Sauver le chantier naval IHC d'un rachat chinois

©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Le chantier naval néerlandais IHC a un besoin urgent d’argent. Une faillite ou un rachat par un concurrent chinois serait catastrophique pour les dragueurs européens.

Trois sociétés de dragage – deux néerlandaises et une belge – se sont associées pour essayer de protéger le chantier naval néerlandais Royal IHC, un de leurs fournisseurs clés, contre une éventuelle mainmise chinoise.

Royal IHC construit des navires de haute technologie destinés au secteur du dragage, dont elle est le leader mondial. Mais cette entreprise de Kinderdijk – à 15 km de Rotterdam – est au bord du gouffre. En 2018, elle affichait une perte de 80 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 942 millions. Au cours du premier semestre 2019, ses résultats étaient toujours dans le rouge. La situation s’est tellement détériorée que l’été dernier, elle a eu besoin d’une injection de capitaux de 120 millions d’euros des banques et de ses actionnaires.

120
millions €
L’été dernier, IHC a déjà eu besoin de 120 millions d’euros de capitaux frais. La société étudie différents scénarios pour renforcer ses fonds propres.

Une entreprise chinoise aurait manifesté son intérêt pour la reprise du chantier naval. Un scénario que les sociétés de dragage belge et néerlandaises souhaitent à tout prix éviter, car la technologie de pointe et l’expertise de Royal IHC tomberaient alors dans des mains chinoises, leur permettant de construire des navires de dragage sophistiqués, et de concurrencer les Européens sur d’autres plans que celui du prix.

C’est ce qui a poussé la société d’investissement HAL (actionnaire principal de l’entreprise de dragage Boskalis), le dragueur Van Oord et les actionnaires de l’entreprise belge DEME (le groupe de construction CFE et son actionnaire Ackermans & van Haaren) à se mettre autour de la table. Selon une source, les trois entreprises envisagent de faire offre pour le rachat de Royal IHC. Une autre source indique que les choses n’iront pas jusque-là. Il ne faut pas s’étonner que DEME s’intéresse au dossier: cela fait des années que DEME est client d’IHC et le groupe veut s’assurer que les navires en construction soient livrés comme prévu.

Le porte-parole d’IHC s’est limité à confirmer que "le groupe discutait avec un consortium d’entreprises" d’un renforcement du capital. "Une faillite du chantier IHC serait catastrophique", indique-t-on chez DEME. Le groupe belge de dragage n’a pas souhaité faire d’autres commentaires.

Chez Ackermans & van Haaren également, c’est motus et bouche cousue. Mais il est clair que le holding ne souhaite pas voir IHC faire naufrage ni – pire encore – tomber dans des mains chinoises comme le géant étatique CCCC, qui possède Chec, la plus grande entreprise de dragage au monde.

Faire échec à Chec

Depuis plusieurs années, Chec participe de plus en plus souvent aux grandes adjudications en dehors de la Chine, et en tant qu’entreprise publique, peut proposer des prix très concurrentiels. Pour DEME, Van Oord, Boskalis et Jan De Nul – les quatre Européens qui dominent le marché libre du dragage (ils ne sont pas autorisés à travailler en Chine) –, il n’est généralement pas possible de faire mieux que les Chinois en termes de prix.

Il y a dix ans, la technologie chinoise du dragage était encore considérée comme "non concurrentielle" et "de qualité médiocre".

Cela fait quelque temps que Chec représente une réelle menace pour ces quatre acteurs qui essaient de se partager le marché mondial. Ils se font une concurrence féroce, mais en cas de nécessité, ils collaborent. Ce fut par exemple le cas pour le méga chantier du Canal de Suez, mais aussi pour d’autres chantiers internationaux.

Il y a dix ans, la technologie chinoise du dragage était encore considérée comme "non concurrentielle" et "de qualité médiocre", et c’était très souvent le cas. Mais les Chinois apprennent vite et les quatre Européens ont parfaitement compris qu’ils ne pourraient conserver leur avance que grâce à l’innovation et aux nouvelles technologies. Ils misent d’ailleurs à fond sur ces innovations, avec des investissements se chiffrant en milliards. Si le chantier naval IHC tombe dans les mains d’un groupe chinois, ce dernier aurait accès aux dernières avancées technologiques et au know-how de ses concurrents européens. 

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