CO2 du transport routier. Dans un scénario de statu quo, ces émissions augmenteront de 17% d’ici 2050. Bref, il y a urgence.

Objectifs contraignants

Aussi, dans le cadre du "Green New Deal" de la Commission, ils lui demandent d’imposer des objectifs de vente "ambitieux et contraignants" de camions zéro émission au cours de la prochaine décennie, ceci en deux étapes, 2025 et 2030. Car, notent-ils, l’offre actuelle de camions électriques en Europe est quasi inexistante, ce qui les oblige à construire leurs propres véhicules ou à lancer leurs propres projets pilotes.

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Dans son édition de ce jeudi, le Financial Times rappelle notamment que les principaux fabricants sont réticents à accélérer le déploiement de camions alimentés par batterie, invoquant notamment le manque de demande des clients commerciaux. Ce contre quoi ces derniers s’inscrivent en faux: "Nous voulons faire partie de la solution et accroître nos efforts, mais nous avons aussi besoin de l’Europe pour définir le cadre politique approprié pour atteindre cet objectif", écrivent les 32 signataires qui réclament de l’Europe un fonds d’investissement spécifique, destiné à soutenir l’installation d’infrastructures de recharges pour camions électriques.

Et de conclure: "Les actions que nous appelons sont du gagnant-gagnant pour notre planète et notre économie; elles doivent être introduites sans délai pour que la nouvelle Commission puisse tenir ses promesses de faire de l’Europe un leader en matière de changement climatique et de transports propres."

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