Brieuc de Meeûs: "En termes d'investissements, 2020 reste une belle année pour la Stib"

Malgré la chute drastique de fréquentation, le CEO de la Stib Brieuc de Meeûs considère que 2020 fut une belle année en termes d'investissements pour le transport public bruxellois. ©saskia vanderstichele

Nouvelles rames de métro, test d'un bus roulant à l'hydrogène, intégration tarifaire: le directeur général de la Stib, Brieuc de Meeûs, détaille les projets marquants pour 2021.

L'obligation de télétravail est largement respectée à l'Atrium, nom donné par les Stibiens au siège de la rue des Colonies. On retrouve le CEO dans ces bureaux quasiment vides pour dresser le bilan de cette année particulière. On s'enquiert d'abord des chiffres de fréquentation. "La semaine passée, on avait environ 45% du taux habituel pour le souterrain et 50% pour le réseau de surface. Il faut attendre un peu pour connaître l'impact de la fin des congés. On va sans doute atteindre 60%", estime Brieuc de Meeûs, qui rappelle que la fréquentation avait chuté à 10% du taux de référence lors du premier confinement avant de remonter progressivement, avec un pic de 70% à la rentrée de septembre. "On est resté parmi les réseaux européens les plus fréquentés. Depuis le second confinement d'octobre et l'obligation de télétravail, on reste bon an mal an aux alentours de 50%."

120
Millions d'euros
La perte de recettes pour la Stib en 2020.

Sans Covid, la Stib aurait sans doute enregistré près de 450 millions de voyageurs en 2020 contre 434 millions l'année d'avant. "Mais je suis toujours absolument convaincu qu'on retrouvera ce niveau de fréquentation. Après les attentats, on avait tout récupéré en six mois. On aura le même type de courbe avec quelques variations durant la descente. Je pense qu'on pourrait y parvenir d'ici la fin 2022 et que l'année 2023 sera comparable à 2019", prédit le patron de la Stib. En attendant, la crise plombe les comptes des transports publics bruxellois. "La chute de fréquentation combinée au coût supplémentaire engendré par les mesures sanitaires revient à une perte de recettes de 120 millions d'euros. La Stib a puisé dans ses réserves pour passer ce cap-là."

Test d'un bus à l'hydrogène

Brieuc de Meeus jette malgré tout un regard positif dans le rétroviseur. "2020 fut une belle année pour la Stib. Si on oublie la crise Covid et qu'on se concentre sur les investissements." L'année écoulée fut en effet marquée par l'arrivée de matériel roulant tout neuf, notamment les bus hybrides d'Iveco. Sur les premiers bus articulés 100% électriques qui ont circulé toute l'année sur la ligne 64, Brieuc de Meeûs ne livre aucune conclusion définitive. "Nous sommes toujours en phase de test. Cela semble relativement concluant, sans aucune grande catastrophe. Mais je reste prudent."

"Nous avons loué un bus à la société Van Hool, que nous allons faire rouler pendant un an ou deux sur le réseau dans toutes les conditions possibles et inimaginables. On aura vraisemblablement un poste de recharge (en hydrogène) alimenté avec des bonbonnes à Haren."
Brieuc de Meeûs
Directeur général de la Stib

Le choix de la technologie privilégiée dans le futur par la Stib n'est donc toujours pas tranché. D'autant que l'étude relative aux bus roulant à l'hydrogène menée en collaboration avec l'ULB et la VUB débouchera en 2021 sur un test. "Nous avons loué un bus à la société Van Hool, que nous allons faire rouler pendant un an ou deux sur le réseau dans toutes les conditions possibles et inimaginables. On aura vraisemblablement un poste de recharge alimenté avec des bonbonnes à Haren."

Pas de difficultés liées à l'autonomie comme pour l'électrique, le défi de l'hydrogène est avant tout logistique. "On veut de l'hydrogène vert fabriqué à partir d'une source renouvelable et pas du gris. Mais il faut savoir où il va être produit, comment on va l'acheminer et le charger dans les véhicules. Ce sont toutes ces dispositions qu'on doit étudier, car il s'agit d'un gaz particulier..."

Succès du paiement sans contact

À l'écouter, le système de paiement sans contact permettant à tout un chacun de payer son trajet avec une carte bancaire est aussi une grande réussite de 2020. "Ça marche bien, les gens l'utilisent! Et ce n'est pas anecdotique. On a directement eu des milliers de validations journalières avec plus de 6.000 utilisations par jour en septembre et en octobre. C'est d'une facilité incroyable..."

Au rayon des nouvelles technologies, la navette autonome fera son retour en 2021 après un test ajourné l'an dernier pour cause de Covid. "On va reprendre ces tests sur le site de l'hôpital Brugmann dès que possible. Il y aura une partie du trajet dans l'espace public et puis le défi du tourne-à-gauche. Comme des véhicules arriveront en face au moment de pénétrer sur le site fermé, la navette doit être capable de se mettre à tourner quand il n'y a plus de voitures."

Premières portes palières

Le CEO de la Stib se réjouit aussi de l'arrivée imminente des 90 TNG (Tram Nouvelle Génération) de Bombardier, en cours d'assemblage à Vienne. "Les Bruxellois pourront les voir sur le réseau aux mois d'avril-mai, mais seuls les plus attentifs remarqueront la différence. C'est super, car cela faisait plus de 15 ans qu'on n'avait pas eu de nouveaux trams à Bruxelles. De quoi augmenter l'offre de 15%" , souligne Brieuc de Meeûs, qui annonce aussi le dépôt, dans un futur proche, de la demande de permis pour la nouvelle ligne de tram vers Neder-over-Heembeek.

"Pour une automatisation complète sans conducteur, il faut investir dans des portes palières comme à Paris, ce qui coûte très très cher. Des commandes de ces portes automatisées vont quand même être passées en 2021 pour effectuer des tests dans trois stations."
Brieuc de Meeûs
Directeur général de la Stib

Mais à ses yeux, le grand événement de 2021 sera l'arrivée des 11 nouveaux métros M7. De quoi augmenter les fréquences, en faisant passer l'intervalle de 2 minutes 30 à 2 minutes en heures de pointe sur le tronçon commun des lignes 1-5. Par contre, les métros sans chauffeur, ce n'est pas pour tout de suite. "Ce n'est pas un objectif en soi. Ce qui compte c'est que le nouveau système de commande des trains CBTC permet d'arriver à deux minutes. Pour une automatisation complète sans conducteur, il faut investir dans des portes palières comme à Paris, ce qui coûte très très cher. Des commandes de ces portes automatisées vont quand même être passées en 2021 pour effectuer des tests dans trois stations", annonce Brieuc de Meeûs.

Le développement du métro Nord est à l'origine de grands travaux débutés en 2020 qui se poursuivront en 2021. "On aura trois chantiers immenses en même temps avec Albert, Stalingrad et les travaux de génie civil sur le grill de la Gare du Nord qui permettront de créer une aire de manœuvre et une autre de stockage. C'est aussi le point de départ pour creuser le tunnel de métro vers Bordet."

Et pour mener tous ces projets à bien, la Stib poursuivra sur sa lancée des dernières années en matière d'embauche. "765 recrutements sont prévus en 2021, dont environ 600 personnes pour la conduite. Pour le reste, nous avons énormément besoin de techniciens, d'ingénieurs, d'électromécaniciens", fait savoir notre interlocuteur.

L'intégration tarifaire adoptée

Face à la volonté du gouvernement bruxellois d'instaurer une taxe kilométrique, de nombreux opposants rétorquent qu'il manque d'une alternative crédible à la voiture. On veut savoir si le directeur général de la Stib partage ce constat. "Ce n'est pas à moi de dire si de l'offre est suffisante ou non pour instaurer une taxe kilométrique. Je dirais simplement qu'on permet à beaucoup de gens de se mouvoir. 434 millions de voyages en 2019, c'est quand même crédible. On a un réseau extrêmement dense, structuré, interconnecté. Il y a une offre partout et on l'augmente encore l'année prochaine grâce à un budget de 53 millions d'euros."

53
millions d'euros
Le budget consacré à l'augmentation de l'offre de la Stib en 2021.

On souligne que la connexion reste difficile avec la périphérie immédiate. "C'est vrai qu'il est parfois plus facile pour un Liégeois de venir à Bruxelles que pour quelqu'un de plus proche. Mais cela doit se faire en dialogue avec les TEC, De Lijn et la SNCB. Quelque chose qui va déjà pouvoir aider énormément, c'est l'intégration tarifaire des quatre opérateurs de transport public dans la zone de 11,5km autour de la Grand-Place. On n'en parlait plus parce qu'on est en phase de finalisation des procédures. On doit lancer cela le 1er février. C'est une première étape très positive."

"Dans les années 90, une ville passant entièrement à 30km/h, c’était impensable. Il y a des résistances mais si la Région le fait aujourd’hui, cela signifie quand même qu’une partie de la population est prête à cela."
Brieuc de Meeûs
Directeur général de la Stib

Les crispations actuelles autour de la mobilité ne semblent pas l'inquiéter. "C’est une question de comportement des générations. Pour celles qui arrivent, la voiture n’est qu’un instrument et non plus une marque de progression sociale. On se trouve à un point de bascule et chacun doit se redéfinir. Dans les années 90, une ville passant entièrement à 30km/h, c’était impensable. Il y a des résistances mais si la Région le fait aujourd’hui, cela signifie quand même qu’une partie de la population est prête à cela."

Alors que le directeur-adjoint de la Stib, Kris Lauwers, vient de partir en retraite, on demande à Brieuc de Meeûs s'il a des envies d'ailleurs. "La Stib est assez attachante et passionnante. Quel patron de quelle entreprise a des projets de développement comme ça devant lui pendant des années? J'ai beaucoup de chance!"

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