interview

Le Covid fait perdre 300 millions, mais pas ses ambitions à Thalys

Le CEO de Thalys Bertrand Gosselin doit couper sérieusement dans les coûts et espère qu'en 2021, il pourra être à nouveau à l'équilibre. ©Tim Dirven

Le Covid va coûter 300 millions de chiffre d'affaires à Thalys. La filiale de la SNCF et la SNCB fait des paris sur la reprise tout en gérant sa liquidité au plus près.

Est-ce le bout du tunnel pour Thalys? Dès dimanche, la filiale de la SNCB et de la SNCF va offrir 50% du trafic habituel. Mais le chemin vers le retour à la normale pour le CEO Bertrand Gosselin sera long, comme il l'avoue lui-même. Sa première bataille? Faire revenir le public à bord des trains. "Avec toutes les mesures sanitaires que l'on a prises, il n'y a pas plus de risques de prendre le train que d'aller faire ses courses", assure-t-il. Un message que Thalys veut faire entendre au plus grand nombre.

"On craint que sur nos distances, des voyageurs décident de basculer vers la route."
Bertrand Gosselin
CEO de Thalys

L'enjeu est de taille pour le CEO qui nous dévoile que la crise du coronavirus va coûter 300 millions de chiffres d'affaires à Thalys cette année, soit environ la moitié de ce chiffre d'affaires.

Le trafic s'est réduit à peau de chagrin pendant le confinement. Jusqu'à ce samedi, l'offre de trains de Thalys n'était que de 20%. La société a une série de coûts fixes alors qu'elle possède ses 26 rames rouges. "Notre taux d'occupation des trains se situe actuellement à 60-65%", confie le CEO qui peut en temps normal compter sur des taux de remplissage des trains "entre 80 et 85%".

Les taux d'occupations sont aussi de 60 à 65% chez Izy. La filiale low cost qui a repris ces liaisons à raison de 3 jours semaines et va rajouter le lundi à partir de cet été et ce jusqu'à la fin de l'année.

Tout l'enjeu pour le rail, selon le CEO, est de solutionner les enjeux à court terme sans compromettre la croissance future. ©Tim Dirven

La crise, une fois qu'elle sera dépassée, va aussi, selon le CEO, changer les habitudes. Il y aura un gain, car la question des trajets courts en avion est revenu au premier plan et devrait donc favoriser les trains à grande vitesse, tout particulièrement sur des routes comme Paris-Amsterdam ou Paris-Düsseldorf. Mais dans le même temps, "nous craignons un effet négatif avec la voiture particulière. On craint que sur nos distances, des voyageurs décident de basculer vers la route", pointe Bertrand Gosselin.

"Avant, le plus gros des tickets était vendu entre un et deux mois à l'avance. Aujourd'hui, les gens réservent en moyenne quinze jours à l'avance, ce qui rend les prévisions compliquées."
Bertrand Gosselin

On a beaucoup parlé d'aviation, mais une compagnie comme Thalys a connu de nombreux problèmes similaires à ceux de l'aérien. Les clients ont arrêté de prendre le train et demandé des remboursements en masse. La société a répondu par une flexibilité accrue, des vouchers et des remboursements.

"Nous serons en pertes de manière certaine cette année et on essayera d'arriver à un équilibre l'année prochaine", détaille le CEO. Il s'agit donc pour le moment de gérer au mieux la trésorerie. Un vaste plan d'économies en interne a été mis sur pied.

50 postes sur 600 ont été supprimés via des départs naturels et un gel des recrutements. "Il n'y aura pas de plan de restructuration ", promet néanmoins le CEO.

Projets au frigo

Plusieurs projets ont été mis au frigo pour aider à la situation de liquidité de l'entreprise, notamment du côté de l'informatique ou de l'information aux voyageurs. D'autres projets ont été simplement annulés. Mais d'autres investissements conséquents restent sur les rails. "C'est le cas de la rénovation de nos rames, c'est un gros programme industriel, notre futur pour les 15 ans qui viennent", détaille le CEO, pour qui ce programme était trop important pour être stoppé. Thalys garde ses trains mais va entièrement les rénover. Au passage, la société va gagner 8% de sièges en plus, soit une trentaine par train. "La première rame va sortir vers octobre-novembre. Ensuite, le renouvellement est échelonné jusqu’en 2023. Ces nouvelles rames, c'est le nec plus ultra et on n'arrête pas ce qui a une valeur immédiate", détaille le CEO.

Reste maintenant le plus dur pour le patron. Prévoir comment les choses vont évoluer dans les mois qui viennent alors que tout le monde navigue encore plus ou moins à vue avec le Covid-19. "Avant, on ouvrait nos ventes de tickets quatre mois à l'avance. Le plus gros des tickets était vendu entre un et deux mois à l'avance. Aujourd'hui, les gens réservent en moyenne quinze jours à l'avance", détaille CEO. S'il se basait sur ses chiffres de réservations aujourd'hui, cela voudrait dire que le mois d'août serait déplorable. Ce ne sera vraisemblablement pas le cas, mais c'est emblématique de l'incertitude du moment.

Faire des paris

Le CEO de Thalys doit donc faire des paris. Pour la rentrée de septembre Thalys offrira donc 60% des trains habituels et espère viser juste. "Les choses se passent plutôt en phase avec nos prévisions pour l'instant. On prévoit une remontée du trafic lente avec un retour au niveau de 2019 pour la mi-2022", explique Bertrand Gosselin.

Au passage, il s'agira aussi d'observer la concurrence dans l'aérien. Arnaud Feist, le CEO de Brussels Airport, nous expliquait il y a une dizaine de jours que le low cost avait une carte à jouer avec la crise. Une crainte pour la position concurrentielle de Thalys? "Les 18 mois qui viennent seront cruciaux en termes de trésorerie. On va voir qui arrive à tenir", tempère Gosselin.

Et la fusion avec Eurostar? "Le projet a été confiné comme tout le monde pendant trois mois."
Bertrand Gosselin

On en oublierait presque le projet le plus chaud de Thalys d'avant-crise, la fusion avec Eurostar. "Le projet a été confiné comme tout le monde pendant trois mois", sourit le CEO. Les travaux ont repris, alors qu'aucun calendrier n'est encore connu.

En attendant, le patron sait que la situation sera encore compliquée pour son secteur. "Toutes les entreprises ferroviaires ont subi le choc de cette crise. Elles font toutes  des plans d’économies. Ma conviction profonde c’est que le ferroviaire est un mode en croissance qui a un vrai avenir devant lui. Il faut donc faire face à cet enjeu de court terme sans se tirer une balle dans le pied et mettre en péril le développement futur, car les voyageurs vont revenir", insiste Bertrand Gosselin.

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