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Les syndicats redoutent une transaction pénale dans le dossier Jost

Roland Jost avait été écroué durant quelques jours. Il clamait jusqu'ici son innocence. ©Debby Termonia

Arrêté en 2017, Roland Jost clamait son innocence. Selon la CSC Transcom, le groupe de transport serait aujourd'hui prêt à conclure une transaction pénale avec le parquet fédéral.

Plus de six ans après l'ouverture d'une instruction judiciaire, on se dirigerait vers une transaction pénale dans le dossier de la fraude sociale présumée au sein du groupe de transports Jost, a fait savoir la CSC Transcom lundi en fin d'après-midi. Si l'information se confirme, il serait question pour le groupe du paiement d'un montant d'environ 30 millions d'euros, dont 27 millions iraient dans les caisses de l'ONSS, le reste revenant, entre autres au fisc, nous a expliqué Roberto Parrillo, responsable général transport et logistique à la CSC Transcom. Contacté lundi en fin de journée, ni le parquet fédéral ni les avocats de Roland Jost n'ont souhaité commenter cette information, sans non plus la démentir.

"Nos chauffeurs venus des pays de l'Est sont payés entre 2.400 et 2.500 euros. Quand ils rentrent chez eux à la fin du mois, ils ont 1.900 euros en poche."
Roland Jost
CEO du groupe de transport Jost

Pour rappel, c'est en 2015 que l'affaire avait été mise à l'instruction. Il était alors question de fraude, de dumping social et de traite des êtres humains, le groupe faisant venir des chauffeurs de Roumanie et de Slovaquie, deux pays où les salaires sont moins élevés qu'en Belgique. Deux ans plus tard, en 2017, Roland Jost, le patron de la société et trois autres administrateurs, avaient été interpellés. Certains d'entre eux, dont Roland Jost, avaient alors passé quelques jours derrière les barreaux. Toujours à cette époque, le préjudice avait été estimé à 65 millions d'euros, une somme qui se répartissait comme suit: 45 millions d'euros non payés aux travailleurs et 20 millions d'euros de cotisations sociales éludées.

En 2019, la justice avait fait saisir 240 camions de la flotte du groupe Jost – qui en comptait alors environ 1.500 – et ceux-ci n'avaient pu reprendre la route qu'en échange du paiement d'une caution de 7 millions d'euros. Dans la foulée de cet incident, Roland Jost, alors accompagné de ses deux avocats, André Renette et Adrien Masset, nous avait reçus pour clamer son innocence.

"30 millions, une somme dérisoire"

"Cela fait des années que Roland Jost raconte qu'il est clean, mais il ne l'est pas du tout, la transaction dit le contraire."
Roberto Parrillo
Responsable général transport et logistique (CSC Transcom)

Selon la CSC Transcom, des chauffeurs roumains ou slovaques employés par Jost sont payés entre 550 et 650 euros par mois. Interrogé à l'époque sur ce point, après avoir clamé son innocence et expliqué que son "système était clean", voilà ce que nous avait répondu Roland Jost: "Nos chauffeurs venus des pays de l'Est sont payés entre 2.400 et 2.500 euros. Quand ils rentrent chez eux à la fin du mois, ils ont 1900 euros en poche. Imaginez-vous, quand ils rentrent en Roumanie, ils sont les kings!", avait-il expliqué.

"Cela fait des années que Roland Jost raconte qu'il est clean, mais il ne l'est pas du tout, la transaction dit le contraire", nous a expliqué Roberto Parrillo qui se demande encore à combien se lève le montant total de la fraude. Ce dernier ne serait pas étonné que le montant total dépasse les 100 millions d'euros. "Trente millions, c'est une somme dérisoire par rapport au montant total", nous a encore expliqué le syndicaliste qui se demande également ce qu'il en est du volet de la traite des êtres humains.

30
millions d'euros
Le montant que le groupe Jost pourrait verser dans le cadre d'une transaction pénale.

Pour ce dernier, les faits de dumping continuent chez Jost. "Tous les quinze jours, un avion privé atterrit à Maastricht avec, à son bord, plus de 150 chauffeurs venus de Roumanie ou de Bulgarie", a encore précisé le syndicaliste qui avait déjà dénoncé les faits en 2020. "Si le groupe paie trente millions d'euros et qu'il n'y a plus de dumping, ce serait la meilleure des choses, mais je suis pessimiste", a ajouté Roberto Parrillo, avant de préciser que le groupe Jost n'était pas le plus grand en Belgique et que d'autres transporteurs se trouvaient dans la même situation. "Tirer un trait sur ce qui a été fait jusqu'en 2017 et fermer les yeux sur ce qui se fait depuis, c'est scandaleux!", a conclu le syndicaliste.

Le résumé

  • Une instruction pour fraude sociale, dumping social et traite des êtres humains est ouverte contre le transporteur Jost depuis 2015.
  • En 2017, le patron de la société, Roland Jost, avait passé une dizaine de jours en prison.
  • Selon la CSC Transcom, on se dirigerait vers une transaction pénale dans ce dossier.
  • Il est question du versement d'une trentaine de millions d'euros vers l'ONSS et le fisc.

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