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Refinancé, Lineas se projette en champion du fret ferroviaire

Geert Pauwels est à la barre de Lineas (ex-B Logistics) depuis 2008. L'ensemble de l'équipe de direction qui l'accompagne a été revue ces dernières années, afin d'aborder les défis d'avenir.

La SNCB sort définitivement du capital de l'opérateur de fret ferroviaire. Elle est remplacée par le bras financier de l'État, à l'occasion d'une opération de refinancement de 60 millions d'euros.

Après une année 2020 complexe, marquée par un recul de 40% des volumes au pic de la crise en mars, le champion belge du fret ferroviaire voit le ciel s'éclaircir en ce début d'année.

Lineas, plus grand opérateur privé en Europe dans le créneau, vient en effet d'obtenir un refinancement de 60 millions d'euros pour poursuivre sa stratégie de croissance internationale et éponger le coût de la crise au passage, a-t-on appris.

À la manœuvre? Belfius et BNP Paribas, ainsi que le principal actionnaire (90% du capital environ) de l'entreprise qu'est le fonds d'investissement européen Argos Wityu.

Chiffres clés

  • Détenue à 90% par Argos Wityu et 10% par la SFPI, qui remplace la SNCB.
  • 494 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019, pour un excédent brut d'exploitation (ebitda) de 32 millions.
  • 70% de part de marché en Belgique.
  • Plus de 2.100 employés.
  • 250 locomotives et 7.000 wagons.
  • Présente en Belgique, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne, l'entreprise relie une vingtaine de destinations à ce jour.

La SFPI, bras financier de l'État belge, participe aussi à l'opération. Elle reprend au passage les 10% que détenait encore la SNCB au sein de ce qui fut pendant une dizaine d'années sa filiale logistique (dite B Logistics jusqu'en 2017). L'opérateur ferroviaire justifie ce désengagement par une volonté de se concentrer sur son activité principale de transport de passagers.

Croissance en vue

Pour Lineas, ce refinancement ouvre la voie à des perspectives importantes, après une année 2020 ayant vu le chiffre d'affaires reculer d'une dizaine de pourcents.

Et pour cause, l'opérateur de fret ferroviaire va désormais pouvoir accélérer la marche, là où les efforts avaient jusqu'ici été consentis principalement à "l'harmonisation et la simplification de la structure juridique et opérationnelle". Et ce, sous la houlette d'Argos Wityu, monté à bord en 2015 contre 20 millions d'euros et pour deux tiers du capital, à un moment où la promise était loin d'être la plus attrayante.

De cette époque, il ne reste pour ainsi dire rien aujourd'hui. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le chiffre d'affaires atteignait les 494 millions d'euros en 2019, pour un excédent brut d'exploitation (ebitda) de 32 millions, alors même que les pertes se comptaient encore en dizaines de millions, il y a une dizaine d'années.

"On veut désormais positionner Lineas comme une scale-up européenne du rail."
Geert Pauwels
CEO de Lineas

Présente à Bruxelles – où se situe son siège –, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne, Lineas emploie à ce jour plus de 2.100 personnes. L'entreprise possède une flotte de 250 locomotives et de 7.000 wagons. Bien… mais peut mieux faire. Comment? "On veut désormais positionner l'entreprise comme une scale-up européenne du rail", lance Geert Pauwels, CEO de Lineas depuis 2008.

En ce sens, le réseau d'une vingtaine de destinations européennes reliées quasi quotidiennement par des trains à grande vitesse et directs va être amené à se densifier. "Jusqu'ici, chacune des voies était reliée directement ou indirectement à la Belgique. L'idée va désormais être de créer de nouveaux hubs, desquels nous partiront pour relier d'autres destinations", explique le patron.

Imaginé en 2014, "Green Xpress Network" de son petit nom, permet d'acheminer métal, produits chimiques, marchandises, matériaux et autres déchets pour le compte de clients de l'industrie principalement, à la Arcelor, BASF...

Direction renouvelée

Mais ce n'est pas tout. Fort de ces moyens nouveaux, l'entreprise indique aussi étudier des partenariats stratégiques et des acquisitions ciblées. Après tout, bien qu'importante pour un acteur privé, la taille de Lineas reste modeste dès lors qu'on la compare aux poids lourds étatiques que sont ses concurrents DB Cargo, en Allemagne, et SNCF Logistique, en France. Le premier réalise 4,45 milliards d'euros de chiffre d'affaires; le second, filiales comprises, tourne autour du milliard.

Pour faire face à ces nouveaux défis, "l'ensemble de l'équipe de direction a été renouvelée", souligne Gilles Mougenot, CEO et fondateur d'Argos Wityu. Directeurs opérationnel, financier, commercial, RH et IT, tous ont pris le train en marche entre 2018 et début 2020. Et sont montés au capital courant avril, apprend-on.

Après tout, l'enjeu est de taille pour Lineas qui entend peser dans le shift modal qui perce peu à peu dans le transport de marchandises, où le camion règne en maître ,fort de ses 75% de part de marché, contre 10% pour le train en Belgique et 18% au niveau européen (grâce à l'Europe de l'Est).

"L'ensemble de l'équipe de direction a été renouvelée entre 2018 et aujourd'hui."
Gilles Mougenot
CEO et fondateur d'Argos Wityu

Le contexte y est politiquement propice, que ce soit au niveau européen dans le cadre du Green Deal qui entend faire la part belle au rail, ou bien au niveau belge où l'accord de gouvernement vise le doublement des volumes du transport ferroviaire de marchandises d'ici à 2030. Des discussions sont en cours avec le cabinet du ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo), quant aux modalités que cette volonté pourrait recouvrir.

Du côté de Lineas, tout comme du fret ferroviaire dans son ensemble, l'on plaide notamment pour une intervention des pouvoirs publics en vue de diminuer le coût du kilomètre payé au gestionnaire du rail, Infrabel, de même qu'une compensation partielle des surcoûts liés au chargement et déchargement des trains en vue de rendre l'option "rail+route" financièrement attractive pour les transporteurs.

Lineas dispose à ce jour d'une part de marché de 70% en Belgique, en partie héritée de sa position monopolistique d'antan.

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