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La première livraison d'acier produit sans charbon a eu lieu en Suède

Le consortium suédois Hybrit est composé de l'aciériste SSAB, de l'énergéticien Vattenfall et de la compagnie minière LKAB ©Hybrit

Pour la première fois de l'histoire, de l'acier vert a été produit et livré à un client par le consortium suédois Hybrit. Le groupe espère faire entrer l'industrie dans une nouvelle ère.

De l'acier vert? Pour la première fois, oui. Le consortium suédois Hybrit, composé de l'aciériste SSAB, de l'énergéticien Vattenfall et de la compagnie minière LKAB, est parvenu à remplacer le coke issu du charbon par de l'électricité renouvelable et de l'hydrogène dans le processus de fabrication d'acier.

Ce premier lot d'acier décarboné a été livré au constructeur automobile Volvo, qui l'utilisera pour développer ses prototypes de véhicules à partir de cette année. L'entreprise suédoise a annoncé vouloir intégrer cet acier vert à sa production commerciale dès 2026. Une petite révolution alors que de vrais enjeux industriels se dessinent à l'horizon.

Remplacer le charbon

Historiquement, le coke est utilisé dans la sidérurgie pour la phase de réduction du minerai visant à obtenir de la fonte qui est ensuite transformée en acier dans les hauts fourneaux. Seulement, la fabrication de coke à base de charbon est un procédé générant de fortes émissions de CO2.

"Le coke est remplacé par de l'hydrogène dans le processus, ce qui conduit à des émissions non plus de CO2, mais d'eau."
Alexandre Viviers
Senior manager spécialisé en énergie chez Sia Partners

Pour un secteur comme la sidérurgie, responsable pour environ 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, la décarbonation des processus est devenue un enjeu clé. Par conséquent, le remplacement du coke dans les processus de fabrication est particulièrement ciblé par les acteurs industriels cherchant à décarboner leurs activités. "Ici, le processus change totalement", avance Alexandre Viviers, Senior manager chez Sia Partners, spécialisé en énergie, au sujet du projet Hybrit. "Le coke est remplacé par de l'hydrogène dans le processus, ce qui conduit à des émissions non plus de CO2, mais d'eau", ajoute-t-il.

Une solution d'autant plus intéressante du point de vue environnemental que l'hydrogène utilisé a été ici produit à partir d'électricité renouvelable. On parle ici d'hydrogène vert et non gris ou bleu. "Naturellement, cette méthode est plus onéreuse. À l'heure actuelle, il reste plus avantageux pour les aciéristes de partir du charbon", nuance-t-il.

Filière hydrogène

Pour autant, ce constat n'est pas définitif. En effet, l'hydrogène a le vent en poupe et les projets reposant sur son utilisation en tant qu'alternative aux combustibles fossiles pullulent. Rien qu'en Europe, l'ambition est d'atteindre 40GW de capacité de production d’ici à 2030. Pour Hybrit, passer à l'acier vert à une échelle industrielle nécessiterait 10 GW d'électrolyseurs.

"Les volumes requis par l'industrie pourraient amener la filière hydrogène à se développer de manière significative. C'est aussi vrai pour d'autres usages", envisage Alexandre Viviers. "Cela pourrait permettre à la production d'hydrogène d'atteindre une échelle suffisante pour être compétitive. Dès lors, la solution développée par Hybrit commencerait à faire sens aux niveaux industriel et économique", ajoute-t-il.

"Les volumes requis par l'industrie pourraient amener la filière hydrogène à se développer de manière significative."
Alexandre Viviers
Senior manager spécialisé en énergie chez Sia Partners

Une lueur d'espoir point donc sur une industrie lourde, lente et chère. Ceci d'autant plus que le cours du carbone explose récemment, rendant l'achat de "permis de polluer" plus douloureux aux producteurs d'acier. Le secteur est en effet soumis au système d'échange de quotas d'émissions européen - le fameux système ETS - et, dans un climat haussier pour le prix du carbone, l'hydrogène pourrait bien devenir compétitif plus rapidement que prévu. À cela s'ajoute le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), proposé par la Commission européenne en vue du Green Deal, afin d'étendre ses normes environnementales aux entreprises étrangères exportant vers l'UE.

Le moment de changer?

Bref, beaucoup d'éléments semblent indiquer que les astres s’alignent pour l'hydrogène, ou du moins pour son utilisation en tant qu'alternative aux combustibles fossiles dans certaines industries. Mais pour viser la décarbonation complète, il faudra compter sur de l'hydrogène vert. Là se pose alors la question de la suffisance des capacités de production renouvelables d'électricité.

"C'est là le véritable enjeu aujourd'hui, faire de ce nouveau processus un moyen de rester dans la course, d'être compétitif."
Alexandre Viviers
Senior manager spécialisé en énergie chez Sia Partners

Ensuite, il faudra convaincre les industriels à changer. Plus qu'un moyen de verdir leurs activités, le recours l'hydrogène vert doit devenir un objectif stratégique, une condition nécessaire à la compétitivité. "L'UE vise 2050 pour atteindre la neutralité carbone. Pour y parvenir, les industriels doivent investir aujourd'hui, au risque de se trouver enfermés dans des technologies du passé, incompatibles avec les objectifs climatiques. C'est là le véritable enjeu aujourd'hui, faire de ce nouveau processus un moyen de rester dans la course, d'être compétitif", conclut Alexandre Viviers.

Le résumé

  • Le consortium suédois Hybrit a livré le premier lot d'acier produit sans combustibles fossiles.
  • L'hydrogène vert représente une alternative décarbonée au charbon (coke) utilisé dans le processus de fabrication de l'acier.
  • Pour que les arguments industriels et économiques rejoignent la logique environnementale, il faut que la filière hydrogène se développe et devienne compétitive.
  • En Europe, l'hydrogène a le vent en poupe.

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