interview

Josh Giegel, CEO de Virgin Hyperloop: "L'hyperloop est plus proche que vous ne le pensez"

Josh Giegel, alors CTO de Virgin Hyperloop, et Sara Luchian, directrice de l'expérience passagers, ont été en novembre les deux premiers passagers au monde à tester l'hyperloop, des trajets à plus de 1.000 km/h dans des tubes vidés au maximum possible de leur air. ©Zuma Press

Le CEO de Virgin Hyperloop estime que ce mode de transport pourrait voir le jour d'ici quelques années déjà. Il cherche des partenaires locaux pour l'infrastructure.

Dans les sujets technologiques cool de ces dernières années, vous pouvez certainement citer l'hyperloop. La promesse technologique, conceptualisée dès 2013 par Elon Musk et ses ingénieurs de SpaceX et Tesla, est de réaliser des trajets à plus de 1.000 km/h dans des tubes vidés au maximum possible de leur air pour éviter le frottement. Le rêve étant que le transport terrestre soit compétitif avec l’avion tout en étant durable (si l’énergie utilisée l’est également).

Dans l'imaginaire collectif, ce sujet semble à des années-lumière de notre quotidien. Ceci, c'était sans compter sur les pas de géant qu'est en train d'accomplir Virgin Hyperloop, avec son premier trajet de deux passagers en novembre dernier. À bord, Josh Giegel, alors CTO et devenu depuis CEO de l'entreprise. "Vous ne pouvez pas conduire un Powerpoint. On doit montrer que ça marche. La différence entre l'hallucination et la vision, c’est l’exécution", assène-t-il. Interview.

"La différence entre l'hallucination et la vision, c’est l’exécution!"

Comment a évolué le projet depuis novembre ?

Les derniers mois ont été très excitants. Depuis que nous avons testé le premier trajet avec passagers, le récit a vraiment changé. Presque plus personne ne me pose la question de la sécurité. Certains me demandent encore si c’était suffisamment sécurisé pour que je monte à bord. Je leur réponds que si ce n’était pas assez sécurisé pour moi, cela ne l’aurait été pour personne.

Pas de cascadeur donc pour ce test?

(sourire) Nos fonds sont limités et les cascadeurs n’étaient pas dans le budget. Ce test a renforcé le fait que certains gouvernements aux États-Unis, en Europe et ailleurs commençaient à prendre cela au sérieux depuis deux ans. Quand on a lancé la compagnie, les gens disaient que l’hyperloop "était pour dans 30 ou 40 ans". Non, c’est quelque chose qui pourrait arriver maintenant.

Dans le contexte du covid, dans une année 2020 très sombre, cela a permis de donner aux gens cet espoir que l’on peut faire quelque chose de grand. Le covid a poussé la durabilité, la recherche de quelque chose de nouveau dans la mobilité avec une diminution de congestion et un meilleur niveau de service.

Je pensais que toutes ces tendances allaient arriver à la moitié de la décennie, mais le covid a accéléré tout ça. Les initiatives de mobilité durable en Europe ou l’initiative Build Back Better sous Biden nous donnent des opportunités.

La suite, c’est quoi?

On va maintenant vers des tests avec 28 passagers, l'équivalent d'un bus mais qui irait à la vitesse d’un avion. Beaucoup ne veulent plus prendre des vols pour des petites distances à cause de l’impact environnemental et économique.

En construisant de nouvelles infrastructures, on ne doit rien sacrifier pour le durable. Nous pouvons avoir un véhicule qui arrive quand vous le décidez, qui va directement à destination, à une très haute vitesse, sur de l’électricité et ne doit pas s’arrêter. Il utilise 10 fois moins d’énergie qu’un avion et va plus vite.

"Notre objectif est d’avoir une décennie de l’hyperloop. Avec des projets pilotes au milieu de la décennie entre 2024 et 2026."

Notre objectif est d’avoir une décennie de l’hyperloop. Avec des projets pilotes au milieu de la décennie entre 2024 et 2026. Ces premiers hyperloops permettront de prouver la sécurité du système et ensuite de passer de deux personnes à des centaines de millions qui voyageront en hyperloop.

Qu'est-ce qui permet d'avancer sur ces tests avec de plus grands véhicules?

Nous sommes dans le processus pour passer d’un prototype à un véhicule commercial. Un des plus gros changements opérés, c’est qu’on a décidé de tout mettre sur le véhicule. C’est l’idée d’un véhicule intelligent et d’une route idiote. Une Tesla Model 3 et une Ford T qui sont distantes de 120 ans peuvent rouler sur la même route. On a passé beaucoup de temps pour tout miniaturiser et mettre cela sur le véhicule.

Nous voulons créer une route très simple, sans partie qui bouge, à l'inverse par exemple des aiguillages pour les trains. Comme cela, si on construit les tuyaux aujourd’hui ou demain, ce sera toujours pertinent dans 50 ou 100 ans, malgré des avancées technologiques énormes.  

Nos véhicules électriques autonomes prendront plusieurs années pour être approuvés. En 2024-2026, on va accumuler de l’expérience opérationnelle. Après cela, on pourra passer à l’implémentation.

Où ces pilotes auront-ils lieu?

Il y a des opportunités un peu partout dans le monde, y compris en Europe. Cela pourrait aussi concerner des acteurs qui déplacent du cargo ou venir sur des connexions aux aéroports. Par exemple si vous avez une piste éloignée que vous voudriez utiliser depuis un aéroport existant.

Ces hyperloops plus courts pourraient montrer la puissance de cette technologie et permettre de la développer à plus grande échelle.

Comment arrivez-vous à vous financer?

Nous avons eu des investisseurs qui croyaient dans ce rêve dès le début (Serie A, Venture Capital, etc.). Puis nous avons des investisseurs plus stratégiques et visionnaires. Virgin pourrait devenir opérateur du système, de la même manière qu’ils opèrent des avions, des trains ou des navettes spatiales. Notre investisseur le plus important aujourd’hui est DP World. Son président, le sultan Ahmed Bin Sulayem, qui est aussi notre président, nous donne l’opportunité de nous pencher sur la logistique.

Nous avons besoin de solutions à court terme pour des problèmes à long terme. Les problèmes que nous avons aujourd’hui avec le changement climatique résultent d'une approche des problèmes à court terme.

La pandémie nous a peut-être forcés à le faire?

L’Europe est un incubateur pour ce genre d’idées depuis longtemps. Elle pousse le reste du monde dans cette direction. Quand vous avez un fils de deux ans et demi, comme c'est mon cas, vous regardez la vie différemment. Tout d’un coup, je me soucie de quelqu’un qui sera là après moi. Nous devons prendre cette optique durable et technologique pour qu’il puisse avoir une vie similaire à la mienne, si pas meilleure.

"Aller sur Mars, c’est un peu comme aller camper. J’adore camper mais je ne passe pas la majeure partie de ma vie dans la tente, je la passe à la maison."

Devrait-on rêver de problèmes plus terre à terre plutôt qu'à l'espace ?

J’ai commencé ma carrière en construisant des fusées. Il sera nécessaire d’aller dans l’espace. Mais aller sur Mars, c’est un peu comme aller camper. J’adore camper mais je ne passe pas la majeure partie de ma vie dans la tente, je la passe à la maison.

Quelle place pourra prendre l’hyperloop dans la mobilité?

On cherche un transport de masse, à vitesse rapide, durable et sûr. Dans le futur, je vois une colonne vertébrale d’hyperloop à travers le monde. Pendant un certain nombre d’années, cela coexistera avec des trains à grande vitesse et d’autres services. Il y a déjà tellement d’infrastructures. Vous ne pouvez pas les remplacer en une seule fois.

Cela va connecter des distances courtes, moyennes et très longues pour le cargo et les personnes. Il faut le voir comme le système autoroutier interétatique comme aux États-Unis, mais à la vitesse de l’avion. Vous aurez ensuite des véhicules autonomes pour le dernier kilomètre à destination.

Vous n’aurez plus ces grandes routes embouteillées. Un système hyperloop avec deux tubes dans chaque direction peut transporter le même nombre de personnes qu’une autoroute de 30 bandes. Cela amènerait énormément de bénéfices. Vous pouvez transférer toutes ces personnes et marchandises qui sont sur les routes vers un système de transport durable tout en allant bien plus vite. En amenant les marchandises au cœur des villes, en centralisant vos marchandises.

Mais quand on parle des vols courte distance en Europe, personne ne parle d’hyperloop. Comment allez-vous changer cela?

A, on devrait en parler. B, nous montrons que ça va arriver bien plus vite quand on voit le progrès qui est fait. En Europe, on travaille avec des compagnies et aussi avec la DG Move (Commission européenne) intensivement depuis 2018. La DG Move veut soutenir la technologie et la déployer. La Commission nous a mis dans sa stratégie de mobilité durable et intelligente.

Aux États-Unis, nous devenons éligibles pour du financement fédéral comme le rail. Ce sont les premières étapes. Il va y avoir du changement dans les deux à trois ans.

Quel est votre plus gros défi ?

L’échelle. Nous sommes une compagnie de 200 personnes pour mettre en place des dizaines de milliers de kilomètres. Nous avons besoin de partenaires locaux pour construire les tuyaux ou l’infrastructure elle-même et en fin de compte opérer ces systèmes. Personne ne veut envoyer son argent à l'étranger, tout particulièrement pour les projets d’infrastructure. Les pays veulent l’investir localement dans des emplois.

On va investir dans l’infrastructure. Va-t-on choisir des technologies du passé dont on connaît les limites ou quelque chose qui a un meilleur niveau de service et de durabilité ? Les gens voient que l’on sera dans la course. En Belgique, vous connaissez bien les liaisons courtes en train avec une meilleure expérience qu'en avion. L'hyperloop est plus proche de vous que vous ne le pensez.

CV express

  • Josh Giegel est ingénieur de formation. Il a étudié à la Penn State University (2003-2007) et à Stanford (2007-2008).
  • En 2009, il rentre chez SpaceX, la société d'Elon Musk.
  • En 2012, il travaille chez Echogen Power Systems.
  • Après un bref passage chez Virgin Galactic en 2014, il rejoint Virgin Hyperloop.
  • En novembre 2020, il devient, avec Sara Luchian, le premier passager d'un hyperloop au monde.
  • En février 2021, il devient CEO de l'entreprise.

Les phrases clés

"Les gens ont commencé à comprendre que l’hyperloop n’était pas pour dans des décennies."

"Un système hyperloop avec deux tubes dans chaque direction peut transporter le même nombre de personnes qu’une autoroute de  30 bandes."

"Personne ne veut envoyer son argent à l'étranger, tout particulièrement pour les projets d’infrastructure. Nous avons besoin de partenaires locaux."

"Nous mettons un maximum de technologie dans les véhicules, comme ça si on construit les tuyaux aujourd’hui ou demain, ils seront toujours pertinents dans 50 ou 100 ans."

"Aller sur Mars, c’est un peu comme aller camper. J’adore camper, mais je ne passe pas la majeure partie de ma vie dans la tente, je la passe à la maison."

"Les gens vont investir dans l’infrastructure. Vont-ils choisir des technologies du passé dont on connaît les limites ou quelque chose qui a un meilleur niveau de service, de meilleures mesures de durabilité ?"

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