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En Israël, la révolution de la médecine connectée

À l'instar de la licorne Viz.ai, de nombreuses start-ups israéliennes tablent sur les progrès de l'intelligence artificielle et de la connectivité. ©Romuald Gobin

En Israël, terre de sociétés de technologie médicale, la pandémie de covid-19 a favorisé le développement de la télémédecine et l'émergence de start-ups travaillant sur les dispositifs médicaux connectés.

"Notre technologie alimentée par l'intelligence artificielle permet d’identifier en quelques minutes les conditions potentiellement mortelles lors des scanners à l’hôpital et peut alerter rapidement les équipes de soins en cas de suspicion d'accident vasculaire cérébral." Cofondateur et directeur technique (CTO) de Viz.ai, David Golan explique avec passion le fonctionnement du dispositif qu'il a créé, à savoir le tout premier système de triage alimenté par l'intelligence artificielle déjà approuvé par la FDA pour les accidents vasculaires cérébraux avec occlusion des gros vaisseaux.

"Le logiciel, qui est connecté aux scanners des hôpitaux, peut avertir en quelques minutes les spécialistes des AVC, en envoyant les images radiologiques directement sur leur téléphone portable, où elles peuvent être visualisées dans une application", poursuit l'entrepreneur israélien à l'allure juvénile. Les praticiens peuvent alors fournir aux patients le bon niveau de soins aussi rapidement que possible, lorsque le temps est compté. David Golan parle en connaissance de cause: il a lui-même été victime d'un accident vasculaire cérébral qui l'avait laissé incapable de parler et de bouger un bras et une jambe pendant un certain temps.

1,2
milliard
Après une nouvelle levée de 100 millions de dollars, Viz.ai revendique aujourd'hui le statut de Licorne, avec une valorisation de 1,2 milliard de dollars.

Le système de Viz.ai est déjà utilisé dans plus de 1.100 hôpitaux dans le monde. L’année dernière, la société a étendu ses capacités de diagnostic aux embolies pulmonaires et aux anévrismes cérébraux. Le développement de l'entreprise, qui est implantée à Tel Aviv et à San Francisco, a été aussi impressionnant que rapide : David Golan l'a créée en 2016 avec le neurochirurgien Chris Mansi. Après une nouvelle levée de 100 millions de dollars, Viz.ai revendique aujourd'hui le statut de Licorne, avec une valorisation de 1,2 milliard de dollars.

Derrière Viz.ai et d'autres sociétés qui ont déjà réussi leur expansion, une multitude de pépites se pressent au portillon: on dénombre en Israël près de 1.700 entreprises dans le secteur des sciences de la vie - un chiffre qui augmente de 150 unités chaque année -, dont la plupart sont actives dans la santé numérique et les dispositifs médicaux. L'État hébreu, où la recherche médicale a toujours profité historiquement des transferts de technologie d’origine militaire, est par contre moins présent sur la biopharmacie. "Nous ne produisons pas de vaccins", admet le docteur Asher Shalmon, directeur du département des relations internationales au Ministère de la Santé. "Mais par contre nos travaux dans le domaine de la santé numérique sont très recherchés par la communauté internationale. Les systèmes de santé du monde entier cherchent à intégrer les nouvelles technologies trouvées en Israël."

"Nos travaux dans le domaine de la santé numérique sont très recherchés par la communauté internationale".

Asher Shalmon
Directeur du département des relations internationales au Ministère de la Santé.

Après avoir été depuis 20 ans à la pointe de l'innovation dans le développement de systèmes d'imagerie, de lasers chirurgicaux ou de logiciels novateurs, les sociétés de technologie médicale israéliennes continuent à révolutionner le domaine des soins et de la santé en s'appuyant désormais sur l'intelligence artificielle, les données massives et les progrès de la connectivité.

Au cœur de ce foisonnement technologique, une tendance lourde se dessine: la télémédecine.

Au cœur de ce foisonnement technologique, une tendance lourde se dessine: la télémédecine. Car la crise du Covid-19 a décuplé l'intérêt pour les systèmes qui permettent aux prestataires de soins de santé de travailler tout aussi efficacement à distance et de maintenir le lien avec les patients grâce aux technologies portables. Ce qui permet également de générer d'importantes économies. En Israël, la télémédecine est en passe de devenir le nouveau paradigme en matière de soins de santé. Un mouvement qui ne risque pas de s'arrêter. Selon certains spécialistes, le marché mondial de la télésanté va exploser et devrait se développer à un taux de croissance annuel de plus de 30% dans les prochaines années.

Technologies de surveillance

À l'instar de la société créée par David Golan, beaucoup d'entreprises israéliennes travaillent sur les technologies de surveillance et de pronostic à distance, voire même de soins à domicile.  Pulsenmore propose ainsi un dispositif portable prénatal permettant d'effectuer des échographies fœtales à distance avec un appareil à ultrasons portable qui se connecte à un smartphone ordinaire. La patiente, qui est en contact avec un médecin, manipule elle-même l'appareil en suivant les instructions du praticien, qui se trouve à l'hôpital.

Si ce dispositif de télé-échographie n'a pas la même qualité qu'un appareil professionnel en milieu hospitalier, "il permet de limiter le nombre de visites inutiles à l'hôpital et chez le médecin", explique Mira Altmark Sofer, responsable du marketing de la société. Le produit, qui a été lancé en pleine pandémie de Covid-19, a déjà été adopté par Clalit Health Services, la plus grande des quatre organisations de services de santé en Israël. Il a aussi et surtout attiré l'attention du géant américain GE Healthcare, qui a conclu un accord pour investir jusqu'à 50 millions de dollars dans la start-up israélienne.

Depuis toujours, les grands groupes internationaux raffolent des pépites technologiques israéliennes du secteur de la santé.

Depuis toujours, les grands groupes internationaux raffolent des pépites technologiques israéliennes du secteur de la santé. L’entreprise américano-irlandaise Medtronic est venue à plusieurs reprises faire son shopping dans la "Start-up Nation" et a mis la main ces dernières années sur Mazor Robotics, une entreprise développant des systèmes de guidage robotisés pour la chirurgie de la colonne vertébrale - un rachat à 1,6 milliard de dollars, un record -, ainsi que sur Visionsense, qui a créé un outil 3D aidant les médecins à visualiser les tumeurs. Avant cela, en reprenant le groupe irlandais Covidien, Medtronic avait déjà hérité du fleuron Given Imaging et de sa fameuse pilule caméra.

Un "hôpital à domicile"

De son côté, la société Biobeat est devenue leader mondial des solutions de suivi à distance des patients. La start-up a mis au point un dispositif non invasif pour effectuer des relevés tels que la pression sanguine, la fréquence respiratoire ou la saturation en oxygène du sang. Le système, qui a déjà reçu le marquage CE et l'approbation de la FDA, se base sur une montre ou un patch qui se connectent au cloud soit via un smartphone, soit via une passerelle dédiée.  Plus d'une douzaine de paramètres sont déjà repris sur la plateforme, que la société présente désormais comme un véritable "hôpital à domicile".

Vers la création d'un super infirmière

La technologie de BioBeat a notamment été utilisée dans le cadre du projet de mise au point d'une technologie de surveillance continue de patients mené au centre I-Medata AI du Tel Aviv Sourasky Medical Center.  Une sorte de super infirmière virtuelle mêlant capteurs, caméras, données médicales des patients et intelligence artificielle, qui pourrait à terme être capable de surveiller simultanément plusieurs malades dans différentes pièces.

Le centre ARC de l’hôpital Sheba, une arme redoutable

Une série des start-ups de technologie médicale qui font la réputation d'Israël sont nées au cœur du plus grand hôpital du pays, le Sheba Medical Center, orgueil de la médecine israélienne. Ce gigantesque établissement hospitalier public, qui est désigné régulièrement comme l'un des dix meilleurs hôpitaux du monde, a déjà permis par le passé, sur la base de brevets, la création de plusieurs sociétés dans le monde des sciences de la vie, dont Orgenesis, l'ancienne maison mère de MaSTherCell à Charleroi, ou encore Omrix, une entreprise créée par le fondateur de Nyxoah, Robert Taub, qui l'a vendue en 2008 à Johnson & Johnson.

Situé dans la banlieue de Tel-Aviv, l'hôpital Sheba, qui génère une quantité phénoménale de données médicales et mène de nombreuses études cliniques, abrite depuis quelques années sur son campus un incubateur ultra-performant baptisé ARC (accelerate, redesign, and collaborate). Celui-ci a déjà la création d'une septantaine de start-ups à son actif. L’ARC donne lui aussi désormais la priorité aux innovations en matière de santé numérique.

Ce centre d'innovation, qui a parfaitement compris l'intérêt de la coopération entre les mondes de la médecine, de l'université et des entrepreneurs, est particulièrement ouvert sur le monde et participe à d'innombrables projets de recherche. Il a aussi noué plusieurs partenariats avec de grands noms de la pharmacie, dont Janssen pharma, et formé une communauté facilitant le partage d’expérience.

Le résumé
  • Les sociétés israéliennes de technologie médicale sont depuis plusieurs décennies à la pointe de l'innovation dans le développement de systèmes d'imagerie, de lasers chirurgicaux ou de logiciels novateurs.
  • Ces start-ups de la medtech continuent à révolutionner le domaine des soins et de la santé en s'appuyant désormais sur l'intelligence artificielle, les données massives et les progrès de la connectivité.
  • La crise du Covid-19 a décuplé l'intérêt pour la télémédecine et les systèmes qui permettent aux prestataires de soins de santé de travailler tout aussi efficacement à distance.

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