Le fret ferroviaire se rappelle à la lutte contre le changement climatique

Le "Train de Noé", qui symbolise l'engagement des entreprises de fret ferroviaire pour le climat, est arrivé ce mercredi à Bruxelles, en gare de Schaerbeek, en présence du ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot, après un voyage qui l'a vu sillonner une partie de l'Europe au départ de Katowice, mi-décembre en Pologne, où s'est tenue la COP24. ©BELGAONTHESPOT

Le secteur du fret ferroviaire veut doubler les volumes en Belgique d'ici 2030. Il estime être au centre de la lutte contre le changement climatique et demande à être aidé par les pouvoirs publics.

Au 18e étage de son bâtiment à deux pas de la gare du Nord, la vue est imprenable. Geert Pauwels, CEO de Lineas, nous montre les nombreuses voies côte à côte qui parcourent Schaerbeek. "Combien de trains vous voyez?" demande-t-il. "Deux", répondons-nous. "Vous voyez, il y a encore de la place", sourit-il.

Dans les débats sur le climat, le fret ferroviaire est souvent le grand oublié. Pourtant, celui-ci a de nombreux arguments. Le transport de marchandises par train consomme 6 fois moins d’énergie que le transport en camion, il émet 9 fois moins de CO2 et pollue 8 fois moins l’air. Ceci alors que de nombreux trains roulent encore au diesel et que de nombreuses pistes pour électrifier et réduire la consommation des trains sont en cours de développement.

"Le fret ferroviaire, on en parle jamais, pourtant c’est une véritable solution pour le climat", se plaint Geert Pauwels. Lineas, héritier de B-Cargo, privatisé il y a quelques années, est l’un des acteurs majeurs d’une initiative européenne baptisée "Rail Freight Forward" i pour faire passer la part du ferroviaire dans le fret européen de 18 à 30% d’ici 2030. Il s’agit d’une initiative de nombreux acteurs du secteur comme Deutsche Bahn ou SNCF logistics.

Pour la Belgique, on est loin du compte. A peine 10% du transport de marchandises se fait par voie ferrée chez nous.

"Le transport de fret va augmenter de 30% d’ici 2030 en Europe, notamment en raison de l’e-commerce. L'augmentation anticipée du volume de fret sera encore plus grande en Belgique. Si on ne fait rien du tout, on sera totalement immobilisés", insiste le patron.

Le train Noah partit de la COP 24 à Katowice veut promouvoir le fret ferroviaire comme une des solutions à la lute contre le changement climatique et la mauvaise qualité de l'air. ©EPA

Lineas rappelle que le Belge passe 44 heures en moyenne dans les embouteillages et que rajouter 30% de camions sur les mêmes routes ne fera que bloquer une bonne fois pour toutes notre pays. "30% de fret en plus, ça veut dire rajouter un million de camions en Europe, soit l’équivalent actuel des camions en Allemagne, 90.000 camions de plus en Belgique tout ceci sur les mêmes routes", explique Pauwels.

En Belgique aussi, l’objectif est donc de doubler le volume de fret ferroviaire. Mais tout ceci ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Il va falloir avoir une politique incitative.

"Nouvelle mission pour Infrabel"

Le secteur demande d’abord que le gouvernement donne pour mission à Infrabel de faciliter la vie des opérateurs et de permettre que le transport de fret soit plus fiable avec un vrai sens du service à la clientèle et bien sûr que l’on puisse avoir davantage de trains sur les rails existants. "On travaille bien avec Infrabel, mais cette mission n’est pas donnée à Infrabel. Elle n’a qu’une mission budgétaire, de sécurité et de ponctualité des passagers", explique Pauwels.

L'implémentation des standards européens est une demande insistante du secteur. Par exemple, les trains en Belgique ne font que 600 mètres maximum alors que le standard européen est de 740 mètres. Une autre demande est d’avoir des systèmes de type "green waves" qui permettent aux trains de rouler sans devoir s’arrêter et repartir plusieurs fois sur le trajet avec des gains énergétiques et de flux de marchandises certains. 

Demandes de subsides 

Ensuite, Geert Pauwels demande qu’une partie des surcoûts liés au chargement et déchargement des trains soient compensés par le gouvernement avec des incitants. Une partie de la redevance kilométrique pourrait être rendue aux transporteurs qui optent pour le train. Une compétence qui rappelons le, est une compétence des régions. "La solution rail+route est souvent trop chère et n’est donc pas choisie par les transporteurs", abonde la Febetra, la fédération des transporteurs belges.

Finalement, Lineas demande que le gouvernement intervienne pour diminuer le coût du kilomètre payé à Infrabel. Comme cela s’est fait dans d’autres pays dont l’Allemagne.

Au niveau européen, la Belgique a des leçons à prendre de pays comme la Suisse ou l’Autriche, ou le transport de fret par rail représente 40 et 37% respectivement. "Conduire un train à travers l’Europe devrait être aussi simple que de conduire un camion", demandent enfin les acteurs du secteur. "Vous n’aurez pas de croissance économique tout en respectant les accords de Paris sans le fret ferroviaire."

L'un dans l'autre, les mesures demandées par le secteur pourraient coûter 100 millions d'euros à la Belgique, mais le retour sera de 500 millions d'euros de coûts sociétaux évités et de 466 millions d'euros en valeur ajoutée, soit un retour sur investissements d'un milliard d'euros.

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