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De la technologie belge pour refroidir les satellites de OneWeb

Le CEO d'EHP, Laurent Barremaecker, vise un chiffre d'affaires de 12 millions cette année.

Ancienne spin-off de la Sabca et de l'ULB, EHP est devenue en 20 ans un des leaders mondiaux dans la fabrication de caloducs, des systèmes de régulation thermique pour engins spatiaux.

Tous les engins spatiaux sont confrontés à un problème majeur: le refroidissement des équipements électroniques de puissance, qui ne peut être assuré par la seule isolation.  Les satellites, sondes interplanétaires et autres véhicules spatiaux sont donc équipés de systèmes étanches et passifs qui permettent de transférer le surplus de chaleur entre une zone chaude et une zone froide. Appelés caloducs, ceux-ci sont la spécialité d'une société wallonne, Euro Heat Pipes (EHP).

En deux décennies, EHP a confirmé son statut de pépite technologique en devenant un des leaders mondiaux dans les systèmes de régulation thermique dans le spatial. Filiale à 51% d’Airbus depuis 2017 - le reste est aux mains de la SRIW et de la Sogepa -, l'entreprise nivelloise va s’offrir un nouveau bâtiment pour ses vingt ans d’existence, qui ont été officiellement célébrés cette semaine. C’est que l’ex-spin-off de la Sabca et de l'ULB est passée depuis quelques années à des rythmes de production plus ambitieux, qui devraient encore s'accroître. Son produit historique doit désormais être fourni en série pour certains projets, comme la constellation OneWeb, qui vise à fournir, grâce à la 5G, un accès à internet à haut débit dans les régions non desservies par des liaisons terrestres. Sa gamme d'équipements s'est par ailleurs étendue.

4.000
caloducs
L'entreprise nivelloise a une capacité maximale de 4.000 caloducs par an, qui va être augmentée.

Un ligne industrialisée

"Là où on faisait quelques caloducs par an au début, nous avons aujourd’hui une ligne de production industrialisée, qui a été développée dans le cadre de la méga constellation OneWeb, dont nous sommes fournisseur unique pour les caloducs", explique le CEO d'EHP, Laurent Barremaecker. L’industriel chargé de la construction des 650 satellites est OneWeb Satellites, une joint venture entre OneWeb et Airbus Defense and Space, la maison mère de l’entreprise brabançonne. "Avec les installations actuelles, nous avons une capacité maximale de 4.000 caloducs par an. On espère en livrer 3.000 à 3.500 en 2021, contre 2.000 en 2020. Sur ce segment, nous devons être le deuxième acteur ou peut-être même le premier dans le monde. Notre principal compétiteur est américain. Mais cela reste un marché de niche, il n'y a pas beaucoup d’acteurs", précise le CEO. EHP a réalisé par le passé quelques contrats de premier ordre, notamment pour le véhicule de transport européen ATV ou la sonde spatiale Juice de l'ESA, qui doit être lancée en 2022 vers Jupiter.

Des produits de grande valeur

Toujours dans les systèmes thermiques, EHP a également développé des circuits en boucle qui ont des performances supérieures aux caloducs. "Ceux-ci sont utilisés quand il y a de grandes puissances à transporter, comme sur les nouvelles générations de satellites de communication. Ces satellites embarquent des antennes actives qui leur donnent de l’agilité, mais distillent beaucoup de puissance. Il faut donc mettre en place un réseau qui va amener cette puissance vers des radiateurs déployables. Ce sont des produits d’une grande valeur ajoutée pour l’entreprise", souligne Laurent Barremaecker.

Un troisième pilier d'activité est apparu au sein de la société: des bras robotiques qui permettent de déployer les propulseurs électriques des satellites.

Enfin, un troisième pilier d'activité est apparu depuis 2012: des bras robotiques qui permettent de déployer les propulseurs électriques de satellites. Ces derniers constituent un des enjeux majeurs des développements dans le domaine spatial. Les propulseurs électriques produisent une poussée plus faible que leurs équivalents chimiques, mais permettent un gain de place et de poids important. Ils sont de plus en plus prisés. Les bras déployables sont entièrement fabriqués, assemblés et testés par EHP, sur la base d'un design d'Airbus. "Nous en avons déjà livré pour une dizaine de satellites, qui sont chacun équipés de deux bras. Sur ce produit, nous sommes leader en Europe, mais la compétition va s’accroître. Contrairement aux caloducs, nous les produisons uniquement pour Airbus, car il s'agit d'un produit stratégique", indique Laurent Barremaecker.

"On va pouvoir optimiser les flux de production, tout en passant à une production 4.0."
Laurent Barremaeker
CEO d'EHP

Des nouvelles installations

Le nouveau hall, dont la construction doit débuter à la mi-mai, va permettre à EHP de se positionner pour d'autres constellations de satellites. "Il fera passer notre surface de 4.000 à 10.000 m2 dans une seule construction, alors que nous sommes actuellement répartis au sein de quatre bâtiments. Il comprendra aussi des chambres propres pour les assemblages, et les tests pour une partie des produits. Ce sera mieux en termes d’efficacité. On va pouvoir optimiser les flux de production, tout en passant à une production 4.0", conclut le CEO. Cela devrait continuer à faire grandir l'entreprise, qui est en train de franchir le cap de la centaine d'employés et vise un chiffre d'affaires de 12 millions cette année, après un trou d'air en 2020 en raison de la pandémie.

Des applications spatiales et terrestres

Les caloducs sont des tubes hermétiques conducteurs de chaleur. C'est une technologie passive fonctionnant juste avec un fluide, en général de l'amoniac pure à 99,999%. Elle ne nécessite pas de pièces en mouvement ou de pompes, et donc pas de maintenance. Elle est de la sorte parfaitement adaptée à l'environnement spatial. Le système se présente sous la forme d’un tuyau à la section très particulière, qui est utilisé pour le logo d’EHP.

Les caloducs ont également de nombreuses applications terrestres. Une filiale, Calyos, a d’ailleurs vu le jour. Située à Jumet, elle est dirigée par Antoine de Ryckel. Elle a notamment développé une boucle fluide - basée sur le même principe que le caloduc mais dont l'architecture est différente et qui fonctionne parfaitement malgré la gravité terrestre - pour remplacer les ventilateurs mécaniques des voitures de métro. Elle a également mis au point un système de refroidissement silencieux pour PC.

Le résumé

  • Une société wallonne, EHP (Euro Heat Pipes), est un des leaders mondiaux pour les caloducs, des systèmes de régulation thermique pour engins spatiaux.
  • L'entreprise fournit notamment des équipements à sa maison mère, Airbus, pour les satellites de la constellation OneWeb.
  • EHP, qui fête ses 20 ans, s'est diversifiée dans les bras déployables pour les satellites électriques. Elle a programmé l'extension de son site à Nivelles.

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