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Cynthia, ce remède belge à la "mauvaise herbe de l'enfer"

Introduite fin du XIXe siècle comme espèce ornementale aux États-Unis, en Asie du Sud-Est et en Afrique du Sud, la jacinthe d'eau obstrue rivières et lacs dans 120 pays désormais. ©AFP

Développée depuis Lasne, cette fibre d'un genre nouveau à base de jacinthe d'eau pourrait changer la donne dans l'isolation, les emballages ou les litières.

Le problème est de taille. Et porte un nom: la jacinthe d'eau. Introduite comme espèce ornementale aux États-Unis, en Asie du Sud-Est et en Afrique du Sud à la fin du XIXe siècle, "la mauvaise herbe de l'enfer", de son surnom, est désormais présente dans 120 pays où elle obstrue rivières et lacs.

Chaque jour, ce sont pas moins de 700 tonnes qui sont éliminées aux États-Unis pour voir l'eau s'écouler à nouveau, la lumière du soleil atteindre les plantes aquatiques indigènes, le niveau d'oxygène augmenter et ainsi empêcher la mort de tout un écosystème.

Le fléau est réel. Et porte atteinte aussi bien aux transports qu'à l'économie ou encore à la santé publique pour ne citer que ces exemples.

Jusqu'ici, trois méthodes étaient couramment utilisées contre les infestations: chimique (herbicides), physique (machines) et biologique (insectes). Avec pour problème commun d'être très coûteuses. Et de ne pas être exemptes de revers à la médaille.

Solution belge

Mais c'était sans compter sur une petite entreprise belge de Lasne qui s'apprête dès à présent à changer la donne. Cette petite belge, c'est In-Between International, une société qui se lançait dans la quête d'une solution il y a dix ans de cela, en partenariat avec Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) et le centre troyen Fibres Recherche Développement.

Cynthia dispose désormais d'une solution brevetée dans cent pays.

À la clé? Elle dispose désormais d'une solution brevetée dans cent pays. Cynthia, de son nom, est une fibre d'un genre nouveau qui s'apprête à bousculer l'ordre établi. En effet, matière première industrielle durable issue de la transformation de la jacinthe d'eau, elle offre une alternative crédible aux fibres naturelles utilisées aujourd'hui dans l'industrie de l'isolation thermique et des bois composites.

Avec une touche verte puisqu'à propriétés techniques égales en matière de densité, d'isolation thermique, etc., Cynthia présente une plus faible empreinte carbone intrinsèque étant donné que la matière première employée ne nécessite ni terre ni énergie pour se développer. Mieux, elle libère même dans la foulée des terres pour l'industrie agroalimentaire et conserve ainsi les forêts, tout en réduisant la présence de ce nuisible qu'est la jacinthe d'eau.

En clair, la petite belge a transformé un problème social et écologique en bénéfice économique, créateur d'emplois puisqu'elle offre aux gouvernements confrontés au fléau l'opportunité de développer un partenariat public-privé créant une activité industrielle.

Recommandé par Betrand Piccard

Du win-win en plein qui s'est récemment vu saluer puisque In-Between voit son entreprise répertoriée parmi les 1.000 solutions propres et rentables pour remédier au changement climatique par l'explorateur-psychiatre suisse Bertrand Piccard. "Cela va donner une visibilité à notre solution", sourit Rebeka Bahadorani, présidente d'In-Between International.

78%
Pour les panneaux isolants, l’empreinte environnementale est 78% plus faible avec Cynthia qu'avec la référence du marché qu'est la mousse de PUR

Pour autant, la prouesse ne se limite pas qu'à la construction et aux panneaux d’isolations thermiques, dont l’empreinte environnementale est 78% plus faible avec Cynthia qu'avec la référence du marché qu'est la mousse de PUR (polyuréthane). Et pour cause, demain, la technologie mise sur pied par l'entreprise pourra aussi remplacer le recours aux plastiques à usage unique dans des domaines aussi variés que l’emballage et les solutions pour la jardinerie. Quand, en parallèle, cette nouvelle fibre biodégradable présente la capacité d’absorber jusqu’à 8 fois son poids en liquide ( pétrole, huile, eau, etc.), de quoi en faire un candidat attractif en matière de litière pour animaux domestiques par exemple.

La technologie mise sur pied par l'entreprise pourra aussi remplacer le recours aux plastiques à usage unique dans l’emballage notamment.

Du côté de l'équipe, on s'en félicite, assez logiquement. Après tout, c'est là l'accomplissement d'un dur labeur pour la demi-dizaine de personnes qui font tourner la boutique. Car, oui, Rebeka Bahadorani n'est pas seule dans l'aventure. L'entrepreneuse, avec son passé dans le domaine de l’environnement entre autres avec les Nations Unies, est accompagnée de quelques beaux noms en la personne Philippe Rosy par exemple, serial-entrepreneur et patron d'Engel & Völkers Bruxelles. Après acquisition de la master licence auprès du groupe immobilier allemand, l'homme développait un réseau – qu'il a désormais cédé – en France, en Belgique, au Luxembourg et à Monaco.

L'on retrouve aussi à bord l'ingénieur et ancien chercheur en matériaux polymères chez Solvay Richard Thommeret, qui s'occupe aujourd'hui de promouvoir le développement des produits innovants pour le compte du groupe chimique. De même que le socialiste Philippe Detheux, conseiller du Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie et du Travail Pierre-Yves Dermagne, dernièrement rejoint par le financier Michel Vandenkerckhove.

Tous sont présents au capital de la société.

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