analyse

Qui pour sauver le soldat Eurostar?

©AFP

Avec des restrictions sans précédent pour voyager entre le continent et Londres suite à la crise sanitaire, Eurostar recherche tous azimuts des centaines de millions d'euros.

Avec la pandémie et le fameux variant fort présent en terres britanniques, Eurostar souffre et c’est peu de le dire. La société n’est certainement pas la seule dans ce cas-là, mais son sauvetage est plus complexe que pour de nombreuses sociétés européennes de transports de personnes.

À l'heure actuelle, le groupe n'offre plus qu'un seul aller-retour par jour entre Paris et Londres, alors qu'avant la pandémie, Eurostar faisait circuler deux trains par heure aux périodes d'affluence.

25 patrons et universitaires britanniques du groupe de pression London First ont donc réclamé lundi une aide au ministre britannique des Finances Rishi Sunak. Ils estiment que le gouvernement britannique doit venir en aide à cette société symbole qui relie Londres à Bruxelles en environ 2h.

"Eurostar est une entreprise française en Angleterre, donc elle n'est pas aidée par les Anglais, et elle n'est pas aidée par les Français parce qu'elle est en Angleterre."
Christophe Fanichet
PDG de SNCF Voyageurs

Le problème c’est que les aides à Eurostar sont plus compliquées que pour d’autres compagnies comme la SNCF. "Eurostar est une entreprise française en Angleterre, donc elle n'est pas aidée par les Anglais, et elle n'est pas aidée par les Français parce qu'elle est en Angleterre", a ainsi déclaré vendredi passé Christophe Fanichet le PDG de SNCF voyageurs.

Eurostar est détenue à 55% par la SNCF, à 40% par le consortium Patina Rail – composé pour 30% de la Caisse de dépôt et placement du Québec et 10% du fonds britannique Hermes Infrastructure – et à 5% par la SNCB.

Fusion d'ici quelques mois

Alors qu’Eurostar souffre, les discussions sur une fusion avec Thalys pour créer Green Speed ont repris de plus belle depuis septembre. «La SNCF, Patina et la SNCB ont réaffirmé l’ambition du projet. Nous restons convaincus du potentiel de développement en Europe pour le train à grande vitesse avec Bruxelles au cœur de tout le maillage», indique Nicolas Petteau, directeur de la communication chez Thalys.

En coulisses, il nous revient qu’il n’est pas du tout question de laisser tomber Eurostar dans le chef de ses différents actionnaires. La Belgique et la France veulent leur champion du train à grande vitesse. Eurostar recherche des centaines de millions d’euros pour combler les pertes Covid malgré des plans d’économies drastiques pour réduire ses coûts.

Les pouvoirs publics britanniques ont été sollicités, notamment l'UK Export Finance. Des montants seront également empruntés auprès des banques. Des efforts importants de la part des actionnaires seront aussi demandés.

«On ne parle pas encore de recapitalisation», nous revient-il, mais plutôt d’emprunts d’Eurostar auprès de ses actionnaires. On parle d'emprunts à terme d’un an, renouvelables.

Toutes ces discussions interviennent alors que Thalys souffre également avec à peine 15% de son offre normale jusque mi-février, soit 4 aller-retour Paris-Bruxelles, une liaison vers l’Allemagne et une vers les Pays-Bas chaque jour.

Les choses pourraient encore s’empirer avec le couvre-feu à 18h en France et de nouvelles conditions restrictives de voyage envisagées en Belgique.

«L’ambition pour Green Speed reste la croissance, même si on doit d'abord panser les plaies de la crise.»
Nicolas Petteau
directeur Communications Thalys

Mais à moyen terme, Green Speed a de belles perspectives, nous rappellent nos différents interlocuteurs. Les aides d’État aux compagnies aériennes nationales en France ou aux Pays-Bas se sont notamment accompagnées de demandes limitant les sauts de puce par avion. «L’ambition reste la croissance, même si on doit d'abord panser les plaies de la crise», détaille Nicolas Petteau.

Le projet Green Speed pourrait devenir une réalité encore au premier semestre. La SNCB devrait posséder environ 18% des parts du nouvel ensemble. Reste encore la question du siège de l’entreprise. Actuellement, celui de Thalys est à Bruxelles et celui d’Eurostar à Londres...

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