Chasse au dumping social dans le secteur des transports

©jost group

Plusieurs perquisitions ont eu lieu dans l'entreprise belge de transports Jost pour fraude sociale à grande échelle. Le parquet soupçonne l’existence d’une organisation criminelle active en Belgique, au Luxembourg et en Roumanie.

Quelque 80 inspecteurs de la police judiciaire fédérale et 40 membres des différents services des inspections sociale et fiscale ont pris part à une vingtaine de perquisitions touchant l'entreprise de transport Jost International. Quatre personnes ont été interpellées et devaient comparaître lundi devant un juge d'instruction liégeois. Elles sont suspectées de fraude sociale, traite des êtres humains et organisation criminelle.

La raison de ces perquisitions? L'entreprise est suspectée de faire du dumping social en recrutant en Europe de l'Est des conducteurs de camions pour les faire travailler en Belgique aux conditions d'emploi de leurs pays d'origine. Il y aurait 1.100 chauffeurs employés de cette manière.

55 millions €
Le manque à gagner pour la sécurité sociale belge s'élèverait à quelque 55 millions entre 2014 et 2016.

Pourquoi la Belgique s'y intéresse? En ne respectant pas les conditions d'emplois belges, c'est environ 55 millions d'euros que notre sécurité sociale n'a pas reçu entre 2014 et 2016.

Le parquet fédéral ajoute que des perquisitions ont également été menées en Roumanie, au Luxembourg et en Slovaquie.

"Nous ne comprenons pas d’où viennent ces chiffres ni ces graves accusations. Nous sommes parfaitement en ordre, et nous agissons en collaboration totale avec les autorités."
Véronique Hustin
Jost Group


Le groupe Jost a souligné pour sa part être "parfaitement en ordre à tous les niveaux" et agir en "collaboration totale avec les autorités". "Nous ne comprenons pas d’où viennent ces chiffres ni ces graves accusations, réagit Véronique Hustin, porte-parole de Jost Group. Nous sommes parfaitement en ordre, et nous agissons en collaboration totale avec les autorités. Nous avons étendu notre activité aux pays de l’Est depuis une vingtaine d’années déjà, parce que nous nous rendions compte qu’il y allait avoir une pénurie de chauffeurs, les personnes ayant obtenu leur permis poids lourd lors du service militaire arrivant à la pension, et les jeunes étant peu attirés par ce métier.Mais tout se fait dans la stricte légalité."

Les syndicats pour des contrôles renforcés

Les fédérations professionnelles du transport, Febetra et UPTR, rappellent que la société bénéficie à ce stade de la présomption d'innocence. "L'enquête devra déterminer s'il est vraiment question de fraude sociale. Si c'est le cas, de tels faits doivent être sanctionnés sévèrement car il s'agit d'une concurrence déloyale", a indiqué une porte-parole de la Febetra.

"Aujourd'hui, la justice est passée à une vitesse supérieure et lance des poursuites contre plusieurs firmes de transport coupables d'avoir fraudé. Nous applaudissons cette initiative. C'est une bonne nouvelle pour les chauffeurs belges, mais aussi pour les entreprises de transport 'loyales'."
L'UBT


"L'utilisation des travailleurs détachés est une réalité dans le secteur du transport, mais nous sommes particulièrement attentifs à ce que cela se fasse dans le strict respect des législations nationales et européennes. Si l'enquête devait mettre en lumière des agissements frauduleux, il conviendrait évidemment de prendre toutes les mesures nécessaires pour y mettre fin", a souligné dans un communiqué la CGSLB qui demande une solution de mise sous tutelle judiciaire de l'entreprise dans le cas où le management du groupe serait empêché d'assumer ses fonctions.

©Photo News

 "Nous espérons que cet incident dans une des plus grandes sociétés de transport du pays aura un effet dissuasif", a réagi, satisfait, Jan Sannen, le responsable général de la CSC Transcom qui précise que les perquisitions ont eu lieu à Liège et Anvers. Le syndicat chrétien propose que des contrôles renforcés soient également opérés par l'inspection dans de grandes entreprises, pas seulement dans les PME.

Quant au syndicat socialiste du transport (UBT), il a appelé les fédérations patronales du secteur à prendre leurs responsabilités face au dumping social et à faire le "grand nettoyage". Selon le président de l'UBT, Frank Moreels, cité dans un communiqué, Jost possède également "une entreprise (boîte aux lettres) en Slovaquie, à savoir Trans-Union".

Une opération policière de cette ampleur n’est pas une première. Le parquet fédéral s’est engagé à lutter contre la fraude sociale grave et organisée. Douze perquisitions avaient déjà été menées mi-mars dans trois entreprises de transport de Dixmude, Hamme et Malines, soupçonnées de recourir à une organisation criminelle agissant depuis la Slovaquie et le Portugal.

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