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Des vaccins thérapeutiques sur mesure contre le cancer

Les vaccins personnalisés doivent stimuler le système immunitaire de manière sélective. L'ARN messager est la meilleure méthode pour y arriver.

La biotech wallonne OncoDNA et la société flamande myNEO s’allient pour créer des immunothérapies anticancéreuses personnalisées. Un grand projet déjà bien avancé.

Des traitements sur mesure pour les patients cancéreux en impasse thérapeutique: ce qui relevait encore il y a peu de la science-fiction est en train de devenir une réalité.  Cette nouvelle révolution va pouvoir se concrétiser grâce aux progrès enregistrés dans les domaines de l’immunothérapie, du séquençage du génome et de l’intelligence artificielle, auxquels il faut ajouter la désormais célèbre technologie de l’ARN messager.

Beaucoup de scientifiques l’avaient laissé entendre: utilisée pour mettre au point, en un temps record, des vaccins contre le coronavirus, la technique de l’ARN messager va ouvrir la voie à d’autres thérapies prometteuses, comme des vaccins thérapeutiques qui pourraient apprendre au système immunitaire à s’attaquer au cancer ou à des maladies neurodégénératives. 

Deux acteurs belges ont décidé d’explorer cette piste. Spécialisée dans les tests de profilage et l'interprétation des données pour le traitement des cancers avancés, la biotech wallonne OncoDNA s’est alliée à une jeune entreprise gantoise, myNEO, une société d'intelligence artificielle qui travaille à l'identification de cibles en immuno-oncologie. Les deux entreprises entendent proposer des vaccins personnalisés pour les patients cancéreux à court de traitements, en ayant recours notamment à la fameuse technologie qui a si bien réussi contre le coronavirus.

Immuniser contre son propre cancer

Les vaccins personnalisés doivent pouvoir aider à guérir du cancer en stimulant le système immunitaire de manière sélective. L’idée, c’est que ces vaccins entraînent l'organisme à reconnaître et à neutraliser des molécules produites par une tumeur (appelées néo-antigènes), immunisant ainsi un individu contre son propre cancer. Grâce à la sécurité, à la rapidité et à la souplesse de ses protocoles de production, l'ARN messager apparaît comme l'une des technologies les plus prometteuses pour de tels vaccins.

"Nous avons maintenant la capacité de faire le séquençage complet d’une tumeur."
Jean-Pol Detiffe
Fondateur et directeur de la stratégie d’OncoDNA

C’est OncoDNA qui procédera au séquençage. "Nous ne savions pas faire cela avant, car  il s’agit de grands jeux de données", explique le fondateur et directeur de la stratégie et de l'innovation d’OncoDNA, Jean-Pol Detiffe. Mais l’année passée, la biotech de Gosselies a racheté  IntegraGen, une société française de premier plan dans les services de séquençage d'ADN, dont le CEO, Bernard Courtieu, a succédé à Jean-Pol Detiffe à la tête d’OncoDNA. "Nous avons maintenant la capacité de faire le séquençage complet d’une tumeur. Avant, on faisait des panels de 300 ou 400 gènes. Un génome complet, c’est 22.000 gènes, plus tout l’ARN. Des millions de données!" relève Jean-Pol Detiffe.

Jean-Pol Detiffe, fondateur et directeur de la stratégie d'OncoDNA. ©OncoDNA

Sur la base des données séquencées du génome, myNEO prend le relais en "examinant une cellule cancéreuse en la comparant avec une cellule saine du patient", souligne de son côté Cedric Bogaert, cofondateur et CEO de la société gantoise. "Suite à l'alignement de ces lectures sur le génome humain de référence, des altérations génétiques dans le génome de la tumeur sont détectées à l'aide d'algorithmes."

Il reste ensuite à élaborer la formule vaccinale optimale. Au final, il s’agit donc d’un traitement autologue. "On prélève des cellules chez le patient, on rééduque in vitro son immuno-modulation et on va réinjecter un cocktail des cellules prêtes à combattre les cellules cancéreuses", résume Jean-Pol Detiffe.  

"Des tests pilotes en cours sur des patients qui ne réagissaient à aucun traitement montrent des résultats prometteurs."
Jean-Pol Detiffe
fondateur et directeur de la stratégie d'OncoDNA

De la simple théorie? Pas du tout. Car en réalité, "des tests pilotes en cours sur des patients qui ne réagissaient à aucun traitement montrent des résultats prometteurs", se réjouit Jean-Pol Detiffe, qui admet toutefois que cela pourrait encore prendre des années avant que la technologie devienne une réalité. Il s’agit en effet à ce stade de patients qui ont les moyens de payer eux-mêmes le traitement: "Cela reste très cher, mais de l’ordre de moins de 100.000 euros. C’est loin d’être remboursé. Mais comme dans tout nouveau process, il y aura de la démocratisation par la suite", pronostique l'ancien CEO d'OncoDNA.

De l'usage compassionnel

Par ailleurs, ajoute-t-il, le développement clinique pourra aller très vite : "On va pouvoir prendre des raccourcis, vu qu'on s’adresse à des patients avec des cancers à un stade avancé, qui n’ont plus aucune chance. On va pouvoir faire de l’usage compassionnel. Ce seront des essais cliniques accélérés."

Pour démocratiser le futur traitement, les deux sociétés cherchent désormais des partenaires dans le secteur biopharmaceutique qui seraient prêts à assumer la partie industrielle du projet. Elles ne devraient pas aller très loin pour cela: la Wallonie compte plusieurs acteurs importants spécialisés dans la fabrication en sous-traitance de matériel génique et cellulaire. Un accord de partenariat devrait être annoncé à court terme.

L'ARN messager n'est pas le Saint Graal

Malgré ses résultats très impressionnants contre le Covid-19, l’ARN messager, qui a même attiré l'attention du milliardaire Elon Musk, ne doit pas être considéré comme le Saint Graal, met en garde Jean-Pol Detiffe. "Il y a pas mal de cash qui circule et beaucoup de projets redémarrent. Mais pour l’instant, cela donne des résultats mitigés contre le cancer. L’environnement tumoral est en effet complexe. Le virus, il n’y en a qu’un seul. Même s'il y a plusieurs variants, c’est le même 'animal', avec une protéine bien identifiée. L’ARN messager tout seul, c’est un peu compliqué, car il se dégrade rapidement, il n’atteint pas nécessairement bien sa cible", estime le fondateur d'OncoDNA. "En revanche, lorsqu’il est utilisé de façon ciblée, l’efficacité pourrait être meilleure." D'où l’idée des deux sociétés de sélectionner les néo-antigènes les plus efficaces à cibler chez un patient.

Le résumé

  • La biotech wallonne OncoDNA et la société flamande myNEO s’allient pour développer des immunothérapies anticancéreuses personnalisées pour les patients en impasse thérapeutique.
  • Les deux entreprises vont se baser sur leurs capacités respectives en matière de séquençage du génome et d'intelligence artificielle.
  • Elles vont également utiliser la technologie de l'ARN messager, qui a fait ses preuves avec les vaccins contre le Covid-19.
  • Les premiers tests sont en cours. Le traitement, très onéreux, restera réservé dans un premier temps aux patients qui peuvent le prendre en charge eux-mêmes.

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