Plus d'un tiers des cheminots mobilisés pour la grève en France

©AFP

Ce mardi, la SNCF a donné le coup d'envoi d'une grève qui devrait durer trois mois. Statut de cheminot, dette de la société de transport et ouverture à la concurrence, les contentieux sont nombreux entre le projet gouvernemental et les salariés de la SNCF.

Les cheminots ont entamé ce mardi une grève de longue haleine pour contester le projet de réforme de la SNCF porté par le gouvernement français. Une manifestation qui perturbe le réseau ferroviaire et qui devrait s'étendre sur trois mois.

Un trafic fortement perturbé

Avec un TGV sur huit en circulation et environ un train régional sur cinq, la SNCF a débuté ce mardi un mouvement de grève. Comme la société de transports l'avait anticipé, le trafic est "très perturbé" en ce premier jour de manifestation. Celle-ci se poursuivra par épisode de deux jours de grève par tranche de cinq jours, jusqu'au 28 juin. De nombreuses gares sont désertées au profit d'autres moyens de transport comme le bus ou le covoiturage.

La SNCF fait état de près d'un cheminot sur deux en grève "parmi les agents indispensables à la circulation des trains". Un chiffre qui plafonne à 77% chez les conducteurs de train. Un haut niveau de mobilisation face auquel le gouvernement n'entend pas céder.

La direction de la société a précisé que "nous avons pour demain une situation conforme à celle d'aujourd'hui. Pour jeudi, nous aurons un trafic quasi-normal". Ce mercredi, seul un TGV sur 7 et un TER sur 5 seraient assurés.

33.9%
Proportion de cheminots en grève ce mardi
La SNCF a comptabilisé 33.9% de cheminots grévistes en ce premier jour des manifestations en milieu de matinée.

En effet, Elisabeth Borne, ministre française des Transports, a fait part de la détermination du gouvernement à mener la réforme à son terme.

Mais bien que le gouvernement ait lâché du lest en abandonnant le recours aux ordonnances sur la question de l'ouverture à la concurrence, les syndicats estiment que les droits et acquis sociaux n'en demeurent pas moins menacés.

Un dialogue au point mort?

Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a encouragé les salariés grévistes au micro de France Inter. "Les cheminots n'ont pas à avoir honte de bloquer tout le pays". "On ne veut pas d'un conflit dur mais on est obligés d'en arriver là", a-t-il ajouté. Le numéro 1 de la CGT a en effet demandé au gouvernement de "repartir d'une feuille blanche" et de "s'asseoir de nouveau à la table des discussions".

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, est allé dans le même sens en appelant à la concertation afin "d'éviter un conflit dur que je ne souhaite pas". "Une grève de la négociation" également pointée du doigt par Olivier Faure, nouveau secrétaire général du Parti Socialiste.

"Les cheminots ne font pas grève par plaisir (...) C'est le gouvernement qui ne veut pas écouter".
Philippe Martinez
Secrétaire général de la CGT

Pour sa part, Elisabeth Borne ne cautionne pas une grève qui éclate alors que les négociations sont encore en cours. "Personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante alors que nous ne sommes qu’à mi-chemin des concertations et que le gouvernement est dans le dialogue", a tweeté la ministre.

Pour rappel, le gouvernement a prévu de mettre fin au statut de cheminot pour les nouvelles recrues au sein de la SNCF. Statut auquel les cheminots sont très attachés.

S'inspirant du rapport Spinetta, il entend aussi remettre en cause le monopole de la société de transports en permettant l'ouverture à la concurrence. Le gouvernement a cependant décidé de ne pas suivre la préconisation de fermer des petites lignes ferroviaires peu rentables.

Les syndicats représentatifs-CGT, Unsa, CFDT, SUD-condamnent ce projet qui conduirait selon eux à la destruction du service public qu'est la SNCF, et ce, "par pur dogmatisme".

Le gouvernement avait justifié sa réforme en alarmant sur la dette de l'opérateur public et en expliquant que"faire rouler un train en France coûte 30% plus cher qu'ailleurs". Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, a quant à lui justifié ces transformations pour adapter le réseau ferroviaire français à la nouvelle conjoncture.

De leur côté, les syndicats estiment que la réforme "ne réglera pas le sujet de la dette, ni celui des dysfonctionnements".

Du public au privé?

La volonté de transformer la SNCF en société anonyme a véhiculé également une vague de mécontentements parmi les fonctionnaires. Un projet qui, selon les grévistes, constitue les jalons pour une future privatisation de la SNCF.

Du côté du gouvernement, on dément toute intention de remettre en cause le caractère public de la société de transport. "On va transformer la SNCF en société nationale à capitaux publics avec des titres incessibles. C'est pour donner à la SNCF un cadre adapté à ce nouveau contexte mais personne ne parle de privatiser la SNCF", a expliqué Elisabeth Borne.

En parallèle de la grève des cheminots, le gouvernement est confronté à des mouvements de protestation de la part des éboueurs, du secteur de l'énergie, des étudiants et des salariés d'Airbus.

Certains syndicats et partis de gauche appellent en effet à une convergence des luttes, décriant de conserve une régression sociale. De son côté, la droite a demandé la suppression totale du recours aux ordonnances tout en fustigeant une "réforme minimale qui provoque un désordre maximal", selon les mots de Christian Jacob, député Les Républicains.

Lors de la séance de questions au gouvernement de ce mardi, le Premier ministre Edouard Philippe a dit entendre "autant les grévistes" que "ceux qui veulent aller travailler". "Le statu quo dans lequel nous sommes installés n'est pas acceptable", a ajouté le chef du gouvernement.

Impact limité en Belgique

Avec trois Eurostar sur quatre et 90% des trajets en Thalys assurés, l'impact de la grève à la SNCF est réel bien que limité chez nous. Les perturbations sont plus importantes sur les lignes transfrontalières classiques. Ainsi, la SNCB a annoncé un trafic très perturbé entre Tournai et Lille. "Depuis tôt ce matin, quatre trains sur les six devant assurer la liaison Lille-Tournai ont été annulés". https://twitter.com/GDarmanin/status/980386612780720129

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