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La SNCB a négligé la sécurité du rail depuis une trentaine d'années

©Photo News

Les experts de la Commission "Buizingen" ont fortement critiqué mercredi le manque d'une "culture de la sécurité" au sein de la SNCB durant la période 1982-2002 qu'ils ont examinée, et réclamé un véritable "Masterplan" pour évoluer à plus long terme vers l'ETCS, le système européen d'interconnexion des trains actuellement considéré comme le plus sûr.

Accablant. Les experts de la commission "Buizingen" ont remis hier un rapport intermédiaire sur la sécurité ferroviaire en Belgique qui fait froid dans le dos.  

"Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucune avancée  significative n’a été enregistrée en matière de sécurisation des trains", dénoncent-ils. Au contraire, "le niveau de sécurité des chemins de fer a chuté".

Entre 1982 et 2002, en particulier, malgré plusieurs accidents, la  SNCB a manqué de "culture de la sécurité", par défaut d’organisation interne et de volonté des ministres de tutelle successifs.

Ouvertement "inquiets", les experts réclament la mise sur pied d’un plan directeur pour la sécurité du rail en Belgique. Ils recommandent aussi la migration à long terme vers le système de freinage ETCS, considéré comme le plus sûr en Europe.

Peu de "décisions claires"

La commission parlementaire spéciale, mise en place après la catastrophe de Buizingen le 15 février dernier, a repris ses travaux hier après cinq mois d’interruption due à la chute du gouvernement. Ses experts, Patrick Lafontaine, Bert Van der Herten et Eddy Van de Voorde, ont été chargés d’examiner la période comprise entre la catastrophe d’Aalter en 1982 (5 morts) et celle de Pécrot en 2001 (8 morts). Durant cette période, la SNCB, qui devait remplacer le vieux système de freinage "crocodile", a préféré développer avec le groupe industriel de Charleroi ACEC le système TBL, plutôt que de s’inspirer de systèmes de freinage internationaux existants.

Ce premier rapport est explicite sur les risques existants, les causes et les décisions à prendre. Morceaux choisis: "Les experts craignent que le risque de catastrophe ferroviaire subsiste, malgré l’installation de TBL1+." Ou encore : "La SNCB devra opérer une série de changements de cap fondamentaux, qui seront de préférence inscrits dans les contrats de gestion et les contrats des top managers." Mais aussi : "Peu de décision claires ont été prises en la matière. Cette situation peut dénoter une absence de culture de la sécurité." "Il faut, pour ainsi dire, développer un leadership en matière de sécurité."

Ministres trop "distants"

Les ministres de tutelle successifs sont restés "trop distants" vis-à-vis de la sécurité du rail, a expliqué Bert Van der Herten aux parlementaires. "C’est cynique de le dire, mais s’il y avait eu de gros accidents plus tôt, la SNCB aurait sans doute investi davantage dans la sécurité." Pour lui, les dirigeants de la SNCB sont "confrontés à leur conscience". Patrick Lafontaine a insisté sur le fait que l’installation du TBL1+ doit être réalisée entièrement avant 2014, tout en soulignant que ce système de freinage serait insuffisant. Il préconise la migration vers le système ETCS, la norme en Europe, sur les tronçons où les risques sont les plus élevés.

"Le contenu de ce rapport intermédiaire est en cohérence avec les rapports de la Cour des comptes et de  l’Agence ferroviaire européenne (ERA)", explique le rapporteur de la commission Ronny Balcaen (Ecolo). "Il confirme une série d’intuitions que nous avons eues au lendemain de la catastrophe de Buizingen. Et il n’est pas tendre, ni avec la SNCB, ni avec les ministres. On voit qu’il y a eu un cafouillage et une absence de politique cohérente."

La direction de la SNCB est restée sans réaction hier après le passage des experts en commission. Ceux-ci écornent d’ailleurs la communication du groupe. "L’accent par trop unilatéral mis sur la technologie dans la communication du groupe SNCB et dans les informations diffusées par les médias ne constitue pas la garantie d’une augmentation significative de la sécurité du rail en Belgique", peut -on lire dans le rapport.

Le sénateur François Bellot (MR), ancien président de la commission "Buizingen", estime pour sa part que "le constat des experts est sans équivoque et cinglant. Vu l’augmentation du trafic sur le rail, évaluée à 70% lors des 20 prochaines années, il faut prendre des décisions maintenant." M. Bellot en appelle à "la constitution d’un groupe de haut niveau sur la sécurité, impliquant la direction de la SNCB, le ministre de tutelle, les organisations syndicales et les représentants des usagers".

La commission parlementaire poursuivra ses travaux jusqu’à la mi-février, date anniversaire de la catastrophe de Buizingen (18 morts). Elle entendra encore les anciens ministres de tutelle et la direction de la SNCB.

 

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