analyse

Luc Lallemand, un profil recherché et déjà regretté en Belgique

©ID / Karel Hemerijckx

François Bellot veut aller vite pour trouver un remplaçant à la tête d’Infrabel, le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire belge, qui ne manque pas de défis. Place aux chasseurs de têtes.

À l’heure où Luc Lallemand est pressenti pour diriger SNCF Réseau et donc quitter Infrabel, le sentiment est mitigé en Belgique. D’une part, il y a une certaine fierté de voir un Belge reconnu pour ses compétences être engagé pour un poste éminemment complexe et politique dans un grand pays européen. Luc Lallemand a été choisi par le gouvernement français et par le patron de la SNCF Jean-Pierre Farandou eux-mêmes. D’autre part, alors que les défis du rail belge sont nombreux, voir le patron du gestionnaire de réseau belge quitter la locomotive après 15 ans, ne rassure pas.

Luc Lallemand est un patron discret et efficace. C’est une perte.
François Bellot
Ministre de la mobilité

Infrabel, "c’est sans doute l’entreprise publique belge qui a le plus de métiers à mettre en œuvre avec plus de 200 compétences différentes", souligne François Bellot, le ministre de la Mobilité (MR). Le remplaçant idéal devra, selon le ministre, avoir des qualités nécessaires dans les "process industriels très proches de l’industrie fine ou chimique".

La candidature de Luc Lallemand est soumise ce mardi au conseil d’administration de SNCF Réseau. Elle devra ensuite être approuvée par l’Autorité de régulation des transports. Les choses pourraient aller assez vite. En Belgique, François Bellot veut donc à tout prix que la procédure de remplacement se mette rapidement en place. Le rail est un axe de développement majeur des politiques climatiques belges. Il serait donc mieux d’avoir une nomination et non un "ad interim", affaires courantes ou non.

Nombreux dossiers en cours

Il y a de nombreux dossiers qui attendent le prochain patron d’Infrabel dans un futur proche. "Il faut finaliser le dossier ETCS (Système européen de contrôle des trains) pour fin 2023 et gérer la phase de digitalisation de l’entreprise. Le gestionnaire d’infrastructures va devoir répondre aux demandes de plusieurs opérateurs de transports pour utiliser ses tronçons. Dans le volet marchandise, il devra assurer les capacités pour faire passer de 12 à 20% la part du transport modal ferroviaire. Le nouveau patron devra organiser les travaux de sorte à avoir le moins d’impact possible sur le transport des marchandises et des voyageurs. Il devra assurer la capacité du réseau du côté wallon. Du côté flamand, il devra mettre les moyens nécessaires en 2024 et 2025 pour passer à la phase de réalisation des nouveaux projets. Il devra investir tant pour l’entretien et l’extension des capacités", énumère François Bellot.

En plus de la dotation de 30 milliards d’euros pour les 10 prochaines années, François Bellot veut que 5 milliards d’euros "vertueux" supplémentaires soient investis avec au moins "50% d’autofinancement".

Trois pistes pour la succession

Le successeur de Luc Lallemand aura en tout cas une belle dose de pression, car le patron discret s’est avéré d’une longévité exceptionnelle (15 ans).

Pour identifier le successeur idéal à Luc Lallemand, un chasseur de tête sera nommé. Il y a trois pistes possibles: soit un candidat déniché par le chasseur de tête, soit un candidat externe qui se ferait connaître, soit une candidature interne.

Infrabel vient en effet de se restructurer en interne. Juste en dessous de Luc Lallemand, Jochen Bultinck a été nommé Chief Operating Officer. Il s’occupe, entre autres, du management des actifs, de la gestion des travaux et de l’opération trafic. Ann Billiau, de son côté, a été nommée Chief Client Officer. Elle n’a pas plus la gestion du trafic et est totalement orientée client, un volet également très important alors que les opérateurs sont appelés à se multiplier à l’avenir sur le réseau ferré belge.

Le successeur de Luc Lallemand aura en tout cas une belle dose de pression. Luc Lallemand, patron discret, a fait preuve d’une longévité exceptionnelle (15 ans). Il avait confié au ministre Bellot son envie d’ailleurs il y a un an environ. Ce qui se concrétise aujourd’hui.

Le fait que l’on vienne le chercher en dit beaucoup sur ses qualités et l’appréciation de son travail, que ce soit sur les cabines de signalisation, sur la sécurité ou sur la suppression des passages à niveau. Une bonne partie de ce travail reste à faire en France.

Les bijoux de l'État sont dans le flou faute d'exécutif

En quelques mois à peine, en fin d’année, les cas du renouvellement des CEO de Proximus et de bpost ont été réglés – merci à la loi réformée de 1991 sur les entreprises publiques. Le Français Guillaume Boutin est monté à la barre de l’opérateur télécom, alors que Dominique Leroy passait par-dessus bord. Et le patron de l’entreprise spécialisée en solutions de sécurité G4S Jean-Paul Van Avermaet se prépare à endosser le costume de capitaine de l’opérateur postal d’ici la fin février, en remplacement de Koen Van Gerven.

De quoi donner de la clarté, et un cap, aux deux entreprises semi-publiques, même si chez Proximus, à la différence de bpost – où un accord a été trouvé entre formations politiques en avril, profitant de la défection de la N-VA au gouvernement –, le renouvellement des administrateurs représentant l’État est toujours en attente. Ce n’est pas le cas partout. Que du contraire.

En effet, de nombreux organismes d’intérêt public nagent, eux, toujours dans le flou, attendant des mouvements significatifs à court et moyen termes au sein de leur CA. C’est le cas par exemple du côté de la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI), où le conseil d’administration devait être revu en octobre 2018 déjà, après avoir vu Pascal Lizin (directeur des affaires publiques du géant pharmaceutique GSK) succéder à la présidente Laurence Glautier (étiquetée MR). Plus d’un an plus tard, et alors que certains avaient plié bagage, la situation n’a toujours pas changé. Ce qui "n’aide pas à penser à long terme", estimait encore récemment un administrateur, objectif pourtant au cœur de la mission du bras armé financier de l’État belge. 

Un son de cloche qui n’a rien d’isolé. À la SNCB – où la tête de l’actuel président Jean-Claude Fontinoy (proche de Didier Reynders) serait mise à prix, entend-on –, les administrateurs nommés par le Fédéral sont maintenus en l’attente d’un nouveau gouvernement. Le directeur de cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort, Eric Mercenier, a par contre récemment remplacé son prédécesseur Yves Goldstein.

Même chose du côté de Brussels Airport – où l’on attend par contre les remplaçants des administrateurs de l’ancien actionnaire Macquarie –, de skeyes (ex-Belgocontrol), d’Infrabel – même si le départ de Luc Lallemand pourrait jouer un rôle –, ou encore de la Loterie nationale, où certains pourraient vouloir profiter de l’occasion pour déloger, entend-on, le CEO en place depuis 2013, Jannie Haek (étiqueté sp.a). 

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