Le piétonnier, futur terrain de jeu des vélos-taxis

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Une start-up belge veut lancer des triporteurs à assistance électrique à Bruxelles. Bardé de sponsors, chaque vélo pourrait transporter deux passagers dans le piétonnier et ses alentours.

Quelques tours de manivelle, un simple coup de pédale et le tricycle repart. Les courbatures de mes dernières sorties vélo s’estompent. On se sent porté. Aidé par le petit moteur électrique logé dans le pédalier, déplacer cette carcasse de 123 kg s’avère plus simple que prévu. "Ce triporteur à assistance électrique a une autonomie de 35 à 40 kilomètres", m’expliquait un peu plus tôt Dominique Maeck.

Simple chauffeur pour les riverains ou guide pour touristes, plusieurs formules sont possibles. ©Photo News

Le cofondateur de Cyclommunication prend place à l’arrière et m’explique les points forts de son nouveau bolide. Le toit transparent permet de circuler à l’abri de la pluie, tout en ayant un point de fuite vers le ciel. Le moteur électrique ronronne. Notre vitesse varie de 6 à 14 km/h. Le cyclo n’est pas un lièvre. "En moyenne, c’est plus ou moins le rythme d’un coureur qui ferait les 20 km de Bruxelles en deux heures", constate Dominique Maeck.

Une dizaine d’autres "pousse-pousse" sont garés dans le garage de cette entreprise basée à Braine-le-Château. La société vient de les recevoir début juillet et espère proposer dans les prochains mois un nouveau service de mobilité. Des vélos-taxis pour des campagnes publicitaires ou pour des événements, voire pour le centre de Bruxelles. C’est cette dernière piste qui fait le plus parler d’elle depuis le lancement officiel de cette start-up vendredi dernier.

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Cyclommunication voudrait proposer des cyclo-taxis dans le centre de la capitale. Plus précisément dans le piétonnier, boulevard Anspach et rue Neuve, voire dans leurs alentours. Un service financé en partie ou totalement par la publicité qui tapisse les parois de ces vélos. Un mode de financement identique pour des événements plus ponctuels comme un festival, un salon ou un marché de Noël. Inquiets de la mise en place de la zone piétonne dans le centre de Bruxelles, les commerçants pourraient sponsoriser ces vélos pour qu’ils attirent et transportent leurs futurs clients jusqu’à eux.

La publicité qui tapisse ces vélos financera une partie ou la totalité du service.

Tout en n’éveillant pas la grogne des taximen. Menacés par le "pirate Uber", les taxis n’ont pas été épargnés ces derniers mois. Ils restent prudents quand à l’arrivée d’un nouveau service de mobilité à Bruxelles. "Nous aurons une réunion en front commun syndical le 20 août", explique Constantin Tsatsakis, le président de l’Association des taxis bruxellois, "Nous ne communiquerons pas avant".

Hep cyclo!

Un tel service à Bruxelles pourrait être un plus pour les habitants. "La commune de Jette lance les grands travaux du tram à partir du mois de septembre. Ils vont ouvrir complètement la place Reine Astrid, scindant le marché en deux. Il y a une demande de la commune pour faire le lien entre ces deux parties", confie Dominique Maeck. Les cyclo-taxis peuvent aussi transporter un public délaissé par les taxis. "Une dame qui habite sur le piétonnier, qui est à mobilité réduite et qui doit aller à l’hôpital Saint-Jean. Elle ne sait pas appeler un taxi car le piétonnier n’est plus accessible et la course est beaucoup trop courte", explique Dominique Maeck. Ces vélos-taxis peuvent donc faire le pont entre le piétonnier et une station de taxis ou un arrêt de métro. Si un tel service se met en place, il serait le chaînon manquant entre tous les modes de déplacement. C’est en tous les cas le souhait de la start-up.

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Ce genre de vélos circule de plus en plus dans les différentes capitales européennes. Au mois de juillet, une start-up a lancé un service similaire à Luxembourg. En France, des sociétés essaiment un peu partout dans les grandes villes. Comme Cyclommunication, beaucoup optent pour un triporteur de Cyclopolitain, un constructeur français qui produit ces vélos dans l’Hexagone. Prix catalogue: 8.000 euros par véhicule. À Paris, ce mode de transport devient tellement populaire qu’il attire des travailleurs plus précaires. Sur des engins non assurés, sans aucun périmètre délimité, ils concurrencent directement les taxis. Ne déclarant pas leurs revenus, ces cyclistes s’improvisent tantôt chauffeur tantôt guide touristique amateur.

Contrat d’intérim

Dominique Maeck l’assure: pas de ça à Bruxelles. Ses cyclo-taxis ne pourront évoluer que dans un strict périmètre. La société n’envisage pas de les louer à des indépendants qui déclareraient ou non leurs revenus. Tous les cyclistes seraient sous contrat d’intérimaire.

À la Ville de Bruxelles, l’échevine Els Ampe, en charge de la Mobilité, accueille favorablement cette initiative, selon Dominique Maeck. Mais avant de proposer un quelconque service, Cyclommunication devra éviter plusieurs ornières. Convaincre la Région bruxelloise d’abord, rassurer les taxis ensuite et finalement trouver des annonceurs pour assurer la rentabilité du service. Un parcours que la start-up commencera dès septembre.

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