interview

"Nous avons encore de nombreux projets pour Bruxelles" (Jamie Heywood, general manager Uber Europe)

©Timothy Foster

Quelques mois après avoir lancé ses vélos électriques Jump dans la capitale, Uber a le sourire. Selon Jamie Heywood, general manager pour l’Europe du Nord et de l’Est, cette nouvelle offre fonctionne bien. De quoi lui donner des nouvelles envies sur le marché belge. Plusieurs autres produits et de nouvelles villes pourraient voir le jour prochainement en Belgique. Aucune date n’est cependant encore à communiquer. Dans certains cas, il faudra toutefois d’abord revoir la régulation.

Que représente aujourd’hui l’activité d’Uber en Belgique?

En étant au centre de l’Europe, Bruxelles est un marché important pour nous et qui évolue bien. Nous sommes arrivés en 2015 et nous avons désormais sur la plateforme environ 240.000 utilisateurs actifs et 1.800 chauffeurs inscrits. Nous sommes très optimistes et avons encore beaucoup de projets. Nous aimerions notamment développer de nouveaux produits qui fonctionnent bien à Londres et qui pourraient aussi être intéressants à Bruxelles comme Uber Transit (app reprenant toutes les infos sur les transports publics), Uber Pool (partage de véhicule par plusieurs clients), Uber Shuttle (le service de bus d’Uber), Uber Green (service de voiture électrique)…

"Uber compte 240.000 utilisateurs actifs et 1.800 chauffeurs inscrits à Bruxelles."

Quand prévoyez-vous ces développements?
Il n’y a pas d’agenda spécifique pour les nouvelles sorties. La réflexion est constante. Bruxelles a par exemple été l’une des premières villes où nous avons lancé Jump hors des Etats-Unis. Mais nous devons d’abord connaître l’objectif de la ville et quelles sont ses priorités. En Belgique, la congestion est particulièrement un problème. Bruxelles est l’une des villes les plus embouteillées au monde. La qualité de l’air est également un point qui pourrait être amélioré.

Une étude, récemment révélée par le site américain The Verge, indique que dans plusieurs villes américaines, Uber et Lyft avaient davantage tendance à justement augmenter la congestion.
Dans certaines situations c’est possible, par exemple lorsqu’une personne rejoint son bureau en Uber alors qu’il aurait pu prendre les transports en commun. Mais lorsque l’on demande aux gens pourquoi, dans cette situation, ils prennent un Uber, la réponse est très souvent: ‘Parce que la solution en transport en commun n’est pas tout à fait adaptée’. Notre service complète l’offre des transports en commun. À Londres, et c’est d’ailleurs similaire à Bruxelles, le plus gros de l’activité sur Uber se fait entre 22h et 2h durant les week-ends.

OUTIL MULTIMEDIA | Uber et l'argent d'Uber

Jamie Heywood (Regional General Manager, Northern and Eastern Europe) et Fred Jones (Head of New Mobility UKI ©Timothy Foster

Les derniers résultats trimestriels d’Uber ont été décevants, que faut-il en penser?
Je reste très optimiste. Notre objectif est de changer la façon de se déplacer dans la ville et nous sommes persuadés que nous faisons partie de la solution. Mais c’est une ambition à long terme qui prend du temps et qui ne se mesure pas d’un trimestre à l’autre.

Quelle est votre relation avec les autorités bruxelloises?
Assez bonne. Nous sommes régulièrement en contact avec eux. Avec les récentes élections, il y aura forcément des contacts différents mais l’ambition autour de la mobilité est visiblement bonne.

Que faudrait-il encore faire selon vous?
Il y a sans doute des efforts à faire au niveau de la régulation pour améliorer autant que possible le transport public et éliminer la voiture privée. Nous ne pouvons pas, par exemple, lancer notre offre Uber Pool qui permet de partager un Uber à plusieurs. C’est un service qui existe déjà à Paris, et Londres. Mais en Belgique, il est interdit de louer un siège. Il faut nécessairement que toute la voiture soit réservée par un seul client.

"Notre concurrent principal est la voiture privée."

Quels sont les premiers résultats pour vos vélos partagés Jump?
Il y a aujourd’hui 1.200 vélos disponibles et on souhaite continuer à grandir. La ville s’y prête bien car elle est assez compacte et les déplacements domicile-travail sont assez courts en moyenne, par rapport à d’autres villes.

Un tiers des travailleurs sont à moins de 10km de leur lieu de travail, ce qui est idéal pour un déplacement en vélo électrique. La croissance est intéressante et on s’attend à ce que cela continue mais le gros test sera en hiver.

Les acteurs se multiplient sur le marché des vélos et des trottinettes partagées. Ne craignez-vous pas une surabondance de l’offre sur le marché?
Non, nous sommes d’ailleurs assez ouverts. Dans beaucoup de villes où nous ne sommes pas avec Jump nous travaillons avec Lime. Et s’il y a de nombreux acteurs, c’est que beaucoup de gens veulent ce genre de transport.

Sur plusieurs marchés, vous devez faire face à la présence de concurrents comme Bolt, Kapten ou Viavan. Aucun de ces acteurs n’est présent en Belgique. L’activité y est donc plus simple?
Je ne crois pas. Notre véritable concurrent le plus important est la voiture privée. Le vrai challenge est de changer les habitudes des utilisateurs et il est parfois plus simple d’avoir d’autres concurrents sur le marché qui ont le même discours.

En Belgique, votre offre de mobilité n’est disponible qu’à Bruxelles, avez-vous l’ambition de vous lancer dans d’autres villes?
Oui nous y pensons mais nous n’avons pas encore de dates à communiquer. Avant de s’attaquer à une nouvelle ville, nous voulons d’abord y être parfaitement implantés. Nous avons encore du travail dans la capitale avant de penser à nous implanter dans une autre ville car il y a encore beaucoup de possibilités de croissance à Bruxelles.

Mobilité
À Londres, Uber vise le 100% électrique

Forcément, lorsqu’on se vante de vouloir changer la mobilité, il est de bon ton de faire attention à son empreinte écologique. Uber s’est lancé un sérieux objectif pour la ville de Londres. La start-up a pour ambition de n’y travailler plus qu’avec des voitures électriques. Le tout pour 2025. Le choix de Londres n’est évidemment pas un hasard. La ville européenne la plus importante pour Uber a mis en place un cadre idéal. "Le nouveau maire a une politique et des ambitions très claires pour diminuer la pollution. Il y a beaucoup plus de contraintes avec des taxes pour éviter la congestion dans certains quartiers et plus de zones basses émissions", explique Fred Jones, le responsable du programme Clear Air Fund and Transit de Uber. La société peut également compter sur un marché déjà plutôt favorable. "Actuellement, la moitié des véhicules inscrits sur notre plateforme sont des hybrides." Mais faire changer le véhicule de plus de 45.000 chauffeurs sera loin d’être simple. Uber a donc mis en place un programme d’aides. "Depuis janvier, sur chaque course nous prélevons désormais une taxe supplémentaire payée par le client de 0,15 livre par mile. La somme gagnée de cette façon par le chauffeur lui sera ensuite versée pour l’aider dans l’achat d’une nouvelle voiture électrique. Le système a déjà permis de recueillir 40 millions de livres", détaille Fred Jones.

L’entreprise est donc confiante. Au point de sauter la case intermédiaire d’un passage par un parc hybride avant le tout électrique. "Passer par cette étape intermédiaire ne serait pas une véritable solution pour le long terme. Puis écologiquement, il est impossible de vérifier que le projet fonctionne", explique encore le patron.

Une volonté écologique affichée qui forcément ne peut être que bonne pour le marketing. "Effectivement, cela peut aussi avoir un impact. Mais lorsqu’on fait quelque chose de bien, on veut en parler. Le problème de la pollution est assez simple: soit vous faites partie du problème, soit de la solution. Et clairement on préfère ne pas avoir le mauvais rôle."

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