Le plafond des 290.000 euros pose problème pour recruter un CEO à la SNCB

©Thierry du Bois

La N-VA veut en finir avec le plafond salarial des patrons dans les entreprises publiques. Cette norme salariale "éthique" établie sous le gouvernement Di Rupo rend difficile le recrutement de grands formats patronaux, qui gagnent souvent bien davantage ailleurs. Or le gouvernement Michel est engagé dans une procédure de sélection d’un nouveau patron pour les chemins de fer.

Pour 100 briques, t’as plus rien. En voilà un bien beau débat – du bois de chauffage pour la rentrée des différents responsables politiques. Faut-il, oui ou non, faire sauter le plafond salarial des 290.000 euros annuels pour les patrons des entreprises publiques?

"Pour le dire très simplement, le job est encore plus difficile que le poste de CEO chez bpost ou Proximus."
Un expert gouvernemental

Comme souvent dans cette coalition gouvernementale, la N-VA a chaussé ses gros sabots, a mis les pieds dans le plat et a proposé, la semaine dernière, tandis que les autres formations politiques étaient encore en vacances, d’en finir avec cette norme imposée en 2014 par le ministre de tutelle Jean-Pascal Labille et la coalition cornaquée par le socialiste Elio Di Rupo. "C’est une norme qui est un matraquage idéologique, les salaires des patrons doivent correspondre à la satisfaction des clients et aux résultats, pas un plafond salarial artificiel", indique le député N-VA Peter Dedecker, spécialiste "entreprises publiques" de la maison nationaliste flamande.

Rappel: cette norme est en fait un "gentlemen’s agreement", elle n’a pas été coulée dans une loi quelconque – elle tient donc uniquement au bon vouloir des partis de la majorité. En outre, autre rappel, le plafond salarial ne vaut pas pour les entreprises publiques cotées en Bourse. Tant la CEO de Proximus (Dominique Leroy) que celui de bpost (Koen Van Gerven), deux boîtes publiques cotées, émargent à bien davantage que 290.000 euros/an.

Or, si la N-VA joue les poissons pilotes du gouvernement en cette fin du mois d’août, cela ne doit pas grand-chose au hasard: la coalition est actuellement engagée dans un processus de recrutement d’un nouveau patron pour la SNCB. Il faut urgemment un successeur à Jo Cornu. Et les défis qui attendent le nouveau CEO, recruté à l’aide d’un chasseur de tête, sont colossaux – de la mise en place des économies aux négociations avec le personnel, en passant par la poursuite des travaux RER,… Bref, il faut un format patron taille XXL. "Pour le dire très simplement, le job est encore plus difficile que chez bpost ou chez Proximus", souffle un expert gouvernemental…

Bien sûr, l’option privilégiée est de dégoter la perle rare qui travaillera pour 290.000 euros/an.

"Je ne voudrais pas être celui qui va devoir aller expliquer cela aux syndicats"

Mais plusieurs sources de la coalition, tant dans les rangs libéraux qu’ailleurs, apparaissent aujourd’hui convaincues qu’il sera impossible d’attirer ce grand format, quelqu’un ayant déjà géré une entreprise de la taille ou de l’envergure de la SNCB, si le plafond des 290.000 euros est maintenu. "Vous connaissez l’adage "if you pay peanuts you get monkeys", on est là-dedans aujourd’hui, ajoute un expert. Qui va aller se casser les dents à la SNCB pour ce salaire?". Les différents noms cités pour le job à la SNCB – de l’ex d’Electrabel Sophie Dutordoir au patron de la Sonaca Bernard Delvaux – évoluent en tout cas dans des sphères salariales largement supérieures au 290.000 euros/an.

Une source convient de la difficulté de recruter un grand format à ce tarif-là mais ajoute: "Je ne voudrais pas être celui qui va devoir aller expliquer cela aux syndicats"…

Ni à l’opposition.

Si cette (très) délicate question agite à l’intérieur de la coalition, c’est surtout à l’extérieur que cela risque de secouer: la communication devra être soigneusement calibrée en cas de changement. Les formations politiques de gauche, Parti socialiste en tête, saisiront en effet rapidement ce bâton pour frapper le gouvernement fédéral. Ainsi, le président du PS Elio Di Rupo a-t-il déjà prévenu ce week-end qu’il était "hors de question de revenir à des rémunérations indécentes pour les patrons des entreprises publiques".

Elle va être chaude, cette rentrée politique…

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