innover

Dompter les pigments pour faire avancer la peinture

Daniel Schoels, un carrossier formé sur le tas devenu expert en peintures innovantes.

Il y a encore moyen d'innover en matière de peinture sur plastique. C'est le credo mis en pratique par Daniel Schoels depuis près de 50 ans.

L'endroit ne paie pas de mine, un petit immeuble de plain-pied bordé d'un vague parking empierré au centre d'un petit village hesbignon. Le bureau du patron est minuscule, encombré de vitrines et d'échantillons en tous genres. Il y a des sèches-cheveux, des coques de rasoir, des flacons de parfum de toutes tailles et de toutes formes, des étuis de rouge-à-lèvres... Dans la pièce à côté, des étagères remplies de pots de couleurs et de solvants, des écrans et microscopes électroniques, une machine de gravure au laser.

Un tablier blanc maculé de taches multicolores sur les épaules, Daniel Schoels est volubile, saute d'un sujet à l'autre et effectue des démonstrations de peintures en maniant le pistolet avec dextérité. Mais si l'homme a un petit côté savant fou et ses installations ressemblent à un garage, on est bien ici dans un laboratoire de recherche de haute technologie dont la réputation dépasse très largement nos frontières et qui collectionne les prix d'innovation internationaux. Dans le domaine très pointu de la peinture décorative.

Laque de Chine

À la tête de DS Color et de son extension en R&D Color Consulting, Daniel Schoels a bientôt cinquante ans de métier dans le secteur de la peinture. Encore gamin, il a commencé comme carrossier chez le constructeur de voitures liégeois Duchatelet. "Nous avions mis au point la fameuse laque de Chine en 36 couches pour habiller les voitures de luxe!" se souvient-il, pas peu fier. Un travail d'artiste, mais impossible à reproduire de manière industrielle.

Particulièrement doué, le gamin, formé sur le tas, recevra plus tard une formation accélérée pour lui apprendre les rudiments de la chimie en quatre mois. Le carrossier devient chercheur, avec pour objectif d'industrialiser son savoir-faire!

15
ans
Daniel Schoels a passé 15 ans pour mettre au point une peinture à effet chromé aux propriétés similaires aux peintures métalliques.

Comme indépendant ou au sein de grosses entreprises du secteur, Akzo Nobel notamment, il se fait un nom dans le secteur et signe des contrats de développement de peintures avec les plus grands noms de l'électroménager, des cosmétiques ou de l'automobile. Mais rien n'est jamais acquis pour ce génial chercheur. "C'est un secteur très compliqué, où il faut sans cesse adapter ses formules en fonction des directives de santé notamment dans le cadre de REACH", pointe-t-il.

Il a notamment développé des couleurs qui réagissent et changent de teinte sous la brûlure du laser. "Jusqu'il y a quelques années, cette technique ne fonctionnait que pour les couleurs très foncées, le noir ou le gris anthracite. C'est notamment de cette manière que l'on fait les boutons rétroéclairés dans les voitures. Nous avons mis au point une vingtaine de teintes différentes", précise Schoels. Avec là aussi des possibilités quasi-infinies en matière de décoration, que ne donnent pas l'impression ou la pose d'un film plastique préimprimé.

Autre exemple d'innovations, des peintures à "mémoire magnétique", dont les pigments se repositionnent après la projection pour former des motifs 3D ou encore cette solution totalement transparente qui ne réagit qu'à certaines fréquences d'ultraviolets et qui devient une arme contre les contrefacteurs, utilisée particulièrement par les parfumeurs.

"Notre formule de peinture chromée est au point et à déjà été validée par des acteurs du luxe et du secteur automobile."
Daniel Schoels
Directeur de DS Color

Substituts au chrome

Mais son cheval de bataille depuis près de 15 ans: trouver un substitut des peintures chromées pour les supports plastiques. Le chrome utilisé depuis des années dans les peintures pour donner l'effet métallisé et en accroitre la dureté est toxique pour la santé et sera interdit dans l'Union européenne en 2024. Les substituts existants pour les supports plastiques exigeaient de très long temps de séchage et de multiples couches pour atteindre une solidité suffisante pour des objets usuels, dans l'électroménager notamment, ou de luxe, dans l'industrie cosmétique. De plus, très récemment, une étude scientifique vient de démontrer que de telles peintures réduisaient les possibilités de recyclage des plastiques qui en sont couverts.

"J'y travaille depuis une bonne quinzaine d'années. Mais là j'y suis", explique Daniel Schoels, le pistolet dans une main, un support plastique aux formes arrondies dans l'autre. En deux passages, le support prend une teinte argentée et il suffit de quelques secondes pour que le brillant prenne tout son éclat. "Après un passage au four à UV, il deviendra hyper-résistant, proche du métal", affirme-t-il joyeusement.

À la croisée des chemins

Les débouchés pour ce type de peinture sont importants, dans l'automobile, dans l'horlogerie, ou les cosmétiques notamment. Un marché que Schoels estime à plusieurs millions d'euros. "Nous finalisons le processus pour accroître encore la vitesse de production et réduire le temps de cuisson. Mais la formule est au point et a déjà été validée par des acteurs du luxe et du secteur automobile."

DS Color est donc à la croisée des chemins stratégiques, construire sa propre usine de fabrication de peinture (l'entreprise sous-traite aujourd'hui la production des colorants selon les formules qu'elle développe) ou vendre sa technologie à un des grands du secteur. Daniel Schoels tient à son bébé et "chat échaudé..."

Parcours semé d'embûches

Génial créateur, Schoels est aussi un entrepreneur, qui n'a pas toujours été très avisé ou fut mal conseillé. Il peut aujourd'hui compter sur le soutien financier de Bruno Carpaccio, entrepreneur carolo, investi notamment dans la plasturgie et les composants pour cigarettes électroniques.

Avant de recevoir l'appui de ce partenaire, il a connu le chômage avant de créer une entreprise au début des années 2000, qui a culminé avec un chiffre d'affaires de plus de 2 millions d'euros et comptait une vingtaine de personnes. Mais l'outil lui a échappé quand son associé l'a vendu à un concurrent. Schoels a gardé son savoir-faire et est reparti de zéro.

Le résumé

  • DS Color et son labo de recherche Color Consulting développent des peintures innovantes pour l'automobile et l'industrie du luxe
  • Sa réputation dépasse très largement les frontières belges
  • Daniel Schoels a mis au point une peinture chromée qui en offre toutes les propriétés... sans chrome, interdit à partir de 2024.

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