La SNCB veut diminuer de 10% ses retards

La CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir, a expliqué aux parlementaires que pour son groupe, "il est temps de devenir une entreprise orientée client". ©BELGA

A la Chambre, c’était le grand oral pour Sophie Dutordoir et Luc Lallemand, respectivement CEO de la SNCB et d’Infrabel. Comme nous l’indiquions dans notre édition de mercredi, la ponctualité des trains est en baisse en Belgique.

En Belgique, 87,2% (88,3% en 2017) des convois ont atteint leur destination finale ou la première gare bruxelloise de l'axe Nord-Midi avec moins de six minutes de retard sur l'horaire prévu en 2018. C'est la troisième année de rang que ce taux recule, toujours sous la norme des 92%, prévue dans le contrat de gestion. Une étude interne de la compagnie ferroviaire que nous dévoilions ce mercredi également indique que moins de la moitié des trains belges roulaient avec moins d'une minute de retard l'an dernier. La situation était encore plus catastrophique en heures de pointe.

30,7% des retards sont dû à la SNCB et 23,6% pour Infrabel, le reste étant dû à des Tiers et autres causes. "Ni la SNCB, Infrabel ni les clients ne peuvent se satisfaire de ces chiffres. 60% des voyageurs nous donnent des chiffres de satisfaction de 7/10", a avoué Sophie Dutordoir devant les Commissaires de la Chambre.

Matériel vieillissant

"Nous sommes une entreprise industrielle. Investir ça veut dire prévoir. Dans aucune entreprise industrielle, on fonctionne sur un plan à 3 ans. Surtout avec les offres publiques."
Sophie Dutordoir
CEO de la SNCB

La patronne de la SNCB dit assumer "ses" retards. "Ma responsabilité est d’à peu près de 4%". 4% des trains sont en retard à cause de la SNCB. 75% de ces retards viennent de problème dans le matériel roulant. Les différents représentants de la SNCB qui ont pris la parole ont souvent avancé cet argument. Le parc vieillissant de la SNCB fait souffrir la ponctualité des trains. "La moyenne d’âge est de 23 ans. Les opérateurs des pays avoisinants ont une moyenne d’âge de 17 ans. Près de 50% de notre parc à une ancienneté de plus de 30 ans", regrette ainsi Sophie Dutordoir. À la SNCB, on rappelle qu’un vieux train a 2 à 3 fois plus de chances de tomber en panne.

L’opérateur ne veut néanmoins pas se défiler. Sophie Dutordoir promet ainsi de diminuer de 10% les retards de trains qui sont dus à la SNCB. Toutes choses étant égales par ailleurs, cela voudrait dire que la ponctualité des trains passerait de 87,2% à 87,6%.

Des dizaines de mesures

Infrabel et la SNCB vont travailler à un plan de micro-actions qui pourra être implémenté dès 2019. Des actions à court terme. À la SNCB, cela signifie par exemple huit actions hors matériel roulant et 11 actions sur le matériel roulant. On parle par exemple de l’amélioration de la robustesse des roulements ou une d’une révision en détail de tout le processus de préparation des trains dans la SNCB ce qui représente quand même 500 personnes à la SNCB.

"Pas une seule entreprise ne parvient à travailler dans un cadre budgétaire si serré. C'est impossible de fournir de meilleures prestations avec moins."
Pierre Lejeune
CGSP

Chez Infrabel, 15 actions à court terme seront prises comme par exemple le test d’un système innovant contre le gel sur les caténaires. Un monitoring détaillé a aussi été établi sur les compteurs d’essieux qui permettent de savoir les trains sont passés sur les rails et qui ont connu plusieurs problèmes depuis 2017. On sent néanmoins chez le gestionnaire du réseau une volonté de ne pas tomber dans l’effet d’annonce. Ici on bosse à son maximum sur la ponctualité et plusieurs actions annoncées à la Chambre sont déjà en cours.

Infrabel reste la troisième cause de retards des trains, mais on est conscients chez Infrabel que le réseau est fort vieillissant et que plusieurs éléments clés de l’infrastructure risquent de connaître des maladies de vieillesse. La part des retards dus à l’infrastructure risque donc d’augmenter. Infrabel et SNCB vont travailler ensemble sur une dizaine d’actions parmi lesquelles une attention prioritaire sera donnée à la dorsale wallonne ou l’axe Binche-Turnhout.

Syndicats 

En matinée, les syndicats n’étaient pas tendres avec la direction stratégique des chemins de fer en Belgique. Devant les députés, ils regrettaient aussi la vétusté du matériel ainsi que les réductions d’effectifs. "Pas une seule entreprise ne parvient à travailler dans un cadre budgétaire si serré. C'est impossible de fournir de meilleures prestations avec moins", indiquait Pierre Lejeune (CGSP). Les syndicats renvoient à la dotation qui a été réduite ces dernières années, tout comme les effectifs, de 22% en 20 ans, selon le SLFP, alors que dans le même temps, la productivité des travailleurs a augmenté de 20%.

Sophie Dutordoir a indiqué qu’elle ne demandait pas "de sous en plus", mais une vision à plus long terme pour son entreprise. "Nous sommes une entreprise industrielle. Investir ça veut dire prévoir. Dans aucune entreprise industrielle, on ne fonctionne sur un plan à 3 ans. Surtout avec les offres publiques. Il faudrait des plans d’investissements de 10 ans qui dépassent les législatures. Ce n’est que de cette manière que l’on pourra investir dans l’infrastructure", a insisté la patronne.

Elle a indiqué qu’une série de problèmes seraient réglés avec l’arrivée des nouveaux trains M7 vont commencer à circuler à l’été  "pour autant que Bombardier tienne ses engagements", précise la CEO de la SNCB. Ces nouveaux trains vont ensuite être déployés sur des années. "Nous voulons atteindre l’équilibre financier chaque année. J’ai vu trop souvent que lorsque vous n’avez pas de rentabilité cela donne un bain de sang social quelques années plus tard", a indiqué pour sa part Luc Lallemand, le patron d'Infrabel.

Expérience client

A la SNCB, on le sait. Cette façon de calculer la ponctualité, qui estime que les trains qui ont moins de 6 minutes de retard sont arrivés à l’heure, n’est pas optimale. Sophie Dutordoir compte donc mettre sur pied un calcul de la ponctualité pour qu’il colle à la réalité de l’expérience des navetteurs. "Dans le courant de 2019, nous allons travailler à un instrument de mesure de la satisfaction du client qui prendra compte des trains supprimés bien plus problématiques que des trains en retard de 5 à 10 minutes. La ponctualité n’est pas tout. Il faut tout évaluer", détaille la CEO. 

Rappelons que le contrat de gestion de la SNCB n’a pas été renouvelé depuis 2008. "Cela fait 10 ans que j’ai pu négocier un contrat de gestion. Est-ce un drame ? L’absence de contrat de gestion n’empêche pas de faire rouler les trains. Les organes de direction continuent de diriger leur entreprise", a répondu Luc Lallemand.



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