Les têtes tombent à la SNCB

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Un audit d’Ernst & Young révèle des manquements graves au sein des filiales de la SNCB, Eurostation et Euro Immo Star: usage des deniers publics à des fins privées, conflits d’intérêts, gestion douteuse des notes de frais. Ca sent l’action en justice.

Les filiales immobilières de la SNCB devraient bientôt être confrontées à une opération "mains propres". En effet, l’audit externe commandé par l’entreprise ferroviaire sur la gestion chez Eurogare, Eurostation et Euro Immo star a livré ses conclusions. Et elles sont négatives. Commandé par la SNCB à Ernst & Young à la demande de la ministre de tutelle, Jacqueline Galant (MR), l’audit a révélé des manquements graves dans la gestion d’Eurostation et d’Euro Immo Star.

"Pour la filiale Eurogare, l’audit n’a formulé que quelques remarques, non essentielles, sur l’ensemble des points étudiés. Il n’est aucunement question de gestion défaillante ni d’usage abusif des moyens de la société. Pour l’entité Eurostation/Euro Immo Star, un ensemble d’anomalies dont la nature et la gravité sont variables ont été identifiées", a indiqué hier Jo Cornu, CEO de la SNCB. À l’exception de deux projets, aucun problème majeur n’a été mis au jour dans la gestion des projets dans les deux filiales épinglées.

Graves violations

L’audit a donc révélé des violations de dispositions légales et des règles de bonne gouvernance: contrats attribués sans appel d’offres et sans consultation du marché, situations de manifeste conflit d’intérêts, etc. Par ailleurs, détaille encore le patron de la maison-mère, "des éléments de gestion défaillante et d’usage anormal des moyens de la société ont été constatés, des dépenses de personnes tierces à ces filiales ont été payées par les filiales et des notes de frais ou des factures ont été approuvées par des personnes non habilitées".

Les experts ont également identifié d’autres anomalies graves portant sur des frais généraux anormalement élevés remboursés à des collaborateurs. Ils visent des frais de restaurant, de boisson et de paiement par carte de crédit. Ils ont relevé d’importantes défaillances dans l’information du conseil d’administration (CA) notamment sur le suivi des projets et le contrôle rigoureux de l’exécution des budgets.

Au regard du constat interpellant qui a été présenté hier au comité d’audit et au CA de la SNCB, les administrateurs ont décidé, à l’unanimité et sur proposition du CEO, de renforcer les règles de gouvernance pour le fonctionnement des filiales. L’objectif est d’avoir un contrôle renforcé de la bonne gestion des filiales et en particulier du bon usage des moyens consacrés aux projets ainsi qu’aux frais généraux.

La SNCB n’exclut pas de dénoncer les faits à la justice. "Comme je ne suis pas juriste, nous avons demandé une analyse juridique pour apprécier les mesures requises par rapport aux faits qui ont été rapportés", dit Jo Cornu.

Les deux filiales épinglées ont déjà tiré les conséquences de la mauvaise gestion.

La SNCB est confrontée à des coûts élevés et des revenus bas

Les dirigeants de la SNCB se sont livrés à une analyse comparative de l’efficacité du fonctionnement de l’entreprise ferroviaire par rapport à d’autres opérateurs européens. Les conclusions, présentées hier, indiquent que la SNCB a encore du chemin à faire, car elle présente des coûts élevés et des revenus bas. En effet, il ressort de l’analyse que les revenus commerciaux (chiffre d’affaires des ventes) du transport de voyageurs sont inférieurs de 34% à la moyenne des opérateurs comparables dont ni les noms, ni le nombre n’ont pas été livrés pour des raisons de confidentialité. Par voyageur/km, la SNCB reçoit en moyenne 6,4 cents (en comparaison avec 9,7 cents). Au total, cela lui rapporte 629 millions d’euros. "Si les revenus commerciaux de la SNCB se trouvaient au niveau de la moyenne des autres opérateurs, cela nous fournirait une recette supplémentaire de 330 millions", a commenté Jo Cornu, CEO de la SNCB.

Par ailleurs, les coûts du transport (hors redevance d’infrastructure et coûts des gares) de la moyenne des autres opérateurs sont inférieurs de 9% à ceux de la SNCB (16,9 euros par train/km pour la SNCB contre 15,4 euros pour les autres opérateurs). Cete situation impose à l’entreprise ferroviaire belge un surcoût annuel de 110 millions sur un total de 1,266 milliard.

Fermeture de guichets

La différence de coûts s’explique par divers postes: marketing et ventes, maintenance des trains, personnel de train, énergie de traction, nettoyage des trains, etc.

Les dirigeants estiment par conséquent qu’il existe des possibilités d’amélioration. Au niveau du personnel de "marketing et ventes", la SNCB envisage la fermeture de guichets pour mieux coller aux souhaits des usagers. Il est question de développer les paiements des billets par Internet et par des automates. La SNCB veut donc fermer progressivement 33 guichets dès le 1er juillet 2015. Dans une communication fin 2014 aux syndicats, il est question de passer de 832 guichetiers équivalents temps plein (ETP) à fin 2014 à 475 en 2020.

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