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GenFlow, l'étonnante biotech carolo qui veut soigner la vieillesse

Eric Leire, cofondateur et CEO de GenFlow Biosciences. ©Thomas De Boever

Une thérapie génique d'ici dix ans pour contrecarrer efficacement le vieillissement: c'est le pari très sérieux lancé par la biotech wallonne GenFlow Biosciences, qui sera bientôt cotée à Londres.

Vivre plus longtemps en meilleure santé: ce qui ressemble au Saint-Graal de la médecine est l’objectif très sérieux affiché par une jeune entreprise de biotechnologie de Gosselies, GenFlow Biosciences.  Cette petite société, l’une des dernières à avoir vu le jour dans le pôle carolo des sciences du vivant, s’est lancée dans le développement de thérapies pour contrecarrer les effets du vieillissement et les maladies liées à l’âge avancé. Ses créateurs font  preuve d’ambition, puisqu’ils envisagent une étude clinique sur l’homme d’ici deux à trois ans et surtout, viennent de lancer une procédure en vue d’une cotation sur la bourse de Londres.

Vivre en bonne santé

"L’idée, c’est de garder les gens en bonne santé le plus longtemps possible, pas de vivre le plus longtemps possible", explique avec enthousiasme Éric Leire, co-fondateur et CEO de la société. Ce médecin immunologiste franco-américain a dirigé plusieurs sociétés de biotechnologie et participé au développement de traitements contre le sida. Après s’être dirigé vers l’immuno-oncologie, il s’est intéressé à la biologie du vieillissement. "On parle de pouvoir vivre jusqu’à 130 ans. Mais ce n’est pas notre objectif principal. Cela n’aurait aucun sens si c’est pour ajouter 30 années misérables à votre vie. On veut ajouter des années, tout en vivant en très bonne santé. C’est possible", ajoute-t-il.

"On parle de pouvoir vivre jusqu’à 130 ans. Mais ce n’est pas notre objectif principal".
Éric Leire
Cofondateur et CEO de GenFlow Biosciences

Si Éric Leire se montre aussi affirmatif, c’est que deux éléments ont changé la donne ces dernières années. Le premier, c’est une meilleure compréhension de la biologie du vieillissement, sur laquelle on peut désormais agir. "En 2012, il a été mis en avant les 9 critères principaux qui conduisent au vieillissement, comme les cellules sénescentes, les télomères, les problèmes de l’épigénétique...", rappelle le CEO. De nombreuses sociétés ont décidé de se spécialiser sur un de ces facteurs en particulier. Problème: cela limite forcément l’efficacité.  "Chez GenFlow, précise Eric Leire, nous avons la volonté d’agir sur plusieurs de ces critères. C’est possible grâce un gène dédié à la réparation de l’ADN. Appelé sirtuine 6 (SIRT6), celui-ci agit sur plusieurs des 9 critères, ceux qui sont considérés comme les quatre marqueurs primaires".

Le deuxième facteur qui ouvre la voie à des traitements permettant de lutter contre le vieillissement, ce sont les progrès dans les thérapies géniques.

Le deuxième facteur qui ouvre la voie à des traitements contre le vieillissement, ce sont les progrès dans les thérapies géniques. Très onéreuses et imprécises à leurs débuts, celles-ci sont en train de devenir beaucoup plus accessibles. C’est d’ailleurs ce qui a joué dans la décision des fondateurs de GenFlow d’implanter la société à Gosselies, où on trouve trois groupes spécialisés dans la fourniture de matériel génique et cellulaire.

Des copies supplémentaires

"En combinant ces deux facteurs", souligne Éric Leire, "nous avons développé des outils de thérapie génique qui permettent de délivrer des copies supplémentaires du gène sirtuine 6, sans les intégrer aux chromosomes. Ce qui enlève les contraintes éthiques et les problèmes de mutagénèse. Ce gène ne se transmet pas à la descendance. Ceci à des prix très abordables et avec un très bon profil de sécurité".

Une infusion intraveineuse

Le CEO se dit capable de produire, d’ici une dizaine d’années, un traitement standard sous forme d’infusion intraveineuse, ne nécessitant pas d'hospitalisation, qui donnerait un « boost » pour 4 ou 5 ans. Selon Éric Leire, la preuve de concept a déjà été établie. Une première étude clinique sur l’homme devrait pouvoir être lancée dans deux à trois ans. Mais il reste certains obstacles: pour l’instant, les agences réglementaires n’enregistrent pas de médicaments spécifiquement dédiés au vieillissement, qu’elles ne considèrent pas comme une maladie.  Il existe environ 170 sociétés dans le monde qui développent des thérapies contre le vieillissement, dont très peu utilisent des thérapies géniques. Mais aucune ne le fait en évoquant le vieillissement comme indication. Elles visent par exemple le diabète de type 2 ou l’alzheimer.

170
sociétés
Il existe environ 170 sociétés dans le monde qui développent des thérapies contre le vieillissement, dont très peu utilisent des thérapies géniques.

C’est la même stratégie que suivra GenFlow, qui devrait tester son produit en ciblant la progeria, plus particulièrement le Syndrome de Werner, une maladie de vieillissement précoce. "Ce sera une porte d’entrée pour un vraie indication vieillissement. On pense qu’il aura une évolution et que certaines agences vont bientôt accepter le vieillissement comme indication", indique Eric Leire.

Selon le CEO, si les USA travaillent déjà beaucoup à ces questions du ralentissement du vieillissement, l’Europe devrait s’y intéresser également vu sa démographie déclinante et la hausse sans cesse croissante du nombre de personnes âgées. "On doit avoir des personnes âgées qui contribuent à la société, c’est un impératif économique et social", conclut Eric Leire.

Une cotation sur le London Stock Exchange d’ici fin juillet

GenFlow a été créée par Éric Leire et Éric Verdin, un Belge président du Buck Institute for age research, le plus important centre de recherche sur le vieillissement au monde. Dans le conseil scientifique, on retrouve également Vera Gorbunova (Rochester), une autre sommité mondiale en matière de vieillissement.

GenFlow n’emploie actuellement que 3 personnes à Gosselies, où se situe la R&D. Sa maison mère - qui n’est pas plus grande - se situe en Angleterre, où la biotech a lancé cette semaine une procédure afin de rejoindre le London Stock Exchange. Une troisième petite société a été créée aux USA. Copiant un peu le modèle d’Apple, GenFlow extériorise une grande partie de son activité à d’autres sociétés ou à des laboratoires spécialisés.

Les fondateurs détiennent la moitié du capital et le reste a été apporté par des investisseurs, dont un fonds britannique. Elle vient de lever un million de livres en vue de l’IPO. Un prospectus a été rédigé en collaboration avec l’autorité britannique (FSA) et le CEO s’attend à ce que la procédure prenne deux mois. Il évoque une levée initiale de 3 millions de livres. Une IPO sur le Nasdaq est envisagée dans un deuxième temps.

Le résumé

  • GenFlow Biosciences est l'une des plus récentes sociétés de biotechnologie à avoir vu le jour au BioPark de Gosselies.
  • La petite entreprise, organisée sur un modèle "à la Apple", développe des thérapies géniques visant à contrecarrer le vieillissement et les maladies liées à la vieillesse.
  • Le CEO, Eric Leire, espère produire d'ici une dizaine d'années un traitement.
  • Il a lancé une procédure pour une entrée sur la Bourse de Londres. Il évoque déjà l'étape suivante, le Nasdaq.

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