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"Sept entreprises vont investir 139 millions au port de Bruxelles"

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Philippe Matthis, le directeur général adjoint du port de Bruxelles, défend l’apport économique de l’outil et sa contribution en matière de mobilité.

Contribution à résorber le chômage, solution à la mobilité bruxelloise, investissements, Philippe Matthis, le directeur général adjoint du port de Bruxelles, loue les avantages de la zone d’activité portuaire de transport de la capitale.

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Quel est l’apport du port de Bruxelles à l’économie régionale?

Il est de plusieurs ordres. Le port de Bruxelles dispose d’un domaine de 115 hectares sur lequel il accueille des entreprises qui disposent d’une concession de 25-30 ans. Les entreprises qui sont situées dans la ZAPT (Zone d’activité portuaire de transport) génère 12.000 emplois directs et indirects d’après les statistiques de la Banque nationale et d’Actiris. C’est de l’emploi qui n’est pas du même type que celui qu’on retrouve dans la région de Bruxelles-Capitale où c’est plutôt tertiaire. L’emploi dans les entreprises du port sont du secteur secondaire (industries de transformation, ndlr). Nous contribuons un peu à résorber le chômage dans la catégorie des personnes infra-qualifiées. La valeur ajoutée des entreprises qui occupent nos concessions représente un milliard d’euros par an, soit 2% de la valeur ajoutée produite à Bruxelles. Le port contribue aussi à réduire la congestion sur les routes bruxelloises.

"Si le canal n’existait pas, il y aurait 620.000 camions de plus sur les routes bruxelloises."

Comment évaluez-vous la contribution en matière de mobilité?
L’économique n’est jamais très loin de la mobilité, car si les entreprises qui disposent d’une concession ont l’obligation d’utiliser la voie d’eau, celles qui ne respectent pas cette obligation se voient imposer des pénalités et la sanction peut aller jusqu’au retrait de la concession. En 2016, les entreprises du port ont généré un trafic propre à Bruxelles de 4,5 millions de tonnes sur la voie d’eau. À ce tonnage, il faut ajouter 2 millions de tonnes qui ont transité par le canal. L’utilisation de la voie d’eau diminue la pression automobile dans la ville. Car sur la base des modèles mathématiques faits par des universitaires, ces 6,5 millions de tonnes sur la voie d’eau ont permis d’économiser un trafic de 620.000 camions sur les routes en 2016. Si le canal n’existait pas et à activité économique égale, il y aurait eu 620.000 camions en plus sur les routes avec ce que cela comporte comme embouteillages en plus sur les routes et leur impact sur l’activité économique dans la capitale. C’est un aspect très important. Notre objectif est de permettre à nos entreprises portuaires de croître et d’utiliser au maximum la voie d’eau.

5.400 emplois
L’objectif de notre masterplan est de créer 5.400 nouveaux emplois d’ici 2030.

Quelle est votre politique pour atteindre cet objectif?
Il y a, d’une part, les entretiens réguliers qui sont réalisés par nos équipes pour garantir que le canal est dans un bon état de navigabilité. Le port de Bruxelles est particulier dans la mesure où ce sont nos équipes qui réalisent ces entretiens (dragage, etc.) contrairement à la Wallonie et à la Flandre où c’est l’administration régionale des voies hydrauliques qui s’occupe de l’entretien de la voie d’eau. Nous recevons une dotation annuelle de 2,7 millions d’euros pour réaliser le dragage, l’entretien des berges et des ponts. Notre contrat de gestion nous impose des pénalités si, par manque d’entretien, la navigation est arrêtée pendant plus de 30 heures. À l’époque de la régionalisation, les autorités bruxelloises ont estimé qu’il ne fallait pas créer une administration spéciale pour s’occuper de 14 km de voie d’eau. Il y a aussi les investissements que nous réalisons pour améliorer les infrastructures portuaires et la mise à disposition des entreprises de nouveaux espaces.

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Quels sont les projets en la matière?
Nous sommes en train de réaliser un programme d’investissement de 30 millions d’euros qui vise la construction d’un village de la construction pour un concessionnaire, l’aménagement d’un terminal passagers pour améliorer les bateaux de croisière. Nous sommes aussi en train de procéder à la réhabilitation d’un espace de 8 ha pour accueillir de nouvelles entreprises. Grâce à ces développements, nous avons déjà signé la concession de 7 nouvelles entreprises qui vont investir un total de 139 millions au port (bâtiment, showroom, dalles, etc.). Parmi elles, il y a bpost qui va, à elle seule, investir 120 millions d’euros dans un nouveau centre de tri sur un terrain d’une superficie totale de 12,5ha à Neder-Over-Hembeek. Elle va y employer près de 1.500 travailleurs. Bpost s’est déjà engagée à embaucher 250 nouveaux collaborateurs et ce sont des emplois pour les Bruxellois. L’objectif de notre masterplan est de créer 5.400 nouveaux emplois d’ici 2030 grâce aux entreprises que nous allons attirer. Pour accueillir de nouvelles entreprises, nous allons d’ailleurs acquérir 60 nouveaux hectares situés le long de la voie et que nous allons aménager.

À l’époque de la régionalisation, les autorités bruxelloises ont estimé qu’il ne fallait pas créer une administration spéciale pour s’occuper de 14 km de voie d’eau.

Récemment, on a appris que les ports belges contestaient une décision de la Commission européenne. Pourquoi?
Nous contestons une décision de la Commission européenne qui veut soumettre les ports belges à l’impôt des sociétés (Isoc) dès l’exercice 2018. Actuellement, nous sommes soumis à l’impôt des personnes morales. L’Europe a déjà imposé ce régime à d’autres ports comme celui de Rotterdam. C’est d’ailleurs les dirigeants du port néerlandais qui se sont plaints à l’Europe en invoquant le cas du port d’Anvers. L’Etat belge n’a pas voulu introduire de recours. Les ports ont décidé de le faire, car ce nouveau régime entraînera un manque à gagner. Pour le port de Bruxelles, c’est "peanut" par rapport à la facture d’Anvers.

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