Un cheminot doit payer l'astreinte pour piquet de grève chez Infrabel

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Un délégué syndical a reçu un commandement d’huissier à payer une astreinte pour avoir bloqué l’entrée du Traffic control d’Infrabel lors de la grève du 6 janvier.

Après la grève observée par les cheminots du groupe SNCB (SNCB, Infrabel) les 6 et 7 janvier, c’est l’heure de l’addition pour les grévistes qui ont organisé des piquets de grève. Sur base d’une requête du gestionnaire d’infrastructure, Infrabel, le cabinet de Me Celestin Plugers, huissier de justice à Overijse, vient d’envoyer un commandement à payer une astreinte à Jordan Croeisaerdt, un cheminot affilié à la CGSP-Cheminots, pour non-respect d’une ordonnance de justice lors de la première journée d’action des agents des deux entreprises du rail.

La décision du juge a été rendue le 21 décembre dernier par le tribunal de première instance francophone de Bruxelles (Affaires civiles) sur une requête unilatérale d’Infrabel. L’ordonnance a accueilli favorablement la demande du gestionnaire d’infrastructure en interdisant tout piquet de grève devant les cabines de signalisation du réseau ferroviaire ou la circulation de personnes, y compris de grévistes, sur les voies ferrées.

"C’est une atteinte au droit de grève et au droit d’organiser des piquets. C’est pour faire peur aux cheminots."
Philippe Dubois
secrétaire régional de la CGSP-Cheminots à Bruxelles

Or, le 6 janvier, l’huissier aurait constaté que Jordan Croeisaerdt et d’autres grévistes empêchaient les agents d’Infrabel dont un directeur d’accéder au bâtiment du "traffic control" à Bruxelles. "Il ne s’est pas contenté d’empêcher notre directeur d’entrer dans le bâtiment, il l’a aussi bousculé. Il a aussi eu un comportement violent à l’égard d’une femme enceinte. C’est ce qui a notamment motivé l’huissier à signifier l’ordonnance et à dresser le constat", nous a indiqué Frédéric Sacré, porte-parole d’Infrabel. "On aimerait bien voir les plaintes de toutes ces personnes. Il y a eu une bousculade et la violence émanait plutôt de personnes qui voulaient passer", réagit Jordan Croeisaerdt. L’homme est délégué syndical au CPPT (Comité pour la prévention et la prévention au travail) et vice-président de la CGSP-Cheminots à Bruxelles.

1.700 euros à payer

Une vingtaine d’ordonnances ont été rendues dans le cadre des grèves des 6 et 7 janvier, mais le cas de Jordan Croeisaerdt est le seul constaté par l’huissier avec commandement à payer une astreinte à la clé. Ce n’est pas temps le montant de l’astreinte qui est à relever, mais le durcissement du ton dans le chef des dirigeants d’Infrabel. "Le but n’est pas de s’enrichir. Notre démarche est motivée par notre préoccupation légitime à garantir la sécurité en empêchant toute circulation sur les voies ou en évitant que des grévistes viennent perturber le travail des agents chargés d’assurer la sécurité du trafic", justifie le porte-parole d’Infrabel. L’astreinte s’élève à 1.000 euros, montant auquel s’ajoutent divers frais (signification, expédition, coût de l’acte, etc.) pour arriver à un total de 1.686,89 euros que doit payer l’accompagnateur de train Jordan Croeisaerdt

Atteinte au droit de grève

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Du côté syndical, l’attitude d’Infrabel passe mal. "C’est une première dans l’histoire des actions sociales dans le groupe SNCB. C’est une atteinte au droit de grève et au droit d’organiser des piquets. C’est pour faire peur aux cheminots. Mais ce n’est pas très intelligent de la part des dirigeants d’Infrabel à l’heure où le fil du dialogue social vient d’être renoué dans le groupe. Il est clair qu’on ne va pas se laisser faire", dit Philippe Dubois, secrétaire régional de la CGSP-Cheminots à Bruxelles. Il n’exclut pas un recours en opposition de l’ordonnance devant les tribunaux.

Jordan Croeisaerdt a relayé son cas sur les réseaux sociaux et recueilli des manifestations de soutien. Une collecte d’argent n’est pas exclue pour lui permettre de s’acquitter de l’astreinte.

Droit de Greve Bafoué!!!Voila ce qui attend tout travailleurs qui se bat pour un service public de qualité a des prix...

Lors de la grève du 9 octobre 2015, Infrabel avait aussi obtenu, sur requête unilatérale, une ordonnance du juge pour interdire les piquets devant les bâtiments sensibles. La CGSP-Cheminots a introduit un recours en tierce opposition ayant donné lieu à un débat contradictoire. 

 

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