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La dotation de la SNCB devra être augmentée pour maintenir ses ambitions

La SNCB a déjà demandé pour 305 millions de compensations Covid pour 2021. ©BELGA

Les finances vont rapidement s'inviter dans les discussions sur le nouveau contrat de gestion de la SNCB. Pour maintenir les ambitions, la dotation devra être revue à la hausse.

Les discussions sur le nouveau contrat de gestion de la SNCB n’en sont qu’à leurs débuts, mais les finances seront au cœur de ce dossier.

Le ministre de la Mobilité Georges Gilkinet (Ecolo) est un fervent partisan du rail. Le contrat de gestion deviendra sous sa houlette "un contrat de service public" à 10 ans (au lieu de 5 auparavant, le dernier contrat de gestion datant de 2008).

124
millions d'euros
Rien que pour les trois premiers mois de l'année, la SNCB va recevoir 124 millions d'euros de compensation due au Covid.

L'ambition est d’avoir une offre de trains toujours plus étoffée tout en conférant une mission de service public de 10 ans à la SNCB. "Notre objectif est d'attirer davantage de passagers vers les chemins de fer et de transporter davantage de marchandises par rail", a-t-il déclaré il y a deux semaines.

L’homme a donc été un soutien de poids pour les finances de la SNCB en cette période de pandémie. La SNCB a ainsi obtenu 288 millions d'euros de compensation en 2020 et 124 millions en plus pour le premier trimestre 2021. L'arrêté royal concernant ce dernier montant a été publié récemment et l'argent devrait être bientôt libéré. La SNCB a déjà demandé pour 305 millions de compensations Covid pour 2021, et ce, sans les autres compensations pour le rail pass ou les tickets gratuits pour se faire vacciner.

Plan de relance européen

Dans le plan de relance européen, 365 millions d'euros pour la mobilité et le rail en particulier ont été prévus par la Belgique. Cette enveloppe pour la SNCB et Infrabel va cibler des objectifs précis comme la fréquence des trains ou la performance des trains et devrait aussi pallier des désinvestissements du passé. Elle ne servira donc pas, a priori, à augmenter la dotation. Le ministre veut que la Belgique suive avec ses deniers. L'investissement public doit passer à 4% du PIB d'ici 2030, selon l'accord de gouvernement.

Les compensations Covid sont les bienvenues pour la SNCB, mais elles ne concernent pas les pertes de dotation variable ni les pertes des autres recettes commerciales non liées à la mission de service public. Une bonne partie des pertes covid reste donc de facto à la charge de la SNCB qui a enregistré un ebitda négatif en 2020, malgré les aides. La perte de la SNCB était de 360 millions d'euros en 2020.

Effet de retard

La donne en 2021 ne sera pas plus simple. En cash, les dotations variables sont en effet calculées sur le nombre de passagers par km de juin à juin. Comprenez qu'en 2020, la dotation variable payée était encore calculée sur une demi-année d'activité 2019 très positive. À l'inverse, à la reprise, la dotation variable se calculera sur une année entière de pandémie.

L'opérateur historique espérait en octobre limiter la perte à 300 millions d'euros en 2021, mais comme l'expliquait Sophie Dutordoir à nos confrères du Tijd début avril, ce sera finalement plutôt 400 millions d'euros. En fait, les choses ont été moins graves que prévu en début d’année, mais la reprise est bien plus lente qu'anticipée pour les mois suivants.

Les tickets les plus rémunérateurs sur de plus longues distances sont les plus impactés par la crise.

Le plus dur des discussions financières reste donc à venir. Avant la crise, la SNCB, qui était sur une trajectoire visant à diminuer son endettement, ne sera évidemment pas en mesure de le faire dans les années à venir. Qui plus est, une partie des investissements prévus pour son expansion devait être réalisée via de l'autofinancement.

Certes, l’entreprise a essayé de diminuer au maximum ses coûts via de la digitalisation, des gains d'efficacité, la rationalisation de l'activité et a bien négocié avec ses fournisseurs, mais certains coûts liés à la pandémie comme le nettoyage intensif des trains et des gares se sont rajoutés. Les tickets les plus rémunérateurs sur de plus longues distances sont les plus impactés par la crise, alors qu'une bonne partie des voyageurs actuels utilisent leurs abonnements ou cartes à prix fixe et voyagent sur de plus courtes distances.

Premier accord politique

Dans le rail, que ce soit en Belgique ou à l’étranger, on sait que la crise durera au moins jusqu'en 2024 (pour retrouver un nombre de passagers comme en 2019). Ceci, alors qu'avant la crise, la SNCB tablait sur une croissance d'ici 2024. Dans les discussions sur le "contrat de service public", qui portent sur 10 ans, une bonne partie de la période sera donc plombée financièrement par la crise Covid.

On a beau retourner l'équation dans tous les sens, si la SNCB veut maintenir son plan transport et son plan d’investissements, la dotation va devoir augmenter. La question est donc de savoir si l'ensemble du spectre politique de la majorité voudra suivre, même si on imagine mal un membre de la majorité en faire un casus belli mettant la Vivaldi en péril.

Georges Gilkinet anticipe déjà "de longues négociations".

Qui plus est, un premier accord politique a été trouvé et il spécifie ce que le politique attend de la SNCB dans le cadre de sa mission de service public. Dans les objectifs généraux, on trouve notamment les objectifs d'amélioration du service aux voyageurs avec plus de trains, une amélioration de la productivité, une utilisation sobre des ressources, etc.

Nouveau contrat d'ici fin 2022

La SNCB a donc du pain sur la planche. En travaillant sur les retards, par exemple, elle ne fait pas qu'améliorer la satisfaction client, elle diminue aussi ses coûts. La SNCB travaille aussi à la mise en place d'une information standardisée vers le consommateur, quel que soit le canal ou à des trains standardisés pour gagner du temps sur les quais.

Georges Gilkinet anticipe déjà "de longues négociations". L'ambition est que le nouveau contrat soit conclu d'ici fin 2022.

Le résumé

  • Les ambitions sont grandes pour le rail belge sous la houlette de Georges Gilkinet.
  • La pandémie touchera l’entreprise ferroviaire pour plusieurs années.
  • Les finances seront au cœur des discussions sur le nouveau contrat de gestion.
  • Si on veut garder le niveau d'ambitions, il semble évident que la dotation d'exploitation fixe devra augmenter.

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