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Le transport maritime, toutes voiles dehors?

Oceanbird, probablement le plus grand voilier-cargo actuel, a été conçu pour transporter 7.000 voitures et dispose de cinq grandes ailes rigides de 80 mètres de haut. ©OceanBird

La navigation commerciale émet chaque année des millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. À partir de 2022, certains bateaux cargo troqueront les énergies fossiles pour la force du vent.

Un souffle nouveau pour le transport maritime? Des cargos propulsés par le vent devraient sillonner les mers dès 2022. Ce retour aux grands voiliers pour acheminer des marchandises a été amorcé par de jeunes entreprises convaincues que la décarbonation du secteur est un enjeu majeur.

Loin d'être farfleue, la propulsion vélique est aujourd'hui prise très au sérieux par un nombre grandissant d'acteurs. "Allez viens, je t'emmène, au vent", pour un tour d'horizon.

TOWT, l'emblème

En dix ans, la société française Trans Oceanic Wind Transportation (TOWT) a transporté plus de 1.000 tonnes de marchandises à travers l'océan. Fondée en 2011, TOWT est devenue un exemple emblématique de transport maritime à la voile.

Le "Avontuur" de TOWT, goélette à deux mâts construite en 1920 aux Pays-Bas. ©TOWT

L'entreprise bretonne s'appuie sur une flotte d'anciens voiliers, dont le "Avontuur", une goélette à deux mâts construite en 1920, aux Pays-Bas. Les voiliers restaurés sillonnent des routes maritimes transrégionales et transatlantiques historiques, pour "importer des rhums des Antilles, du café colombien, du cacao dominicain, et du thé des Açores". Aventure, dites-vous?

TOWT est en train de passer à la vitesse supérieure, avec la construction de quatre voiliers, plus grands, de 80 mètres de long, destinés à arpenter les quatre routes maritimes qui relient l'Europe et New York, la Guadeloupe, le Brésil et la Côte d'Ivoire. L'objectif de l'entreprise, transporter des dizaines de milliers de tonnes de marchandises par an se rapproche. Le voyage inaugural du premier navire est prévu pour fin 2022.

Oceanbird, le futuriste

Une "révolution du transport maritime", voilà ce que promet, au rayon futuriste, la société suédoise Wallenius Marine, ni plus ni moins. Son navire, Oceanbird, probablement le plus grand voilier-cargo actuel, a été conçu pour transporter 7.000 voitures et dispose de cinq grandes ailes rigides de 80 mètres de haut qui peuvent se rétracter (un peu comme des télescopes) pour passer sous les ponts.

Zéphyr & Borée, la spatiale

La start-up nantaise Zéphyr & Borée a signé en 2019 son premier gros contrat avec ArianeGroup, le leader européen des lanceurs spatiaux. En ligne de mire, le développement (avec deux partenaires) d’un système de transport à la voile, avec un navire de 121 mètres de long baptisé "Canopée", dédié au transport des composants de la fusée Ariane 6. Depuis les différents sites de fabrication en Europe... jusqu'au port de Pariacabo, en Guyane.

Canopée, de Zéphyr & Borée

Citons encore Neoline, et Airseas d'Airbus - qui développe un type de voile de kitesurf automatisée, installée à la proue du bateau, pour lui permettre de maintenir sa vitesse tout en diminuant (de 20% selon les concepteurs) sa consommation de carburant.

Niche ou révolution?

Petite pluie abat grand vent? Que pèsent toutes ces initiatives face aux presque 290.000 kilos de marchandises acheminées par les mers chaque seconde?

Qu’autant d’entreprises soient en train de travailler à des alternatives aux porte-conteneurs classiques "est un bonne nouvelle", pour Wijnand Stoefs, responsable politique en charge du transport maritime au sein de l'ONG Carbon Market Watch. "Mais d’un autre côté, cela reste une toute petite niche".

La propulsion vélique n'est d'ailleurs "sans doute pas" applicable aux grands porte-conteneurs conventionnels, selon la plupart des experts. Ceux-ci transportent aujourd’hui chacun plus de 200.000 tonnes de marchandise, grâce à du fuel lourd. Et ils sont en réalité bien trop lourds pour être sensibles à la brise marine.

Business as usual

Une certitude, le secteur est au pied du mur. La navigation commerciale comptabilise aujourd'hui entre 2 et 4% des émissions mondiales de CO2 en fonction des estimations. Des projections annoncent que ces émissions pourraient augmenter de 50 à 250% d’ici à 2050.

"Tant que l’OMI (Organisation maritime internationale, des Nations Unies, NDLR) n’aura ni cadre réglementaire clair, ni objectif contraignants, l’impact de son "plan climat" sur la croissance des émissions du transport maritime sera négligeable - à peine 1,5% - par rapport à un scénario business as usual", conclut Wijnand Stoefs.

Mettre toutes voiles dehors

Dans son Green Deal du 14 juillet dernier, la Commission européenne promet de faire entrer le transport maritime international dans le marché européen du carbone. Pour le dire autrement, le secteur ne pourra plus éternellement faire fi de ses émissions de gaz à effets de serre. De quoi, peut-être, propulser certaines alternatives encore en développement.

Mettre toutes voiles dehors. Laquelle des deux significations de cette expression le transport maritime va-t-il choisir: "s'enfuir promptement" ou "mettre tout en œuvre pour réussir"?

Le résumé

  • La navigation commerciale comptabilise aujourd'hui entre 2 et 4% des émissions mondiales de CO2.
  • Des cargos voiliers, propulsés par le vent, devraient sillonner les mers dès 2022.
  • La propulsion vélique est aujourd'hui prise très au sérieux par un nombre grandissant d'acteurs.
  • Faute d’objectifs clairs et contraignants dans le secteur, les technologies visant à décarboner le transport de marchandises par voie maritime, risquent de rester cantonnés à des niches.

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