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Des OGM 2.0 pour un meilleur blé

La nouvelle technique utilisée, l'édition génomique, est différente des OGM classiques et est désormais soutenue par les ministres de l'agriculture européens. ©AFP - MYCHELE DANIAU

Encouragé par l'assouplissement réglementaire post-Brexit, un institut de recherche anglais lance une expérimentation de blé génétiquement édité, qui pourrait réduire le risque de cancers.

Impossible de ne pas ressentir une anxiété diffuse à chaque fois que de fines volutes s'échappent du grille-pain. Et si ces toasts plus grillés et plus noircis que d'autres étaient cancérigènes? La réponse est malheureusement positive. Le blé utilisé pour faire du pain ou des toasts n'est pas dangereux en soi. Mais au cours du processus de transformation, l'asparagine, un acide aminé, est converti en acrylamide, une substance pointée du doigt par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC). Le volume d'acrylamide est très bas, mais augmente substantiellement lorsque le pain est placé contre une grille. Et plus il est brun et savoureux, plus le risque est élevé.

À la différence des organismes génétiquement modifiés classiques (OGM), cette nouvelle technique de sélection des plantes (new breeding techniques, NBT) n'intègre pas l'ADN d'une autre espèce pour parvenir au résultat souhaité.

L'institut Rothamsted Research, créé en 1843, et l'université de Bristol, ont mis au point une technique d'édition génomique permettant de diminuer les niveaux d'asparagine du blé sans modifier la saveur finale. L'expérimentation va être menée jusqu'en 2026. À la différence des organismes génétiquement modifiés classiques (OGM), cette nouvelle technique de sélection des plantes (new breeding techniques, NBT) n'intègre pas l'ADN d'une autre espèce pour parvenir au résultat souhaité. Concrètement, il s'agit uniquement d'accélérer le processus d'évolution naturelle d'un organisme.

Coup dur ou avancée pour l'agro-écologie?

Le gouvernement britannique, qui soutient ce programme, vient d'annoncer qu'il allait alléger la réglementation de l'édition génomique afin de permettre un plus grand nombre de cultures de ce type. Il ne s'agit pas d'un nouveau pied de nez post-Brexit vis-à-vis de l'Union européenne. D'abord parce qu'aucun changement n'intervient dans la réglementation relative aux organismes génétiquement modifiés. Ensuite parce que le Royaume-Uni n'est pas complètement isolé dans sa volonté de s'ouvrir au champ plus large des NBT, qui englobe l'édition génomique.

"Les "new breading techniques" (NBT), ce ne sont pas des OGM. Il faut qu'elles aient une réglementation conforme à ce qu’elles sont, et pas à ce à quoi on voudrait les associer."
Julien Denormandie
Ministre français de l'agriculture

En début d'année, le ministre français de l'agriculture, Julien Denormandie, a ainsi affirmé que "les NBT, ce ne sont pas des OGM. Il faut que ces "new breeding techniques" aient une réglementation conforme à ce qu’elles sont, et pas à ce à quoi on voudrait les associer." Dans la foulée, la commission européenne a publié un rapport favorable, qui ouvre la voix à une révision partielle de la loi votée en 2001 sur les OGM. Les ministres européens de l'agriculture ont salué fin mai les conclusions de ce rapport, tout en rappelant le principe de précaution.

Le calendrier s'accélère

Concrètement, le calendrier s'est accéléré des deux côtés de la Manche. Trop rapidement, selon de nombreuses associations environnementales. "L'ingénierie génétique – ou tout autre appellation qui vous conviendra – doit être étroitement réglementée", assure Liz O'Neill, directrice de GM Freeze. La Soil Association, une association agro-écologiste, met en exergue la possible aggravation de la concentration de l'industrie semencière, en estimant que quatre grands groupes captent 60% du marché mondial.

Crispr, un outil aussi révolutionnaire que controversé

La technologie utilisée pour les NBT, et pour d'autres types de manipulations génétiques est le très controversé Crispr, que la Cour de justice européenne a assujetti aux mêmes réglementations que les OGM en 2018. Ces "ciseaux moléculaires" ont eu une très mauvaise publicité cette année-là, lorsqu'un scientifique chinois l'a utilisé pour éditer les gènes de deux bébés afin d'essayer de les protéger contre une future infection au VIH. Il a été condamné à une peine de prison. Appliquée à d'autres champs de recherche, cette technologie a bénéficié d'une forme de reconnaissance l'an dernier avec la remise du prix Nobel aux chercheuses Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, pour le développement de l'outil Crispr-Cas9. La seconde vient même d'être nommée membre de l'Académie pontificale des sciences par le pape François.

"Les NBT peuvent être lourdement brevetés et ainsi nettement avantager les intérêts des grands groupes, au détriment des bénéfices environnementaux."
Liz O'Neill
Directrice de GM Freeze

"Les NBT peuvent être lourdement brevetés et ainsi nettement avantager les intérêts des grands groupes, au détriment des bénéfices environnementaux. Ils peuvent aussi fragiliser l'indépendance et le contrôle des agriculteurs sur les défis uniques qu'ils doivent gérer dans leur propre exploitation." La British Society of Plant Breeders voit au contraire l'allègement de la réglementation comme "la décision la plus significative depuis 20 ans."

Selon sa directrice générale Samantha Brooke, "cela va permettre de développer des produits alimentaires plus sains, plus riches, et rendre les systèmes agricoles plus durables face au changement climatique. Développer une variété de récolte avec des techniques conventionnelles pour améliorer le rendement, la qualité nutritionnelle ou la résistance aux maladies peut prendre jusqu'à 15 ans. Avec l'édition génomique, le délai peut être réduit de façon significative."

"Éditer" des organismes est-il moins dangereux que les "modifier"? La querelle sémantique et scientifique s'annonce longue et intense.

Mais le distinguo fait avec les OGM classiques n'est qu'un "tour de magie de relations publiques", assure Liz O'Neill. "L'ajout d'ADN d'une autre espèce n'est qu'une toute partie des problèmes des OGM". "Éditer" des organismes est-il moins dangereux que les "modifier"? La querelle sémantique et scientifique s'annonce longue et intense.

Le résumé

  • Un institut de recherche britannique lance une expérimentation de blé génétiquement édité, qui pourrait réduire le risque de cancers.
  • Le blé utilisé pour faire du pain ou des toasts n'est pas dangereux en soi, mais l'asparagine qu'il contient est converti, lors de certains processus de cuisson notamment, en acrylamide – une substance pointée du doigt par le Centre international de recherche contre le cancer.
  • L'institut Rothamsted Research, créé en 1843, et l'université de Bristol, ont mis au point une technique d'édition génomique permettant de diminuer les niveaux d'asparagine du blé, sans en modifier la saveur finale.

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